L’économie argentine sous Milei a changé de trajectoire. Depuis décembre 2023, l’inflation a fortement ralenti, les comptes publics sont repassés dans le vert, la croissance est revenue et la pauvreté a nettement reculé après son pic de 2024. Cette stabilisation ne règle pourtant pas tout : l’inflation reste élevée et les réserves de change demeurent fragiles. Elle montre néanmoins qu’un ajustement budgétaire massif peut produire des effets rapides lorsqu’il s’accompagne d’une politique monétaire plus stricte et d’un retour de la confiance.

Économie argentine sous Milei : drapeau argentin et courbe de désinflation illustrant le redressement des comptes publics depuis 2023

Une économie au bord de l’asphyxie

Lorsque Javier Milei entre à la Casa Rosada en décembre 2023, l’économie argentine cumule les déséquilibres. L’inflation atteint alors 211,4 % sur un an. Sur le seul mois de décembre, les prix augmentent de 25,5 %.

Le déficit public s’est installé dans la durée. Le peso perd rapidement de sa valeur. Les réserves de change, elles, restent sous pression.

À cela s’ajoutent une économie en récession et un niveau de pauvreté déjà élevé. Le pays semble enfermé dans un cercle difficile à briser : davantage de dépenses publiques, donc davantage de création monétaire, donc davantage d’inflation, et toujours moins de confiance.

Le nouveau gouvernement choisit alors une stratégie radicalement différente. Plutôt que de soutenir l’activité par la dépense, il privilégie une réduction immédiate du déficit. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité budgétaire, mettre fin au financement monétaire de l’État et créer les conditions d’une désinflation durable.

Ce choix est politiquement risqué. Il provoque également un choc économique initial. Pourtant, près de trois ans plus tard, les résultats obligent à réexaminer le scénario de catastrophe annoncé au début du mandat.

Économie argentine sous Milei : un choc budgétaire d’une ampleur rare

Le premier changement se situe dans les finances publiques. Le Fonds monétaire international chiffre l’ajustement à plus de 5 points de PIB. Dans ses rapports, l’institution le décrit comme un effort audacieux et concentré sur le début du programme.

Autrement dit, l’essentiel du resserrement a été engagé dès 2024, dans les tout premiers mois du mandat.

La méthode repose principalement sur la réduction des dépenses. Les subventions ont diminué. Plusieurs transferts ont été revus. Les dépenses d’investissement de l’État ont également été réduites.

Dans le même temps, certaines aides destinées aux populations les plus vulnérables ont été préservées ou renforcées. Le programme ne correspond donc pas à une coupe uniforme. Il s’agit davantage d’un recentrage brutal des priorités budgétaires.

Les résultats comptables sont significatifs. En 2024, le secteur public national a dégagé un excédent primaire de 1,8 % du PIB. L’excédent financier a atteint environ 0,3 %. C’était le premier double excédent depuis quatorze ans.

En 2025, l’Argentine a de nouveau enregistré un excédent primaire, de l’ordre de 1,4 % du PIB. Le solde financier est resté positif, à environ 0,2 %.

Ainsi, le pays a connu deux années consécutives de comptes excédentaires après une longue période de déficits chroniques. Pour 2026, la tendance se poursuit. À la fin juillet, l’excédent primaire cumulé représentait environ 0,9 % du PIB. Le FMI attend un excédent proche de 1,4 % sur l’ensemble de l’année.

Sur ce terrain, le changement est donc incontestable. Il tranche avec la trajectoire de plusieurs économies européennes, comme le montre le débat français sur la soutenabilité de la dette publique.

Économie argentine sous Milei : l’inflation ralentit fortement

Le deuxième résultat majeur concerne les prix. En décembre 2023, l’inflation mensuelle dépassait 25 %. La dynamique était alors typique d’une économie en perte de contrôle monétaire.

En juillet 2026, l’INDEC a mesuré une inflation mensuelle de 2,1 %. Sur douze mois, elle atteint encore 33,8 %. Depuis janvier, les prix ont progressé de 19,3 %.

Le niveau reste donc très élevé comparé aux économies développées. Cependant, la trajectoire a profondément changé. L’Argentine n’est plus confrontée à une accélération permanente des prix. Elle traverse désormais une phase de désinflation.

Le FMI prévoit une inflation proche de 25 % en glissement annuel fin 2026, puis environ 12,5 % fin 2027. Ces chiffres restent des prévisions. Ils doivent donc être considérés avec prudence. Néanmoins, ils traduisent un scénario central très différent de celui de 2023.

Cette baisse résulte de plusieurs facteurs. D’abord, la réduction du déficit limite le besoin de création monétaire. Ensuite, la politique monétaire s’est durcie. Le système de change a également évolué. Enfin, la correction de plusieurs prix administrés a permis de résorber progressivement certains déséquilibres accumulés.

La désinflation apparaît donc étroitement liée au retour de la discipline budgétaire.

