Certains symboles valent tous les discours. Pendant des années, la France a expliqué aux Grecs comment assainir leurs finances publiques. Le retour de bâton pourrait être brutal. La France emprunte désormais à dix ans à un taux supérieur à celui de la Grèce. Les investisseurs la traitent comme le maillon faible de la zone euro.

La France perçue comme le maillon faible de la zone euro

Comment en est-on arrivé là ?

L’envolée des taux d’emprunt français s’inscrit dans un contexte mondial de préoccupations croissantes autour de la dette publique. En effet, tous les États subissent cette pression. Les plus vulnérables la ressentent davantage encore, comme le Japon, le Royaume-Uni ou la France.

Ces inquiétudes n’ont rien d’excessif. En une vingtaine d’années, la dette publique a explosé. Sur vingt-quatre ans, elle a progressé de 800 % au Royaume-Uni et de 557 % aux États-Unis. La hausse atteint 285 % en France, contre 125 % en Allemagne. Deux causes expliquent cette dérive. Les pouvoirs publics ont financé une succession de crises. Beaucoup de pays n’ont pas non plus retrouvé une croissance assez forte pour réduire durablement leurs dépenses.

Le poids du contexte géopolitique

À court terme, la remontée des taux tient aussi au contexte géopolitique et au prix du pétrole. Les investisseurs redoutent notamment un renchérissement durable de l’énergie. Une telle évolution pousserait les banques centrales à relever leurs taux directeurs. La Banque centrale européenne l’a d’ailleurs fait en juin et pourrait recommencer en septembre. Le marché obligataire en subirait mécaniquement les conséquences. C’est précisément ce qu’anticipent les investisseurs. Les mouvements s’amplifient d’autant plus que la période estivale réduit la liquidité.

Faut-il pour autant craindre un nouveau choc monétaire comparable à celui de 2022 ? Nous en doutons. Près de 70 % des banques centrales dans le monde ont maintenu leurs taux ou les ont déjà abaissés. Le contexte diffère donc nettement de celui de l’invasion de l’Ukraine. La hausse actuelle liée à la géopolitique devrait rester temporaire. En revanche, la dérive de la dette publique constitue un problème de fond.

Une spécificité française

On aurait tort de croire que la France échappe à tout problème spécifique. Ses taux progressent en effet plus vite que ceux de la plupart de nos voisins. Surtout, les prêteurs internationaux portent sur le pays un regard nettement plus sévère qu’il y a quelques années.

Quand ils arbitrent leurs placements obligataires, les investisseurs étrangers désignent la France comme le maillon faible de la zone euro. Les gérants américains et asiatiques se montrent particulièrement attentifs. Certains comparent même la zone euro aux marchés émergents. On y trouve des opportunités, mais aussi un pays qui inspire une méfiance constante. Aujourd’hui, ce pays, c’est la France. Par conséquent, le marché obligataire traduit directement cette perception.

Une élection présidentielle sous surveillance

À l’approche de l’élection présidentielle, ces tensions pourraient persister, voire s’accentuer. Les investisseurs institutionnels français disposent de peu de marges de manœuvre. Ils doivent conserver une part importante de dette française dans leurs portefeuilles. Leurs homologues étrangers, en revanche, peuvent réduire leur exposition. Ils l’ont déjà fait en 2017, puis en 2022. À l’époque, la situation budgétaire inquiétait pourtant moins qu’aujourd’hui.

Trois inquiétudes dominent. D’abord, la victoire d’un candidat issu des extrêmes, avec des doutes sur la crédibilité économique des programmes. Ensuite, une nouvelle impasse politique, qui empêcherait la formation d’un gouvernement stable. Un tel blocage repousserait encore les réformes budgétaires. Enfin, la conviction que le futur président, quel qu’il soit, n’engagera pas rapidement les réformes nécessaires. Malheureusement, cette analyse ne manque pas de fondement.

Que va-t-il se passer ?

Les chiffres français sont mauvais… très mauvais. Le déficit public devrait atteindre 4,6 % du PIB cette année. Il ne repasserait sous la barre des 3 % qu’en 2029, selon les projections officielles. Pourtant, peu de monde semble réellement y croire.

Notre marge de manœuvre budgétaire reste extrêmement limitée. Le poids des prestations sociales explique l’essentiel du problème. Elles représentent en effet près des deux tiers de la hausse de la dépense publique primaire depuis plusieurs décennies.

La tentation permanente de la taxe

Que proposent pourtant la plupart des candidats pour résoudre le problème budgétaire français ? Créer de nouvelles taxes. Le pays en compte déjà 348, selon Eurostat. Au Danemark, deuxième du classement, on n’en dénombre que 132, et 98 en Suisse. De fait, cette fuite en avant pénalise l’activité économique. Pire encore, elle ne produit pas toujours les recettes espérées. Prenons l’exemple de la taxe sur les yachts, entrée en vigueur en 2018. Ses promoteurs y voyaient un symbole de justice fiscale. Elle devait donc rapporter des recettes significatives. Dans les faits, elle ne génère que quelques dizaines de milliers d’euros.

Le problème est plus profond. Quand une nouvelle taxe répond à chaque difficulté, une nouvelle urgence apparaît toujours. Hier la climatisation des hôpitaux, aujourd’hui l’adaptation des infrastructures aux canicules, demain la dépendance ou la défense. Cette logique n’a pas de fin.

Réduire la dépense plutôt qu’ajouter des impôts

Nous pouvons repousser l’échéance quelque temps encore. Tôt ou tard, il faudra pourtant réduire substantiellement les dépenses publiques. À défaut, la France continuera de s’appauvrir et de se déclasser. Il faudra également dire clairement aux Français qu’ils devront travailler davantage. Cela suppose deux évolutions : un taux d’emploi plus élevé et des carrières plus longues. En se rapprochant des standards de plusieurs voisins européens, la France gagnerait de 1 % à 5 % de PIB.

Pourquoi ne pas se doter aussi d’un véritable frein à l’endettement ? La Suisse, par exemple, applique une telle règle avec succès depuis 2003. Ce garde-fou permettrait enfin de hiérarchiser les dépenses publiques. L’État distinguerait ainsi l’indispensable, ce qui peut attendre et le superflu. Faut-il vraiment, par exemple, financer un bonus réparation pour les vêtements et les chaussures ? La question mérite un vrai débat.

Cet édito est diffusé à titre purement informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée au sens de la directive MIF 2, ni une incitation à réaliser des opérations sur des instruments financiers. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Édité par STRATEGINVEST SAS, CIF enregistré à l’ORIAS sous le n° 13000990.

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