Les investissements mondiaux dans l’IA changent d’échelle. Goldman Sachs Research estime qu’ils devraient dépasser 1 000 milliards de dollars en 2026, dont environ 581 milliards aux États-Unis. Surtout, cette vague pourrait encore accélérer : l’investissement lié à l’intelligence artificielle atteindrait 1,4 % du PIB mondial en 2028. Une dynamique qui rapproche progressivement l’IA des grandes révolutions technologiques du passé, avec la même question à la clé : ces capitaux produiront-ils assez de profits pour justifier les valorisations actuelles ?

L’IA devient une industrie d’infrastructures
L’intelligence artificielle n’est plus seulement une révolution logicielle. Centres de données, semi-conducteurs, réseaux, systèmes de refroidissement, capacités électriques et logiciels mobilisent désormais des capitaux considérables.
Selon une étude de Goldman Sachs Research publiée le 7 août 2026, les investissements mondiaux associés à l’IA devraient franchir le seuil symbolique de 1 000 milliards de dollars cette année.
Cette estimation donne une nouvelle dimension au phénomène. Jusqu’ici, les marchés se concentraient surtout sur les dépenses des grands groupes américains du cloud. Or cette lecture ne restitue qu’une partie de l’effort financier réellement engagé.
La question devient donc macroéconomique. Combien faudra-t-il investir pour construire l’économie de l’intelligence artificielle ? Et surtout, ces sommes généreront-elles suffisamment de productivité et de profits pour justifier les valorisations actuelles ?
Un trillion de dollars en 2026
Les prévisions généralement utilisées par les investisseurs reposent sur les dépenses d’investissement, ou CapEx, des hyperscalers américains. Le consensus des analystes cité par Goldman Sachs situe ces dépenses à 794 milliards de dollars en 2026.
Ce chiffre impressionne. Pourtant, il ne mesure pas précisément l’investissement mondial dans l’IA.
D’abord, une partie des dépenses des hyperscalers finance des activités sans rapport direct avec l’intelligence artificielle. Ensuite, ces entreprises américaines construisent également des infrastructures à l’étranger. Enfin, cette approche laisse de côté une partie des sociétés privées et de nombreux acteurs asiatiques.
Goldman Sachs Research a donc élargi son périmètre d’analyse. Résultat : l’investissement mondial directement associé à l’IA atteindrait environ 1 000 milliards de dollars en 2026, dont 581 milliards aux États-Unis.
La nuance compte. Les 794 milliards souvent attribués aux hyperscalers sous-estiment d’environ 200 milliards l’effort mondial. À l’inverse, ils surestiment dans des proportions comparables les investissements effectivement réalisés sur le territoire américain.
Comment mesurer les investissements mondiaux dans l’IA ?
Évaluer précisément les sommes consacrées à l’intelligence artificielle reste difficile. Une entreprise peut construire un centre de données utilisé simultanément pour des services cloud traditionnels et pour des modèles d’IA. Isoler la part exacte de chaque activité devient alors complexe.
Pour réduire ce biais, les économistes de Goldman Sachs ont élargi leur analyse aux entreprises américaines cotées exposées à l’IA, mais aussi aux sociétés privées stratégiques et aux groupes internationaux.
Ils utilisent également 2022 comme année de référence. Pour les hyperscalers américains, l’essentiel de la hausse des dépenses d’investissement intervenue depuis cette date est considéré comme lié à l’IA. Une logique similaire s’applique aux entreprises internationales et à certains acteurs moins directement spécialisés.
L’étude écarte par ailleurs les contrats de location-financement lorsqu’ils risquent de provoquer un double comptage.
Enfin, la localisation géographique des projets annoncés permet de distinguer le siège social de l’entreprise du lieu où les capitaux sont effectivement investis. Cette distinction devient essentielle dans une industrie mondialisée.
Une estimation recoupée par trois méthodes
Toute méthodologie de ce type comporte néanmoins une marge d’incertitude. Joseph Briggs, co-responsable de l’équipe Global Economics de Goldman Sachs Research, souligne notamment la difficulté de vérifier certaines hypothèses comptables.
Les économistes ont donc confronté leur estimation principale à deux méthodes complémentaires.
Ils ont d’abord observé l’évolution des profits bruts et les révisions de prévisions des entreprises cotées impliquées dans le développement de l’IA. Ils ont ensuite exploité des statistiques publiques, des données commerciales internationales et la relation entre les importations américaines et l’investissement technologique.
Or les différentes méthodes aboutissent à des ordres de grandeur très proches. Elles situent toutes l’investissement mondial autour de 1 000 milliards de dollars en 2026 et légèrement sous 600 milliards aux États-Unis.
