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L’Euribor se réveille, votre crédit aussi
Un chiffre est passé presque inaperçu vendredi dernier : l’Euribor à 12 mois a franchi la barre des 3 %, une première depuis octobre 2024. Ce n’est ni un indice boursier ni une prévision d’économiste : c’est le prix auquel les banques européennes se prêtent de l’argent entre elles. Autrement dit, la matière première de votre crédit.
Derrière ce chiffre, il y a une bascule que beaucoup n’ont pas encore intégrée : la Banque centrale européenne ne baisse plus ses taux, elle les remonte. Elle l’a fait en juin. Et sept économistes sur dix parient qu’elle recommencera le 10 septembre.
Pendant ce temps, votre Livret A vous sert 1,70 % et l’État français emprunte à 4,12 %. Un écart qu’on n’avait plus vu depuis 2008.

L’Euribor passe la barre, sans prévenir
L’Euribor 12 mois s’est établi à 3,003 % le 21 août, selon les fixings publiés par l’EMMI. C’est son premier passage au-dessus de 3 % depuis octobre 2024. L’Euribor — le taux auquel les grandes banques de la zone euro se prêtent entre elles, et qui sert de référence à une bonne partie des crédits immobiliers européens — n’avait jamais franchi ce seuil en 2025.
Et ce n’est pas une pointe isolée : toute la courbe monte. Le 1 mois cote 2,216 %, le 3 mois 2,524 %, le 6 mois 2,765 %. En huit mois, l’échéance trois mois a pris près de 50 points de base — un point de base valant un centième de pour cent.
Un indice qui grimpe pendant que tout le monde est à la plage, c’est le genre de nouvelle qui ne fait pas la une mais qui se retrouve, en septembre, dans le tableau d’amortissement de quelques centaines de milliers d’emprunteurs européens.
La BCE ne baisse plus : elle monte
Le 11 juin 2026, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base. Le taux de dépôt est passé à 2,25 %. C’était la première hausse depuis 2023, motivée par le choc énergétique né du conflit au Moyen-Orient. Le 23 juillet, elle a laissé ses taux inchangés, sans fermer la porte.
Le prochain rendez-vous est fixé aux 9 et 10 septembre, à Berlin. Une enquête Reuters menée auprès de 74 économistes montre que 52 d’entre eux, soit 70 %, attendent une ultime hausse d’un quart de point, qui porterait le taux de dépôt à 2,50 %. Environ 30 % du panel voit les taux figés jusqu’à la fin de l’année.
La raison tient en un chiffre : l’inflation de la zone euro était encore à 2,9 % en juillet, avec une composante énergie à +10,0 %. « Plus l’inflation énergétique monte, plus le risque d’effets de second tour sur les salaires puis sur les prix augmente », résume Simon Wells, chef économiste Europe de HSBC, cité par Reuters.
Le pétrole recule, mais c’est lui qui tient le stylo
Lundi, le Brent a perdu 2,5 %, à 92,06 dollars le baril. Le marché n’a pas été surpris par le train de sanctions annoncé par Washington contre l’Iran — celui-là même dont nous parlions hier. Les mesures étaient attendues, elles étaient déjà dans les cours.
Mais un baril qui recule de 2,5 % reste un baril au-dessus de 90 dollars, après un pic à 120 dollars en avril. Et c’est l’énergie qui commande l’inflation, qui commande la BCE, qui commande vos taux. La chaîne est longue, elle est lente, mais elle ne casse jamais.
Retenez ce seuil de 90 dollars, il resservira plus bas dans cette édition. Au-dessus, l’inflation énergétique de la zone euro reste sous tension et la BCE garde le doigt sur la gâchette. En dessous, le débat change de nature.
La France emprunte à 4,12 %, du jamais-vu depuis 2008
L’OAT à dix ans — l’obligation par laquelle l’État français emprunte sur les marchés — a atteint 4,124 % lundi, au plus haut depuis novembre 2008. L’écart avec le Bund allemand, la référence de la zone euro, ressort à 83,6 points de base : l’Allemagne emprunte à 3,24 %, la France à plus de 4,10 %.
Sur RTL lundi, le député David Amiel a appelé les partis à bâtir « un compromis qui ne peut pas être un n’importe quoi budgétaire » sur le budget 2027. Traduction pour les marchés : personne ne sait encore qui votera quoi, et cette incertitude a désormais un prix affiché.
Nous l’annoncions dans l’édition du 21 août 2026 : la date à cercler, c’est vendredi 28 août, jour de la revue de l’agence Fitch sur la note de la France. Elle nous note A, perspective stable, depuis mars.
Livret A 1,70 %, OAT 4,12 % : cherchez l’erreur
Le Livret A est remonté à 1,70 % le 1er août 2026, sa première hausse depuis février 2023. Le LDDS suit à 1,70 %, le LEP reste à 2,50 %, le CEL passe à 1,25 %. Ces rémunérations ont un avantage rare : elles sont nettes de tout impôt.
