Alors que les indices européens peinent à retrouver de l’élan, les marchés américains enchaînent les séances dans le vert.

 

Comment expliquer cette surperformance américaine ?

 

D’abord, les entreprises américaines affichent une santé financière remarquable. Au premier trimestre 2026, 84% des sociétés du S&P 500 ont publié un bénéfice par action supérieur aux attentes.

Alphabet, Amazon et Meta ont été les principaux contributeurs à la performance. À cela s’ajoute un environnement fiscal et réglementaire plus lisible qu’en Europe et particulièrement en France où les débats autour d’une possible taxe sur les superprofits continuent de peser sur la dynamique du CAC 40.

 

L'édito Centaure Investissements par Christopher Dembik

 

 

Les perspectives demeurent solides. Les analystes anticipent une croissance des bénéfices proche de 20% en 2026, après 21% en 2025. Si ces prévisions se confirment, les entreprises américaines continueront d’afficher une trajectoire de croissance exceptionnelle.

Mais le véritable moteur du marché se situe ailleurs. Ce sont les rachats d’actions. Les entreprises du S&P 500 ont annoncé plus de 500 milliards de dollars de rachats sur les trois derniers mois. Cette vague soutient mécaniquement les indices américains et entretient une pression acheteuse quasi permanente.

Sans surprise, les flux de capitaux convergent massivement vers les États-Unis. Selon Bloomberg, les investisseurs étrangers détiennent désormais 63% de leurs actifs américains en actions – soit deux fois plus qu’au moment de la crise financière de 2008. L’engouement est particulièrement marqué pour les valeurs technologiques. Les investisseurs particuliers ont acheté pour 1,1 milliard de dollars d’actions du secteur sur la semaine se terminant le 6 mai – soit le deuxième plus important montant hebdomadaire d’achat jamais enregistré. Cette dynamique profite évidemment à des géants comme Apple et Meta, mais également à des entreprises comme Dell Technologies ou Super Micro Computer.

Dans ce contexte, les marchés européens peinent à rivaliser.

 

L’Asie n’est toutefois pas en reste

 

Les capitaux étrangers affluent aussi massivement vers les marchés asiatiques. Résultat : la capitalisation totale de la bourse de Taïwan a dépassé celle du Canada, tandis que la Corée du Sud pèse désormais davantage que le marché britannique. En seulement douze mois, ces deux places financières ont gagné 4 600 milliards de dollars de capitalisation boursière, principalement grâce à l’essor des valeurs liées à l’intelligence artificielle.

Le Japon bénéficie lui aussi de ce retour des flux vers l’Asie avec un autre facteur favorable : le marché japonais reste relativement attrayant en matière de valorisation. Son ratio cours/bénéfices est inférieur à sa moyenne des cinq dernières années, contrairement à de nombreux grands marchés internationaux.

Attention toutefois, toute l’Asie n’est pas logée à la même enseigne. En début d’année, de nombreux investisseurs avaient envisagé un retour sur les actions indiennes après la correction des valorisations. Historiquement, le marché indien reste néanmoins cher par rapport aux autres marchés émergents, ce qui appelait à la prudence. Ceux qui sont restés à l’écart ont probablement eu raison.

Les actions stagnent, les investisseurs étrangers quittent massivement le pays, la devise se déprécie malgré les interventions de la banque centrale et l’inflation repart à la hausse. Un scénario noir pour un pays longtemps présenté comme un relais de croissance incontournable.

 

Les valeurs défensives, grandes perdantes de la séquence actuelle

 

Le retour de l’appétit pour le risque sur les marchés financiers a entraîné une baisse des valeurs défensives, y compris aux États-Unis. Selon Bloomberg, elles n’ont jamais été aussi délaissées.

Le secteur américain de la santé illustre parfaitement cette tendance : il ne représente plus que 8,3% de la capitalisation du S&P 500 – soit son niveau le plus bas depuis 1994. Depuis 2022, son poids a chuté de 50%, ce qui suggère que ce mouvement n’est pas uniquement conjoncturel, mais probablement structurel.

Même constat pour le secteur de la défense. Après un fort engouement ces deux dernières années et une flambée des valorisations, parfois à des niveaux prohibitifs, les investisseurs deviennent plus prudents. Les montants d’argent public annoncés en Europe pour renforcer la défense tardent à se matérialiser, tandis que les résultats trimestriels – bien que souvent honorables – ne justifient plus les primes élevées accordées aux valeurs du secteur. Pire encore, sur les deux derniers mois, les ETF adossés aux entreprises de la défense sous-performent le MSCI World.

 

Faut-il voir dans cette faiblesse des valeurs défensives une opportunité d’achat ?

 

Pas forcément. Concernant la défense, la phase d’euphorie semble désormais derrière nous et il faudrait probablement une correction bien plus marquée pour retrouver des points d’entrée réellement attractifs. Quant au secteur de la santé, il demeure complexe, volatil et souvent source de déceptions pour les investisseurs de long terme.

Ce qu’il faut retenir dans le contexte de marché actuel, c’est que les actions technologiques – même si elles peuvent connaître des phases baissières parfaitement normales – continuent de porter les marchés, à la fois aux États-Unis et en Asie. Faut-il s’inquiéter de cette forte domination ? Non. Elle est propre à toutes les grandes phases d’innovation technologique. Cela conforte notre conviction forte en faveur de ce secteur, qui reste incontournable et présente encore d’importantes opportunités de hausse.

Prenons Intel. Il y a un an, peu d’analystes auraient parié sur l’entreprise. Pourtant, son cours de bourse a bondi de 483% sur la même période grâce à un partenariat stratégique inattendu avec Nvidia. Cela rappelle à quel point les retournements peuvent être rapides dans les nouvelles technologies.

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