La cession de parts de SCI et de sociétés à prépondérance immobilière ne pourra plus se faire par un simple acte sous seing privé lorsque la réforme entrera en vigueur. Le texte adopté impose un acte authentique, un acte contresigné par avocat ou, plus rarement, un acte rédigé par un expert-comptable habilité. L’objectif est clair : mieux identifier les parties, tracer les flux financiers et fermer une faille utilisée dans certains montages opaques. Pour les familles et investisseurs patrimoniaux, la réforme apportera plus de sécurité, mais aussi plus de délais et de coûts. À ce stade, le Parlement a définitivement adopté la loi le 11 mai 2026, puis transmise au Conseil constitutionnel les 18 et 19 mai 2026.
Une réforme discrète, mais structurante
La SCI reste l’un des outils les plus utilisés pour organiser un patrimoine immobilier. Elle permet d’acheter à plusieurs, de gérer un bien familial, d’éviter l’indivision ou de préparer une transmission. En pratique, elle offre une vraie souplesse. Toutefois, cette souplesse avait aussi une limite : les mouvements de parts pouvaient intervenir avec un formalisme plus léger qu’une vente immobilière classique.
Jusqu’à présent, les associés pouvaient souvent céder leurs parts au moyen d’un simple acte sous seing privé. Le vendeur et l’acquéreur signaient le contrat, puis ils accomplissaient les formalités d’enregistrement fiscal. Cette méthode présentait un avantage évident : elle coûtait moins cher et permettait d’aller vite. En revanche, elle ne faisait pas nécessairement intervenir un professionnel soumis aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Or, lorsqu’une société détient principalement de l’immobilier, la cession de ses titres peut produire un effet économique proche d’un transfert immobilier. L’immeuble reste dans la société, mais le contrôle de cette société change de mains. C’est précisément cette différence entre la forme juridique et la réalité économique que le législateur cherche à encadrer.
Le texte adopté insère un nouvel article 1865-1 dans le Code civil. Il prévoit que la cession de parts sociales ou d’actions d’une personne morale à prépondérance immobilière devra respecter un formalisme renforcé. Les parties devront recourir à un acte authentique, à un acte contresigné par avocat ou, dans les seuls cas où la loi l’autorise, à un acte sous signature privée rédigé par un expert-comptable. Le texte ajoute que cette exigence s’applique « à peine de nullité ».
Pourquoi les SCI sont concernées
La réforme ne remet pas en cause l’utilité patrimoniale des SCI. La majorité d’entre elles répond à des objectifs parfaitement légitimes. Elles servent à organiser un achat familial, à faciliter la transmission d’un bien, à gérer des murs professionnels ou à clarifier les pouvoirs entre associés.
Cependant, une SCI peut aussi rendre moins visible un transfert immobilier. Dans une vente classique, le bien change directement de propriétaire. Dans une cession de parts, la société demeure propriétaire de l’immeuble. Ce sont les associés qui changent. Ainsi, l’opération peut produire des effets économiques comparables, tout en suivant une voie juridique différente.
Les parlementaires ont identifié ce point comme un angle mort du dispositif de vigilance. L’amendement à l’origine de la mesure explique que les titres de sociétés à prépondérance immobilière permettent de transférer économiquement des actifs immobiliers sans intervention automatique d’un professionnel assujetti aux obligations LCB-FT. Il vise donc à mieux identifier les parties, à renforcer la traçabilité des flux financiers, à limiter les risques de fraude fiscale et de blanchiment, et à sécuriser les transactions.
Cette approche rejoint une logique désormais bien installée dans le droit immobilier et patrimonial. Les opérations portant sur l’immobilier attirent une vigilance accrue, car elles peuvent porter sur des montants élevés, faire intervenir des structures interposées et mobiliser des fonds dont l’origine doit pouvoir être documentée.
Ce qui change pour les associés
D’abord, les associés devront anticiper davantage. Une cession de parts de SCI ne pourra plus se traiter comme une simple formalité entre vendeur et acquéreur lorsque la société entre dans le champ du dispositif. Il faudra réunir les statuts, vérifier les clauses d’agrément, identifier les bénéficiaires effectifs, documenter le prix et préparer les justificatifs relatifs au financement.
Ensuite, le choix du professionnel deviendra central. Le notaire pourra recevoir un acte authentique. L’avocat pourra contresigner l’acte, après avoir conseillé les parties et sécurisé la rédaction. L’expert-comptable pourra intervenir seulement dans les cas où les textes qui régissent sa profession l’y autorisent. Cette voie devrait donc rester encadrée, notamment lorsque l’acte ne présente pas un lien suffisant avec une mission comptable principale.
Par ailleurs, l’administration fiscale disposera d’un point de contrôle supplémentaire. Le texte crée aussi un article 635-0 A dans le Code général des impôts. Celui-ci prévoit que l’enregistrement des cessions concernées dépendra de la présentation d’une copie de l’acte conforme. En clair, l’administration fiscale pourra refuser l’enregistrement si les parties ne produisent pas l’acte requis.