La croissance revient après la récession

Une politique d’ajustement aussi brutale ne pouvait pas être sans conséquences. En 2024, le PIB réel a reculé d’environ 1,3 % selon le FMI, et de 1,7 % selon les comptes nationaux définitifs de l’INDEC. La consommation a souffert. L’investissement public a chuté. Plusieurs secteurs ont traversé une période difficile.

Cette contraction constitue le coût immédiat du programme de stabilisation. Cependant, l’économie a ensuite redémarré.

L’INDEC a confirmé une croissance de 4,4 % en 2025. La reprise a notamment bénéficié à l’agriculture, à l’énergie, aux mines et à plusieurs activités liées aux exportations.

Pour 2026, le FMI prévoit une croissance d’environ 3,5 %. La Banque mondiale retient une estimation très proche, à 3,6 % dans son édition de juin. Pour 2027, le FMI anticipe 4 %.

Ces projections restent soumises aux risques mondiaux, à l’évolution des matières premières et à la situation financière internationale. Elles montrent néanmoins que l’ajustement budgétaire n’a pas entraîné une récession permanente. C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de l’expérience argentine.

Économie argentine sous Milei : la pauvreté recule après son pic

L’impact social du programme constitue évidemment un point essentiel. Au second semestre 2023, 41,7 % des habitants des principales agglomérations argentines vivaient sous le seuil de pauvreté.

Après les premières mesures d’ajustement et la forte dévaluation initiale, ce taux a brutalement augmenté. Il atteint 52,9 % au premier semestre 2024. Ce choc social a nourri une grande partie des critiques adressées au gouvernement.

Cependant, la tendance s’est ensuite inversée. Au second semestre 2024, la pauvreté recule à 38,1 %. Au second semestre 2025, elle tombe à 28,2 %, son plus bas niveau depuis 2018 selon les données officielles.

Cette évolution est importante. Elle montre que le coût initial de l’ajustement n’a pas continué à s’aggraver indéfiniment.

La désinflation a notamment permis de restaurer une partie du pouvoir d’achat. Or les ménages modestes sont généralement les premières victimes d’une inflation très élevée. En effet, ils disposent rarement de produits financiers permettant de protéger leur épargne.

Une réserve mérite toutefois d’être signalée. Des travaux privés ont contesté la comparabilité de la série après une modification de la mesure des revenus par l’INDEC. Cela n’invalide pas les chiffres publiés. En revanche, cela invite à la prudence dans les comparaisons entre 2023 et les semestres suivants.

Il serait en tout état de cause prématuré de considérer le problème social comme résolu. La pauvreté reste élevée. Le marché du travail demeure largement informel. De nombreux ménages restent fragiles face au coût de la vie.

Le prochain test consistera donc à transformer la stabilité macroéconomique en amélioration durable des revenus réels.

Le pari de l’investissement privé

La stabilisation ne peut constituer une fin en soi. Pour élever durablement le niveau de vie, l’économie argentine sous Milei doit désormais attirer des capitaux, accroître sa productivité et développer ses exportations. C’est notamment l’objectif du RIGI, le régime d’incitation aux grands investissements.

À la mi-août 2026, 21 projets avaient obtenu une approbation formelle, pour environ 46,7 milliards de dollars d’investissements annoncés. Les mines en concentrent douze. Le pétrole et le gaz en représentent cinq. Le reste se répartit entre l’électricité, la sidérurgie et les infrastructures. Vingt-trois autres dossiers restaient en cours d’évaluation.

Ces chiffres doivent toutefois être interprétés correctement. Un projet approuvé pour plusieurs milliards de dollars ne signifie pas que la somme a déjà été investie. Il s’agit d’engagements, appelés à être déployés sur plusieurs années. Les observateurs argentins soulignent d’ailleurs le manque de visibilité sur les décaissements réellement effectués.

Le signal reste néanmoins significatif. L’énergie, les mines, le lithium et les infrastructures peuvent devenir des moteurs puissants de croissance.

Économie argentine sous Milei : peut-on parler de réussite ?

Sur le plan de la stabilisation, le bilan de l’économie argentine sous Milei est aujourd’hui difficile à nier. L’Argentine est passée d’une inflation annuelle supérieure à 200 % à un rythme proche de 34 %. Les finances publiques sont redevenues excédentaires. L’économie a renoué avec la croissance. La pauvreté a fortement reculé depuis son pic de 2024.

Le FMI reconnaît lui-même des progrès substantiels et souligne l’ampleur inhabituelle de l’effort budgétaire consenti. En revanche, il ne considère pas que la partie soit gagnée.

L’accumulation des réserves de change reste insuffisante. L’inflation demeure élevée. Le pays doit également maintenir sa discipline budgétaire et continuer à attirer des investissements privés.

Autrement dit, l’Argentine a réussi une première étape : la stabilisation. La deuxième est engagée, mais elle reste inachevée.

Ce qui est déjà en route

Plusieurs signaux vont dans le bon sens. La croissance est revenue : le PIB progressait encore de 2,3 % sur un an au premier trimestre 2026. La pauvreté est retombée à son plus bas niveau depuis 2018. Les capitaux se réorientent par ailleurs vers l’appareil productif, notamment l’énergie et les mines, tandis que la construction recule.