Autre donnée spectaculaire : depuis 2022, les investissements cumulés dans l’intelligence artificielle atteindraient environ 1 800 milliards de dollars à la fin de 2026.
Pourquoi autant de capitaux ?
L’IA générative repose sur une réalité physique parfois oubliée. Derrière un assistant conversationnel ou un agent autonome se trouvent des processeurs, des mémoires, des réseaux et des bâtiments entiers remplis de serveurs.
Il faut également produire l’électricité nécessaire à leur fonctionnement et refroidir des installations extrêmement énergivores. Nous détaillions cette contrainte énergétique dans IA et inflation : le paradoxe que les marchés sous-estiment.
Par conséquent, la compétition dans l’intelligence artificielle dépasse largement les seuls modèles algorithmiques. Elle concerne désormais toute la chaîne de valeur : semi-conducteurs, centres de données, équipements électriques, fibre optique, logiciels et infrastructures énergétiques.
Goldman Sachs Asset Management observait d’ailleurs en juillet 2026 une accélération du déploiement de l’IA dans les entreprises. Ses analystes anticipaient aussi une tension croissante sur les capacités de calcul et un recours accru à la fibre optique dans les centres de données.
Cette évolution explique pourquoi l’IA devient un véritable cycle d’investissement industriel.
Jusqu’où peut monter l’investissement ?
Le trillion de dollars ne constituerait pas nécessairement un sommet.
Goldman Sachs Research estime que les dépenses d’investissement liées à l’IA pourraient représenter 1,8 % du PIB américain en 2026. À l’échelle mondiale, leur poids atteindrait 0,9 % du PIB.
La progression pourrait ensuite s’accélérer. Aux États-Unis, la proportion atteindrait 2,5 % du PIB en 2027 puis 2,8 % en 2028. Dans le monde, elle passerait respectivement à 1,3 % puis 1,4 % du PIB.
Ces niveaux sont élevés, mais ils ne sont pas sans précédent. Les grands déploiements de technologies généralistes ont historiquement provoqué des pics d’investissement représentant environ 2 % à 5 % du PIB, rappelle Goldman Sachs Research.
L’IA présente ainsi certains attributs économiques des grandes ruptures technologiques : des dépenses initiales massives, une diffusion progressive et l’espoir de gains de productivité ultérieurs.
La rentabilité devient le vrai sujet
Investir 1 000 milliards de dollars constitue une chose. Générer un rendement suffisant sur ces capitaux en constitue une autre. C’est probablement le principal débat des prochaines années.
En mai 2026, Goldman Sachs Research soulignait que l’adoption de l’IA par les consommateurs avait été spectaculaire, mais qu’une grande partie des usages restait gratuite. La monétisation auprès des entreprises devient donc déterminante pour rentabiliser les infrastructures construites.
Le marché doit désormais observer le passage de l’expérimentation à la création de valeur. Les entreprises devront démontrer que l’IA réduit leurs coûts, améliore leur productivité ou génère de nouveaux revenus.
Cette question concerne aussi les investisseurs. Depuis fin 2022, les entreprises liées à l’IA ont ajouté environ 27 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, selon une analyse publiée par Goldman Sachs Research en juillet 2026.
Une partie importante des bénéfices futurs semble donc déjà intégrée dans les valorisations. Plus les investissements augmentent, plus les attentes en matière de rentabilité deviennent exigeantes. Nous examinions ce décalage dans IA : la bulle sans krach ?.
Un enjeu majeur pour l’investisseur
Pour l’épargnant, l’erreur serait de réduire cette révolution à quelques valeurs technologiques américaines.
La construction de l’infrastructure IA irrigue une chaîne économique beaucoup plus large. Elle influence les fabricants de composants, les producteurs d’électricité, les équipementiers, les réseaux numériques, les infrastructures et les éditeurs de logiciels. Nous détaillions ces maillons dans IA : sur quoi faut-il miser ?.
Cependant, une révolution technologique ne garantit jamais la performance de chaque entreprise qui y participe. L’histoire économique montre qu’une technologie peut transformer profondément la société tout en détruisant du capital chez certains investisseurs.
La discipline reste donc essentielle. Croissance du marché, croissance des bénéfices et rendement boursier ne constituent pas une seule et même réalité.
Dans une stratégie patrimoniale, l’IA doit ainsi être envisagée comme un moteur structurel de transformation économique, et non comme une justification à la concentration excessive d’un portefeuille.
Les indicateurs restent favorables
Un ralentissement brutal des investissements semble-t-il imminent ? Pour répondre à cette question, Goldman Sachs Research surveille plusieurs indicateurs avancés.
