En apparence, les marchés financiers se portent bien. Sur le marché obligataire, les taux courts réels (en prenant en compte l’effet de l’inflation) sont sous contrôle tandis que les taux longs sont en baisse. Les indices sont proches de leurs points hauts. Mais sous la surface, une dislocation des marchés est en train de se produire. De moins en moins d’actions contribuent à la hausse tandis que les actions technologiques font l’objet de ventes indiscriminées, même lorsque les fondamentaux sont bons.

 

 

L'édito de Christopher DEMBIK

Des réactions irrationnelles

Amazon est un exemple parfait. L’entreprise a construit la troisième plus grosse activité publicitaire au monde avec un chiffre d’affaires annuel de 69 milliards de dollars. C’est une activité avec des marges très élevées, peu de coût logistique et une monétisation directe du trafic existant. Disruption possible de l’IA ? À la marge. L’IA va être un accélérateur de croissance pour Amazon, mais pas une menace. Même chose pour Microsoft. Mal aimée par les investisseurs, l’entreprise est pourtant un leader du cloud, possède une position stratégique dans l’IA et peut se vanter d’avoir des revenus récurrents solides. Rien à voir avec le secteur des logiciels. La valorisation, qui a suscité des inquiétudes au début de 2025, n’est désormais plus un sujet. En outre, les anticipations de croissance des bénéfices sont au beau fixe. Pour 2026, la banque américaine Goldman Sachs prévoit une hausse de 23% pour le Nasdaq – soit nettement mieux que l’an dernier.

Alors pourquoi ce désamour des actions technologiques américaines ?

Certains mettent en avant le « debasement trade » (volonté des investisseurs institutionnels de se désengager des actifs en dollar), l’IA, la géopolitique, les inquiétudes concernant une remise en cause de l’indépendance de la Fed après le départ de son actuel président Jerome Powell ou la dégradation du marché du travail américain, en particulier pour les nouveaux entrants. Ces facteurs jouent certainement un rôle. Mais la vérité est ailleurs. Nous sommes face à des marchés très techniques, où les algorithmes, les fonds spéculatifs et les ventes à découvert ont pris une part dominante. Ils ne réagissent pas aux annonces économiques ou des entreprises mais en fonction des flux et des niveaux techniques. D’où une volatilité en forte hausse. En se basant sur les données de Bloomberg, la volatilité moyenne d’une action américaine au cours du mois de janvier était de 10,8% – bien supérieure à sa moyenne de long terme. C’est la nouvelle normalité du marché des actions.

Comment faire face ?

Selon nous, la volatilité excessive ne remet pas en cause l’intérêt d’être exposé aux actions technologiques américaines. Les interrogations à l’égard des entreprises des logiciels (Adobe, SalesForce, Zoom etc…), qui pourraient être disruptées par l’IA, sont légitimes. Nous préférons donc rester à l’écart tant qu’il n’y a pas une visibilité suffisante, en particulier sur l’évolution du modèle d’affaires. En revanche, nous sommes confiants sur des entreprises comme Microsoft, Nvidia, ou encore Amazon qui ont des parts de marché impressionnantes, sont des machines à cash et sont bien positionnées pour capter la création de valeur liée à l’adoption croissante de l’IA. La baisse des cours et des valorisations constitue des points d’entrée pour quiconque souhaite investir sur la thématique de l’IA. En revanche, il faut s’habituer à ce que ces actions soient l’objet de montagnes russes plus souvent que par le passé. C’était déjà le cas en 2025.

Afin d’amortir la volatilité inhérente aux actions technologiques, il est aussi possible d’intégrer en bas de portefeuille des actions qui connaissent moins de zigzags. Le secteur de la défense est souvent évoqué. Il peut s’agir par exemple d’Elbit Systems, entreprise israélienne du secteur de la défense qui a déjà connu un beau parcours boursier depuis 2025 mais n’a certainement pas dit son dernier mot. L’espagnol Repsol est un autre exemple dans le domaine énergétique. Son action a augmenté de 31% depuis six mois. Enfin, la bourse helvétique peut être une autre possibilité. Elle est réputée pour servir de valeur refuge pendant les périodes de volatilité et d’aversion au risque. Depuis le début d’année, elle connaît un parcours honorable avec une hausse du SMI, le principal indice de la bourse de Zurich, de 4%. Parmi les valeurs phares, on retrouve Nestlé ou des valeurs bancaires comme UBS.

Morale de tout cela :

il ne faut pas paniquer si les bourses connaissent d’importants remous. Ce n’est pas lié à des craintes réelles portant sur l’économie ou les marchés financiers mais plutôt à des mouvements techniques et spéculatifs. Ils peuvent engendrer de la volatilité mais rarement changer la direction à long terme des marchés.

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