Ce qui ne suit pas encore

Le salaire réel, en revanche, n’a pas encore tourné. En mai 2026, les salaires du privé formel accusaient un recul de 2,9 % sur un an. Ils restaient environ 4 % sous leur niveau de novembre 2023. Le secteur public a davantage décroché. La consommation de masse reculait encore de 2,7 % en volume en juin 2026.

Cette dissociation est classique dans une sortie d’hyperinflation. Les comptes publics et les prix se redressent d’abord. Les revenus réels suivent ensuite, avec un décalage souvent long. C’est précisément ce décalage qui constitue aujourd’hui le principal risque politique du programme.

Une expérience suivie bien au-delà de l’Argentine

L’économie argentine sous Milei est désormais scrutée bien au-delà de Buenos Aires. Pendant plusieurs décennies, de nombreux gouvernements ont considéré qu’une réduction rapide de la dépense publique provoquerait nécessairement une récession durable et une explosion permanente de la pauvreté.

L’expérience argentine apporte une réponse plus nuancée. Oui, l’ajustement initial peut être brutal. Oui, la pauvreté peut augmenter pendant la phase de transition. Cependant, un gouvernement peut aussi réduire rapidement son déficit, ralentir fortement l’inflation, puis retrouver de la croissance.

La véritable question n’est donc plus de savoir si l’Argentine a changé de trajectoire. Elle l’a clairement fait. La question est désormais de savoir si cette trajectoire durera assez longtemps pour transformer en profondeur l’économie du pays. C’est sur ce terrain que Javier Milei sera finalement jugé.

Économie argentine sous Milei : ce que l’investisseur doit retenir

Ce dossier n’appelle aucune décision d’investissement particulière. Il éclaire en revanche plusieurs mécanismes utiles à comprendre.

D’abord, la discipline budgétaire agit vite sur l’inflation lorsqu’elle est crédible. Ensuite, le coût social d’un ajustement se concentre généralement sur les premiers trimestres. Enfin, une stabilisation réussie ne garantit jamais, à elle seule, une croissance durable ni une hausse immédiate des revenus réels.

Par ailleurs, les marchés émergents restent une classe d’actifs volatile. Le risque de change, le risque politique et le risque de liquidité y sont structurellement élevés. Ces éléments méritent donc un examen attentif, au regard de la situation et des objectifs de chacun. Le même raisonnement vaut d’ailleurs pour toute exposition thématique, comme le rappelle notre analyse des dynamiques de marché en 2026.

Questions fréquentes sur l’économie argentine sous Milei

L’inflation a-t-elle disparu en Argentine ?

Non. Elle reste élevée. En juillet 2026, l’inflation atteint encore 33,8 % sur douze mois. En revanche, elle a fortement ralenti par rapport aux 211,4 % enregistrés en décembre 2023.

L’Argentine est-elle encore en récession ?

Non. Après une contraction du PIB en 2024, l’économie a renoué avec la croissance en 2025, à 4,4 %. Le FMI prévoit environ 3,5 % de croissance en 2026.

L’Argentine affiche-t-elle réellement un excédent budgétaire ?

Oui. Le pays a enregistré un excédent primaire en 2024, puis en 2025. La trajectoire reste également positive en 2026.

Les salaires réels augmentent-ils en Argentine ?

Pas encore. En mai 2026, les salaires du privé formel reculaient de 2,9 % sur un an et restaient environ 4 % sous leur niveau de novembre 2023. La consommation de masse était également orientée à la baisse. La désinflation n’a donc pas encore produit de redressement durable du pouvoir d’achat.

La pauvreté a-t-elle diminué sous Javier Milei ?

Oui, après une forte hausse initiale. Elle a atteint 52,9 % au premier semestre 2024, avant de redescendre à 28,2 % au second semestre 2025 dans les principales agglomérations mesurées par l’INDEC.

Le programme Milei est-il déjà un succès définitif ?

Non. La stabilisation est réelle. Cependant, l’inflation reste élevée, les salaires réels n’ont pas encore redémarré et les réserves de change constituent un point de vigilance. La réussite à long terme dépendra surtout de l’investissement, de la croissance et de l’évolution du niveau de vie.

Sources de l’article

  • INDEC, Índice de precios al consumidor, décembre 2023 et juillet 2026.
  • INDEC, Incidencia de la pobreza y la indigencia, semestres 2023 à 2025, et comptes nationaux 2024-2025.
  • INDEC, Índice de salarios, et presse économique argentine, évolution des salaires réels et de la consommation à mai-juin 2026.
  • Fonds monétaire international, rapport au titre de l’article IV 2026 sur l’Argentine.
  • Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale, août 2026.
  • Banque mondiale, Global Economic Prospects, juin 2026.
  • Ministère argentin de l’Économie, résultats budgétaires 2024, 2025 et janvier-juillet 2026.
  • Portail officiel du RIGI et presse économique argentine, état des projets approuvés au 15 août 2026.

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