Cette évolution modifie la pratique. Aujourd’hui, les associés regardent surtout le prix, l’accord des autres associés, les droits d’enregistrement et la date de transfert. Désormais, ils devront vérifier la forme de l’acte dès le début de l’opération. Une signature trop rapide, même de bonne foi, pourra donc créer une fragilité civile et fiscale.
Quelles sociétés entrent dans le champ ?
Le dispositif ne concerne pas uniquement les SCI. Il vise les personnes morales à prépondérance immobilière au sens du 2° du I de l’article 726 du Code général des impôts. Cette définition s’applique aux personnes morales non cotées, quelle que soit leur nationalité, dont l’actif est ou a été, au cours de l’année précédant la cession, principalement constitué d’immeubles ou de droits immobiliers situés en France, ou de participations dans des personnes morales elles-mêmes à prépondérance immobilière.
Cette rédaction appelle donc une analyse concrète de l’actif. Une société civile, une SARL, une SAS, une holding ou une structure étrangère peut entrer dans le champ si elle répond à cette définition fiscale. À l’inverse, il ne suffit pas qu’une société détienne un immeuble pour conclure automatiquement à sa prépondérance immobilière. Il faut apprécier la composition de son actif selon les critères applicables.
Le texte exclut cependant les cessions portant sur des parts sociales ou des actions de placements collectifs mentionnés à l’article L. 214-1 du Code monétaire et financier. Cette exclusion protège notamment certains véhicules collectifs. Toutefois, les sociétés immobilières détenues par ces véhicules devront être analysées au cas par cas, car leur situation dépendra de leur nature exacte et de la qualification de l’opération.
Un surcoût probable pour les cessions
Cette réforme entraînera vraisemblablement un coût supplémentaire. L’intervention d’un notaire, d’un avocat ou, dans les cas autorisés, d’un expert-comptable devra être rémunérée. Le montant dépendra de la valeur des parts, du nombre d’associés, de la complexité des statuts, de l’existence d’un financement, des vérifications à mener et du niveau de négociation entre les parties.
En pratique, une petite cession familiale pourra donc devenir plus lourde. Par exemple, lorsqu’un parent cède une fraction de ses parts à un enfant, le formalisme pourra paraître important au regard de l’opération. De même, lorsqu’un associé minoritaire quitte une SCI simple, le calendrier devra intégrer l’intervention du professionnel et la collecte des pièces.
Toutefois, il ne faut pas réduire cette réforme à une contrainte administrative. Elle apporte aussi une protection. Une cession de parts mal préparée peut nourrir de futurs litiges. Le prix peut faire débat. L’agrément peut manquer. La date de transfert peut devenir incertaine. La fiscalité de la plus-value peut aussi susciter des difficultés.
Grâce à l’intervention d’un professionnel, les parties sécurisent davantage l’opération. Elles vérifient l’identité du vendeur et de l’acquéreur. Elles documentent l’origine des fonds. Elles examinent la validité des pouvoirs. Elles clarifient le prix et ses modalités de paiement. Enfin, elles réduisent le risque d’une contestation ultérieure.
Les bons réflexes avant de céder
Avant toute cession, les associés doivent relire les statuts. Cette étape reste indispensable. Certaines SCI imposent un agrément préalable. D’autres prévoient des règles particulières selon que l’acquéreur est un conjoint, un enfant, un héritier, un autre associé ou un tiers.
Ensuite, les parties doivent vérifier si la société entre réellement dans la définition fiscale de la prépondérance immobilière. Cette analyse ne doit pas reposer sur une approximation. Elle suppose d’examiner la nature des actifs, leur localisation, les participations détenues et la situation de la société au cours de l’année précédant la cession.
Puis, il faut travailler la valorisation des parts. Celle-ci doit tenir compte de la valeur des immeubles, de l’endettement, de la trésorerie, des comptes courants d’associés et, le cas échéant, des décotes justifiables. Une valeur insuffisamment documentée peut attirer l’attention de l’administration ou créer une tension entre associés.
Enfin, les parties doivent préparer les justificatifs. Les statuts à jour, le registre des associés, les derniers éléments comptables disponibles, les titres de propriété, les évaluations immobilières et les informations relatives au financement doivent être réunis en amont. Plus le dossier est complet, plus la cession pourra avancer dans de bonnes conditions.
Une entrée en vigueur à surveiller
Le Parlement a définitivement adopté le projet de loi le 11 mai 2026. Toutefois, le Conseil constitutionnel a été saisi les 18 et 19 mai 2026. À ce stade, il faut donc conserver une réserve sur la promulgation et sur la version définitivement applicable du texte. Le Sénat indique que le projet de loi a bien été adopté définitivement, puis transmis au Conseil constitutionnel après plusieurs saisines.
