La Bourse grimpe, le monde s’enflamme, et la Fed s’explique sous serment. Voilà pour la première semaine “complète” de 2026 : un mélange de records, d’assignations et de barils de pétrole. Pendant que le CAC 40 tutoie les sommets grâce à L’Oréal et BNP Paribas, Washington découvre la joie d’un grand jury et l’Iran celle d’une insurrection. Entre euphorie boursière et crise institutionnelle, les investisseurs font ce qu’ils savent faire de mieux : ignorer le réel, jusqu’à ce qu’il les rattrape.

Le CAC flirte avec les dieux

L’indice parisien a battu un nouveau record vendredi, à 8 362 points. Les grandes valeurs, maquillées d’optimisme d’analystes, ont rejoué la scène du printemps : L’Oréal bondit, BNP Paribas s’enivre, Hermès et TotalEnergies s’invitent à la fête. L’ambiance rappelle que la finance adore commencer l’année en haut de la montagne, quitte à glisser ensuite. La hausse du pétrole, dopée par les tensions iraniennes, a ajouté une touche dramatique à ce tableau de prospérité fragile. Même Air France-KLM, lestée par le kérosène, a servi de rappel : dans chaque rallye, il y a un passager en retard sur la piste.

L’Amérique, tribunal monétaire

Vendredi soir, la Fed a reçu une assignation à comparaître. Oui, la banque centrale. Motif : des travaux trop chers. En réalité, personne n’est dupe — Donald Trump règle ses comptes avant le départ de Jerome Powell, en mai. Ce dernier a riposté en direct, accusant la Maison-Blanche de vouloir soumettre la Fed à la politique. Le décor est posé : justice contre indépendance monétaire, sur fond de campagne électorale. Powell s’en ira, mais l’institution risque de rester cabossée. Et si l’on en croit les marchés, la prochaine Fed pourrait ressembler à un simple bureau annexe du Bureau ovale.

Un monde à cran permanent

Les relations internationales ressemblent désormais à un stand de tir. Les États-Unis ont poussé Maduro vers la sortie, lorgnent l’Iran, menacent Cuba, et revendiquent… le Groenland. L’Europe, pour sauver la face, parle d’envoyer une mission “symbolique”. En Asie, Pékin fixe Taïwan d’un œil insistant. Les grandes puissances redécouvrent le goût du contrôle brut : territoires, technologies, minerais. Résultat : les métaux s’envolent, l’or bat des records, et les diplomates recyclent leurs communiqués de crise. Ce siècle avait commencé globalisé ; il devient compartimenté, et le compartiment chauffe.

Le pétrole, thermomètre politique

Chaque tension internationale fait grimper le baril un peu plus haut, comme une mèche qui brûle. Le Brent dépasse 63 $, le WTI flirte avec 60. Ce n’est pas l’embargo de 1973, mais la logique reste la même : quand la géopolitique chauffe, les stocks refroidissent. L’Iran concentre toutes les inquiétudes — révoltes, répression, rumeurs d’intervention. Le marché pétrolier, lui, se frotte les mains en silence. La hausse du brut, c’est aussi une taxe invisible sur la reprise mondiale : elle nourrit TotalEnergies, mais grève les marges d’Air France. Le vieux duel énergie/croissance reprend ses droits.

Emploi américain, moteur grippé

Les chiffres de décembre confirment le ralentissement : seulement 50 000 créations nettes, loin des rythmes d’avant. 2025 se clôt sur un bilan famélique — 584 000 postes au total, contre trois fois plus l’année précédente. L’emploi industriel stagne, l’emploi public recule, et le chômage de longue durée s’installe. Rien de dramatique encore, mais l’élan s’essouffle. Le marché espérait un signal clair pour les taux ; il n’a eu qu’un rapport tiède. Autant dire que la Fed n’aura aucun prétexte technique pour céder politiquement… sauf si la politique la contraint.

Défense et minerais : les nouveaux rois

Le chaos n’a pas que des perdants. L’industrie militaire vit un âge d’or — on commande des missiles comme autrefois des smartphones. Les métaux rares, eux, sont devenus un enjeu de souveraineté : le G7 se penche sur le sujet avec l’Australie et l’Inde, pendant que Washington tente de se désintoxiquer du lithium chinois. Derrière ces discours de sécurité, une simple réalité : la rareté rapporte. L’économie mondiale se redessine autour des mines, des brevets et des frontières. Bref, retour au XIXᵉ siècle, mais avec des drones.

France : faillites sans filet

Pendant que le CAC grimpe, les PME tombent. Plus de 69 000 défaillances d’entreprises en 2025, un record historique. Les aides du “quoi qu’il en coûte” ont tenu l’économie sous perfusion ; le sevrage est brutal. L’AGS, qui paie les salaires impayés, a dû secourir 250 000 personnes. Construction, services, transport : le carnage est large. Même des groupes connus — Brandt, Arc International — rejoignent la liste. La croissance de 0,9 % n’a pas suffi à éviter la casse : trop de dettes, trop de doutes, trop de charges, trop de fiscalité. L’économie réelle, elle, n’a pas accès au CAC.

Immobilier : la fausse accalmie

L’observatoire LocService note une légère détente locative : l’indice de tension passe de 4,8 à 4,69. On s’en réjouirait, si ce n’était le résultat d’une demande qui s’effrite. Les loyers stagnent, voire reculent en région, pendant que l’offre continue de se réduire — constructions en berne, passoires énergétiques exclues. Les grands logements voient leurs prix baisser, les petits restent introuvables. Paris reste sous pression, la périphérie respire. Le marché locatif français, c’est un ballon percé d’un côté, gonflé de l’autre. Et personne ne répare la valve. Le gouvernement tourne la tête dans une autre direction depuis des années maintenant. Le mal est fait !

Europe politique : le théâtre continue

À Bruxelles, on commente la destitution de Maduro comme si c’était une crise intérieure. À Paris, le procès en appel de Marine Le Pen ouvre un nouvel acte politique. En toile de fond, le Vieux Continent reste spectateur : dépendant de l’énergie importée, des minerais étrangers et des marchés américains. L’Union parle “souveraineté”, mais continue de voter des résolutions symboliques pendant que les États-Unis mènent la partie. En économie comme en diplomatie, l’Europe reste l’invitée polie d’un dîner où elle ne choisit plus le menu.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que les marchés montent en ignorant la tectonique sous leurs pieds. Les investisseurs achètent des records avec le même détachement que des billets de loterie. Derrière la hausse du CAC et l’optimisme affiché, les fondamentaux sentent la poudre : économie molle, tensions géopolitiques, institutions fragilisées.

Et parce que le pouvoir politique américain s’apprête à reprendre la main sur la Fed, ce qui pourrait relancer les baisses de taux à marche forcée — donc l’inflation, donc la volatilité. En clair : le feu sous la glace. Ceux qui confondent sommet boursier et sécurité financière oublient qu’un volcan reste chaud même sous la neige.

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