Il n’empêche : l’État sert 1,70 % à ses épargnants et plus du double à ses créanciers. L’écart n’a jamais été aussi large. C’est moins une anomalie qu’un rappel : le Livret A rémunère la liquidité, pas le temps.
Côté assurance-vie, la remontée des taux arrive, mais au ralenti. Les fonds en euros détiennent un portefeuille obligataire d’une durée de six à sept ans, qui ne se renouvelle que de 10 à 15 % par an. Rendement moyen 2026 sur l’exercice 2025 : 2,60 % selon France Assureurs. Il faudra trois à cinq ans pour que les taux d’aujourd’hui s’y voient vraiment.
Votre crédit immobilier, lui, n’attend pas
Là où l’épargne met des années à encaisser la hausse, le crédit la reçoit en quelques semaines. Les baromètres d’août affichent des taux moyens autour de 3,33 % sur quinze ans et 3,44 % sur vingt ans. Le taux d’usure — le plafond légal au-delà duquel un prêt devient illégal — est fixé à 4,07 % depuis le 1er juillet.
C’est toute l’asymétrie du moment : la hausse des taux arrive vite chez l’emprunteur et lentement chez l’épargnant. Pour un ménage qui achète cet automne, chaque dixième de point compte davantage que la couleur du CAC 40 ce jour-là.
Le bon réflexe n’est pas de deviner le point bas, il est de connaître sa capacité d’emprunt réelle avant de signer un compromis — et de savoir que cette capacité, elle, se recalcule à chaque mouvement de l’Euribor.
Wall Street retient son souffle avant Nvidia
Séance sans direction lundi à New York : le Dow Jones a gagné 0,26 %, le S&P 500 a cédé 0,28 % et le Nasdaq a reculé de 0,76 %. L’écart vient d’un seul secteur : les semi-conducteurs. Micron a perdu 5,8 %, AMD plus de 3 %, Broadcom plus de 2 %.
Tout le monde attend la même chose : Nvidia publie ses résultats mercredi soir. Le consensus table sur environ 91,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 2,08 dollars de bénéfice par action, soit une croissance proche de 95 % sur un an.
Quand le marché attend 95 % de croissance et qu’il n’en obtient « que » 85 %, il appelle ça une déception. La barre est haute, et c’est le marché lui-même qui l’a placée là.
Le CAC 40 fait du surplace, Stellantis décroche
À Paris, le CAC 40 a terminé lundi en baisse de 0,37 %, à 8 453,01 points. Peu d’initiatives avant une semaine à trois rendez-vous. Publicis a signé la plus forte hausse (+1,7 %), devant L’Oréal (+1,53 %) et LVMH (+1,51 %). À l’autre bout du classement, Stellantis a chuté de 4,7 %.
La journée de mardi apporte trois indicateurs à surveiller : la confiance des consommateurs français à 8h45, l’indice Ifo du climat des affaires allemand à 10h00, et l’indice S&P/Case-Shiller des prix immobiliers américains à 15h00.
Trois thermomètres, trois pays, un même sujet de fond : est-ce que le consommateur tient, maintenant que l’argent recommence à coûter cher ?
Nos anticipations
Sur la BCE, notre scénario central pour le 10 septembre est une hausse de 25 points de base, qui porterait le taux de dépôt à 2,50 %. Il tient à une condition simple, vérifiable chaque matin : un Brent durablement au-dessus de 90 dollars. Un reflux net sous 80 dollars d’ici deux semaines rendrait le statu quo plus probable.
Sur la France, nous n’attendons pas de dégradation de Fitch vendredi 28 août : la note A a été confirmée avec perspective stable en mars, et les agences bougent rarement deux fois en six mois. Le point à lire sera le commentaire sur le budget 2027 — c’est lui, davantage que la note elle-même, qui fera bouger le spread.
Sur votre épargne enfin, une échéance plus lointaine : si les taux se maintiennent à ces niveaux, les premiers effets nettement visibles sur les fonds en euros porteront sur l’exercice 2027, dont les rendements seront annoncés début 2028. Rendez-vous est pris — et vous pourrez vérifier.
Parce qu’une hausse de taux ne se lit pas sur votre relevé de compte : elle se lit sur votre échéance de prêt, sur votre capacité d’emprunt, et dans trois ans sur le rendement de votre fonds en euros.
Parce que l’écart entre 1,70 % sur le Livret A et 4,12 % sur la dette française n’est pas un scandale : c’est le prix du temps. Le livret rémunère l’argent disponible demain matin ; l’OAT rémunère l’argent immobilisé dix ans.
Parce que si la BCE remonte ses taux le 10 septembre, ce sera la deuxième fois en trois mois — et le scénario du « retour de l’argent pas cher », que beaucoup attendent depuis 2024, reculera encore d’un cran.
Et parce que vendredi, entre le premier grand oral de Kevin Warsh et le verdict de Fitch sur la France, votre épargne en apprendra plus en une journée qu’en trois semaines d’été.
QuickFi, c’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de votre épargne… et rappelez-vous que l’Euribor, lui, ne prend jamais de vacances.
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