La Bourse chinoise a attiré beaucoup d’épargnants, souvent pour de mauvaises raisons. D’où les déconvenues. Plus troublant encore : les deux entreprises que l’on cite aujourd’hui comme des réussites viennent toutes deux de perdre plus de 40 % de leur valeur boursière. Elles illustrent donc exactement l’inverse de ce que l’on croit démontrer avec elles.

Bourse chinoise : les vrais gagnants, édito du mois d’octobre de la CentaureNews

Bourse chinoise : trois mauvaises raisons d’y aller

Avant de chercher les gagnants, il faut comprendre pourquoi tant d’investisseurs se sont trompés d’entrée.

Le poids économique ne fait pas la performance

La Chine est la deuxième puissance économique mondiale, portée par une population dont le pouvoir d’achat a fortement progressé. Les salaires ont augmenté de l’ordre de 10 % par an en moyenne au cours de la décennie 2000. Le pays a donc été présenté comme le relais de croissance idéal pour les entreprises étrangères.

Malheureusement, être un géant économique ne garantit en rien des gains boursiers. Les deux sont souvent décorrélés, et la Bourse chinoise en offre une démonstration de longue date.

Une décote n’est pas un signal d’achat

Le deuxième argument consistait à dire que les valorisations chinoises sont décotées. C’est exact. Cela ne signifie pas pour autant que le moment est venu d’investir. D’autres critères entrent en compte, à commencer par la liquidité du marché et la croissance effective des bénéfices.

Une grande entreprise n’est pas une grande action en Bourse chinoise

La troisième erreur revenait à dire que la Chine possède des entreprises de premier plan dans les technologies, et à en déduire automatiquement d’excellentes performances boursières. Prenons Alibaba. Son modèle économique est solide, personne ne le conteste. Son parcours en Bourse a pourtant déçu pendant plusieurs années. Les deux ne vont pas automatiquement de pair.

Le mal récurrent des introductions en Bourse

Pourquoi cette déception ? L’une des erreurs originelles de la Bourse chinoise tient aux niveaux auxquels les titres commencent à s’échanger. On retrouve d’ailleurs le même sujet sur Euronext Paris.

Unitree, ou le prix d’un premier jour

Unitree est le bon exemple en la matière. Ce spécialiste de la robotique humanoïde a accompli des progrès remarquables en trois ans, et peu d’acteurs occidentaux cotés se positionnent aujourd’hui sur le même segment.

Son introduction au STAR Market de Shanghai, le 19 août 2026, s’est toutefois déroulée de façon révélatrice. Selon Reuters, le titre a clôturé sa première séance en hausse de 460 %. Il a ensuite reculé d’environ 45 % en trois séances, la valorisation retombant d’un sommet proche de 66 milliards de dollars. Un investisseur entré au plus haut accusait encore une perte d’environ 53 % au 6 octobre 2026.

La nuance mérite d’être posée, car elle change le sens de l’histoire. Ce n’est pas le prix d’introduction qui a piégé les acheteurs, mais la flambée du premier jour. Un investisseur servi à l’introduction restait, lui, largement gagnant. Sur ce marché, le prix payé décide d’une grande partie du résultat.

Les rachats d’actions, un soutien longtemps absent

Dernier point, moins commenté. Contrairement aux entreprises américaines, les sociétés chinoises cotées se sont montrées, jusqu’en 2024, assez réticentes à procéder à des rachats d’actions massifs. Or ces rachats constituent un facteur structurel de soutien des cours. La pratique évolue désormais, ce qui pourrait modifier progressivement la donne.

Ce qui fonctionne vraiment en Bourse chinoise

Faut-il fuir la Chine ? Pas nécessairement. Mais c’est un marché qui demande de la sélectivité. Trois segments tirent leur épingle du jeu. Le secteur financier et bancaire d’abord. Certains acteurs de haute technologie ensuite, rarement ceux que le grand public a en tête. Et, plus inattendu, le luxe.