Parmi eux figurent les importations d’équipements destinés à la fabrication de semi-conducteurs à Taïwan et en Corée du Sud. Les économistes suivent également certaines composantes des indices PMI, les prix à l’importation, le coût des mémoires et les tarifs de location des GPU.
À ce stade, ces indicateurs évoluent près du haut de leur fourchette observée depuis 2022. Pour Goldman Sachs Research, ils restent compatibles avec une croissance robuste des investissements à court terme.
La prochaine étape sera néanmoins décisive. Les marchés ne pourront pas éternellement valoriser les dépenses pour elles-mêmes. Ils demanderont progressivement des preuves de rentabilité.
L’IA entre dans l’économie réelle
Le franchissement du trillion de dollars marque donc davantage qu’un record statistique.
L’intelligence artificielle quitte progressivement le seul univers du logiciel pour devenir un phénomène industriel, énergétique et macroéconomique. Cette transition pourrait soutenir l’investissement pendant plusieurs années.
Goldman Sachs estime depuis plusieurs années qu’une adoption généralisée de l’IA pourrait accroître sensiblement la productivité. Ses travaux envisageaient notamment une hausse de la croissance annuelle de la productivité américaine pouvant atteindre 1,5 point dans un scénario d’adoption généralisée sur dix ans.
Toutefois, l’investissement précède généralement les gains de productivité. C’est précisément la phase que traverse aujourd’hui l’économie mondiale.
Pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc plus de déterminer si l’IA provoquera des dépenses massives : elles sont déjà là. La véritable question consiste à identifier qui transformera ces centaines de milliards d’infrastructures en profits durables.
Questions fréquentes sur le boom de l’IA
Combien le monde investira-t-il dans l’IA en 2026 ?
Goldman Sachs Research estime l’investissement mondial lié à l’intelligence artificielle à environ 1 000 milliards de dollars en 2026. Les États-Unis en représenteraient 581 milliards.
Pourquoi ce chiffre dépasse-t-il les estimations habituelles ?
Les prévisions traditionnelles se concentrent principalement sur les hyperscalers américains. Elles intègrent moins bien les entreprises privées, les acteurs étrangers et les investissements réalisés hors des États-Unis.
L’investissement dans l’IA peut-il encore augmenter ?
Oui. Selon les projections de Goldman Sachs Research, il pourrait atteindre 2,8 % du PIB américain et 1,4 % du PIB mondial en 2028.
Ces investissements garantissent-ils des gains boursiers ?
Non. L’expansion d’une technologie ne garantit ni la rentabilité de chaque entreprise, ni la performance de ses actions. Les valorisations, les marges, la concurrence et la capacité de monétisation restent déterminantes.
Quel sera le principal indicateur à surveiller ?
La rentabilité économique des investissements devient centrale. Les entreprises devront transformer leurs infrastructures et leurs usages de l’IA en gains de productivité, en économies de coûts ou en nouveaux revenus.
Sources de l’article
- Goldman Sachs Research — « Global AI Investment Is Forecast to Exceed $1 Trillion in 2026 », 7 août 2026 : estimation de l’investissement mondial et américain, méthodologie, projections en pourcentage du PIB jusqu’en 2028, investissements cumulés depuis 2022 et indicateurs avancés suivis par les économistes.
- Goldman Sachs Research — « Will the Corporate Investment in AI Pay Off? », mai 2026 : adoption par les consommateurs, gratuité d’une large part des usages et enjeu de la monétisation auprès des entreprises.
- Goldman Sachs Research — juillet 2026 : environ 27 000 milliards de dollars de capitalisation boursière ajoutés par les entreprises liées à l’IA depuis fin 2022.
- Goldman Sachs Research — travaux consacrés à l’effet de l’IA sur la productivité et le PIB américain.
- Goldman Sachs Asset Management — juillet 2026 : accélération du déploiement en entreprise, tension sur les capacités de calcul et recours accru à la fibre optique dans les centres de données.
Avertissement
Cet article poursuit une vocation exclusivement informative et pédagogique. Les informations présentées ne constituent ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée, ni une sollicitation d’achat ou de vente d’un instrument financier. Les estimations et projections citées proviennent des travaux mentionnés ; elles peuvent évoluer et ne garantissent aucune performance future. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte un risque de perte partielle ou totale du capital. Avant toute décision, chaque investisseur doit examiner sa situation, ses objectifs, son horizon de placement et sa tolérance au risque, et solliciter le cas échéant un professionnel qualifié. Édité par STRATEGINVEST SAS, CIF enregistré à l’ORIAS sous le n° 13000990.
