En suggérant qu’une victoire de l’extrême-droite provoquerait un scénario « à la Liz Truss* » comme le rapporte Le Figaro, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, envisage le pire pour l’après-législatives. Une attaque spéculative contre la France qui oblige le nouveau gouvernement RN à démissionner. 

Édito rédigé le 17/06/2024

L'édito Centaure Investissements par Christopher Dembik

Faut-il craindre un scénario à la Liz Truss pour la France ?

 

 

Est-ce crédible ?

 

On ne peut jamais rien exclure, par principe. Mais c’est peu probable, pour quatre raisons. La première est, à tort ou à raison, que les investisseurs étrangers considèrent qu’un gouvernement RN sera obligé de rentrer dans le rang et d’avoir une approche pragmatique. À l’image de l’Italie avec le Premier ministre italien Giorgia Meloni.

Ensuite, la proposition anxiogène et dangereuse de sortie de la zone euro a été abandonnée après l’échec de la présidentielle de 2017. D’autre part, en amont de la présidentielle de 2022, des membres du RN sont allés à la rencontre des investisseurs étrangers pour les rassurer. Le chef de l’État l’avait fait avec succès pendant sa campagne de 2017. Enfin, le RN a compris qu’il n’aura pas d’autre choix que de mettre de l’eau dans son vin tant les finances publiques de la France sont en mauvais état.

 

La Commission des Finances du Sénat a remis un rapport sur la dégradation des finances publiques en 2023

 

Mi-juin, la Commission des Finances du Sénat a remis un rapport sur la dégradation des finances publiques en 2023 qui critique la gestion de l’actuel gouvernement.

Extrait : « le manque de rigueur du programme de stabilité 2024-2027 et l’absence de projet de loi de finance rectificative démontrent l’aveuglement d’un gouvernement qui ne prend pas la mesure de l’enjeu et ne tient pas compte des alertes de son administration ».

Implacable. Mais il y a pire ! « La dégradation non anticipée en 2023 impacte le déficit 2024, déjà revu à la hausse, et qui pourrait encore s’alourdir ». Dit autrement, le déficit public va être bien plus élevé que dans les prévisions cette année … En conséquence, le prochain gouvernement, à moins d’être suicidaire, n’aura pas d’autre choix que de présenter un plan crédible de baisse des dépenses.

 

La bonne nouvelle

 

La bonne nouvelle, c’est qu’on sait que le RN a intégré ce paramètre. Ainsi, il prévoit de faire un audit indépendant des finances publiques par la Cour des Comptes. Le résultat sera, sans surprise, mauvais. Mais tout est question de timing. L’audit prendra du temps. Le nouveau gouvernement n’aura malheureusement pas ce luxe. Il devra, dès les premiers jours, convaincre les investisseurs qu’il a compris la tâche difficile qui lui incombe s’il ne souhaite pas que le taux d’emprunt de la France grimpe. Le second tour a lieu le 7 juillet. Il faudra quelques jours pour choisir le Premier ministre et que le gouvernement soit dévoilé. On peut parier qu’avant la fête nationale un plan d’économie soit esquissé. C’est en tout cas ce qu’il faudrait faire pour éviter des tensions plus importantes sur la dette française.

 

Effet Mélenchon

 

Mais que se passe-t-il si c’est finalement le Front Populaire qui passe ? Nous sommes moins optimistes. Les investisseurs étrangers craignent Jean Luc Mélenchon. Sa forte poussée dans les sondages lors de la présidentielle de 2017 avait mis la dette française sous pression. En outre, la gauche n’a pas effectué le travail entamé par le RN. Elle n’est pas allée à la rencontre des investisseurs étrangers. D’autre part, elle n’a pas fait « plancher » ses équipes sur un plan de baisse des dépenses.

À gauche, pour le moment, l’argent semble couler à flot : retraite à 60 ans à taux plein, hausse du SMIC à 1500 euros, blocage des prix, allocation d’autonomie jeunesse à 1063 euros etc. On a du mal à savoir si c’est de la démagogie pure ou une incapacité à comprendre les fonctionnements de base de l’économie. Mais ce qui est certain c’est que si un tel programme est présenté par le futur gouvernement, oui, là il y a un risque réel de crise de la dette.

*En référence à l’éphémère Premier ministre britannique qui avait présenté un mini-budget jugé trop dispendieux et qui avait été contraint à la démission à la suite d’une attaque spéculative massive contre le Royaume-Uni.

 

 

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