Semi-conducteurs : Cambricon, et la suite de l’histoire

La montée en gamme chinoise dans les semi-conducteurs spécialisés pour l’intelligence artificielle suppose de maîtriser la lithographie. La Chine a pris une place importante sur les nœuds de gravure anciens, ceux que l’on retrouve dans l’électronique grand public et l’automobile. La lithographie reste en revanche dominée par un très petit nombre d’équipementiers européens et japonais. Cet équilibre pourrait évoluer d’ici un à trois ans, ce qui pèserait sur les marges des acteurs historiques.

Certaines entreprises se positionnent déjà sur ce créneau, à l’image de Cambricon Technologies. Son parcours boursier a été spectaculaire : environ +118 % en 2023, +379 % en 2024 et +104 % en 2025.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et c’est tout l’intérêt de la regarder en entier. Le titre cotait 921 yuans à la clôture du 20 octobre 2026. Il évolue environ 43 % sous son plus haut des douze derniers mois, et cède près de 27 % depuis janvier. La thèse industrielle peut rester valable. La trajectoire boursière, elle, n’a rien de linéaire.

Le luxe local : la marque progresse, le titre corrige

La vraie surprise de la Bourse chinoise tient peut-être à l’émergence d’un luxe local. Celui-ci a d’abord rogné les parts des marques françaises sur son propre terrain. Il part désormais à la conquête des pays développés. La clé de ce succès : des produits enracinés dans la culture nationale, inspirés du folklore et de l’esthétique locale, loin des standards occidentaux.

L’exemple le plus commenté est Laopu Gold, présenté de façon assez impropre comme « l’Hermès de l’or ». La marque a séduit les jeunes générations chinoises et annonce une arrivée en Europe et aux États-Unis en 2027. Introduite en juin 2024 à 40,50 dollars de Hong Kong, l’action valait environ 346 dollars de Hong Kong à la mi-août 2026, soit une progression de l’ordre de 755 %.

Là encore, la suite compte. Le titre avait atteint un sommet proche de 1 100 dollars de Hong Kong durant l’été 2025 : la correction dépasse donc 60 %. Le bénéfice du premier semestre 2026 est ressorti en deçà des attentes. Les stocks ont fortement augmenté entre fin 2024 et fin 2025. Le cours de l’or a lui aussi nettement reflué après son pic.

Le succès commercial de la marque n’est pas remis en cause par cette baisse. Ce qui s’est dégonflé, c’est la valorisation. L’hypothèse selon laquelle les marques françaises souffriraient moins de la faiblesse de la consommation chinoise que d’un désamour au profit de marques locales conserve, elle, tout son intérêt.

Bourse chinoise : la morale de l’histoire

Il n’existe pas, à proprement parler, de marché boursier à fuir. En revanche, toutes les approches ne se valent pas.

Suivre l’évolution des indices chinois par un fonds indiciel s’est révélé hasardeux par le passé. La concentration de ces indices et la dispersion des performances d’un secteur à l’autre y rendent le simple suivi d’indice plus aléatoire qu’ailleurs. Une approche sélective peut donc s’y défendre davantage, sans constituer pour autant une règle générale ni convenir à tous les profils.

Reste l’enseignement principal, et il vaut bien au-delà de la Bourse chinoise. Une excellente entreprise ne fait pas automatiquement une excellente action. Alibaba l’a montré hier, Cambricon et Laopu Gold le rappellent aujourd’hui. Entre les deux se glisse une variable que l’on oublie trop souvent : le prix payé à l’entrée.

Avertissement

Édito établi au 20 octobre 2026 à partir des sources publiques consultées à cette date. Il est diffusé à titre purement informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée au sens de la directive MIF 2, ni une incitation à réaliser des opérations sur des instruments financiers. Aucune des sociétés citées ne fait l’objet d’une recommandation d’achat ou de vente : elles sont mentionnées à seule fin d’illustrer un mécanisme de marché.

Les cours et performances indiqués se rapportent aux dates précisées dans le texte et peuvent avoir évolué depuis. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les évolutions envisagées pour les prochaines années constituent des hypothèses et non des prévisions. Tout investissement comporte des risques, notamment un risque de perte en capital, un risque de liquidité et un risque de change. Édité par STRATEGINVEST SAS, CIF enregistré à l’ORIAS sous le n° 13000990.

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