Sauf disposition particulière, censure ou réserve d’interprétation, les nouvelles règles entreront en vigueur selon le droit commun, après promulgation et publication au Journal officiel. Pour les opérations en cours, la prudence recommande donc d’anticiper le nouveau formalisme, surtout si la signature ou l’enregistrement intervient dans une période proche de l’entrée en vigueur.
Cette précaution évite une difficulté pratique majeure : signer un acte sous une forme devenue insuffisante au moment de l’enregistrement. Dans un contexte d’incertitude, les associés ont intérêt à sécuriser l’acte plutôt qu’à chercher à gagner quelques jours.
Ce qu’il faut retenir
Cette réforme marque un tournant pour les SCI et, plus largement, pour les sociétés non cotées à prépondérance immobilière. Jusqu’ici, la simplicité des cessions de parts constituait l’un des attraits de ces structures. Désormais, le législateur veut rapprocher ces opérations du niveau de vigilance appliqué aux ventes immobilières directes.
Cette évolution alourdira certaines démarches. Elle augmentera probablement les coûts. Elle rallongera aussi les délais. Néanmoins, elle poursuit un objectif clair : mieux tracer les transferts indirects d’immeubles et réduire les risques de fraude, de blanchiment ou d’opérations insuffisamment documentées.
Pour les familles, les entrepreneurs et les investisseurs, la conclusion est simple. La SCI reste un outil patrimonial efficace. Cependant, sa gestion demandera plus de rigueur. Lorsqu’un associé souhaite céder ses parts, l’anticipation devient la meilleure protection.
FAQ
Une cession de parts de SCI pourra-t-elle encore se signer entre particuliers ?
Lorsque la SCI entre dans le champ du nouveau dispositif, les parties ne pourront plus se contenter d’un simple acte sous seing privé rédigé entre elles. Elles devront recourir à un acte authentique, à un acte contresigné par avocat ou, dans les seuls cas prévus par les textes, à un acte rédigé par un expert-comptable habilité.
La réforme concerne-t-elle seulement les SCI ?
Non. Le texte vise les personnes morales à prépondérance immobilière au sens fiscal. Une société civile, une société commerciale, une holding ou une structure étrangère peut donc entrer dans le champ si son actif répond aux critères de l’article 726 du Code général des impôts.
Quel risque en cas d’acte non conforme ?
Le texte prévoit une nullité en cas de non-respect du formalisme. En outre, l’administration fiscale subordonnera l’enregistrement à la présentation d’un acte conforme. Le risque combine donc une fragilité civile et un blocage fiscal.
Les donations de parts sont-elles concernées ?
Le texte vise les cessions de parts sociales ou d’actions. Les donations, apports, échanges, cessions démembrées ou opérations complexes devront faire l’objet d’une analyse au cas par cas. Il serait imprudent de leur appliquer automatiquement la réforme sans qualification juridique précise.
Cette réforme augmente-t-elle les droits d’enregistrement ?
Le dispositif modifie surtout la forme de l’acte et les conditions d’enregistrement. Les cessions de participations dans des personnes morales à prépondérance immobilière relèvent déjà du droit d’enregistrement de 5 % prévu par l’article 726 du Code général des impôts. Le BOFiP confirme également ce taux.
Faut-il consulter avant une cession familiale ?
Oui. Une cession familiale peut produire des effets civils, fiscaux et successoraux importants. Il faut vérifier les statuts, l’agrément, la valeur des parts, l’origine des fonds et les conséquences sur la transmission. Cette prudence devient encore plus nécessaire avec le nouveau formalisme.
Sources :
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Sénat — Texte adopté le 11 mai 2026
Texte définitif adopté par le Parlement, notamment l’article créant le nouvel article 1865-1 du Code civil sur les cessions de parts de sociétés à prépondérance immobilière.
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Sénat — Compte rendu de séance du 11 mai 2026
Source utile pour citer la formulation exacte du dispositif : acte authentique, acte contresigné par avocat ou intervention d’un expert-comptable dans les cas autorisés.
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Assemblée nationale — Amendement n°490
Source essentielle pour expliquer l’objectif de la réforme : intégrer les cessions de titres de sociétés à prépondérance immobilière dans le champ des obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
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Assemblée nationale — Texte adopté n°279
Version parlementaire précisant le champ du dispositif, les actes admis et les exclusions visant certains placements collectifs.
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Légifrance — Article 726 du Code général des impôts
Source juridique de référence pour définir la notion de « personne morale à prépondérance immobilière ».
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Sénat — Rapport sur le blanchiment
Source de contexte sur les risques liés aux sociétés civiles et aux SCI, identifiées comme pouvant être utilisées dans certains schémas de blanchiment.
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Conseil constitutionnel — Saisine du 18 mai 2026
Source à suivre pour vérifier la validation définitive de la loi avant publication au Journal officiel.
