Donald Trump a encore dégainé son arme favorite : les droits de douane XXL, distribués façon père Fouettard sur tout ce qui bouge, du cuivre au Brésil en passant par… la Moldavie (oui, la Moldavie). Mais pendant que l’ex-président joue au shérif protectionniste, les marchés, eux, font du trampoline. Nasdaq au zénith, Nvidia qui explose la barre des 4 000 milliards de dollars, bitcoin qui joue les Icare… C’est à se demander si Wall Street lit les mêmes nouvelles que nous. Les investisseurs parient que la « méthode Trump » est une série B : beaucoup de bruit, peu de dégâts. Et si cette fois, c’était différent ?
Trump distribue des baffes douanières
Un coup à gauche, un coup à droite. Hier, Donald Trump a décidé que certains pays « profitaient trop de l’Amérique ». Résultat : 50% de surtaxe sur le cuivre importé, 25% sur les produits moldaves (les amateurs de vodka tremblent déjà) et une volée de bois vert pour le Brésil, coupable de… pas grand-chose en réalité. Une guerre commerciale version mitraillette, où on arrose large en espérant que ça impressionne l’adversaire.
Pendant ce temps, Wall Street plane
On pourrait croire que ces menaces allaient glacer le sang des investisseurs. Eh bien non. Nasdaq en lévitation, Nvidia qui atteint une valorisation plus grosse que tout le CAC 40… Et pas un frisson. Les traders ont activé le mode « ça va bien se passer ». Traduction : « Trump aboie, mais il finit toujours par reculer ». Une stratégie qui a fonctionné jusqu’ici, mais qui ressemble de plus en plus à de la roulette russe.
Le Brésil, nouvelle cible préférée
Pourquoi Trump s’acharne-t-il sur le Brésil ? Officiellement : parce que les négociations commerciales traînent. Officieusement : parce que Jair Bolsonaro et les BRICS veulent se la jouer rebelles face à l’Oncle Sam. Pour le moment, le Brésil a un déficit commercial avec les États-Unis, ce qui devrait lui valoir une médaille… pas une punition. Mais Trump applique une logique bien à lui : « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ».
L’Europe en spectatrice anxieuse
Les Européens observent le cirque douanier américain avec la même fascination qu’on regarde un voisin scier la branche sur laquelle il est assis. L’Allemagne, déjà fébrile avec ses exportations de voitures de luxe, redoute un coup de froid mondial. Mais pour l’instant, Bruxelles est plus occupée à faire la chasse aux clauses TikTok qu’à riposter contre Washington.
Nvidia, l’ogre de la tech
4 000 milliards de dollars. Répétez-le doucement. 4 000 milliards. Ce n’est pas le PIB de l’Allemagne. Ni la dette française (pas encore). C’est la capitalisation de Nvidia, le roi des puces IA. À titre de comparaison, Hermès vaut 257 milliards d’euros. Autrement dit, Nvidia pourrait racheter 15 Hermès et lui resterait assez pour s’offrir LVMH, Chanel et un petit Starbucks à chaque coin de rue. Une ascension qui donne le vertige… et des sueurs froides à ceux qui se souviennent de la bulle internet.
À la Fed, ça mouline sec
Chez Jerome Powell et ses acolytes, c’est ambiance débat de repas de famille à Noël : faut-il baisser les taux pour calmer l’économie, ou tenir bon malgré l’orage douanier ? Les minutes de la Fed montrent un comité plus divisé que jamais. Les marchés, eux, ont choisi leur camp : baisse des taux en septembre, pari tenu. Si ça rate, ça pourrait piquer.
La Moldavie, vraiment ?
Surtaxe de 25% sur les produits moldaves. Sérieusement ? Le pays exporte aux USA pour 90 millions de dollars par an, surtout de l’alcool. Les États-Unis ont un excédent commercial avec la Moldavie. Autant dire que cette surtaxe relève plus du coup de menton que d’une véritable stratégie économique. Mais Trump aime bien les symboles, surtout quand ils tiennent dans un tweet.
Euphorie sous bulle ?
Depuis avril, les marchés ont troqué la panique pour une euphorie qui frôle la béatitude. Wall Street a le sourire confiant du joueur de poker qui aligne les jetons en croyant que la table lui appartient. Sauf qu’au bout du tapis vert, la réalité pourrait bien se rappeler à son bon souvenir. Entre une guerre commerciale qui monte en régime, une hyper-concentration des indices autour d’une poignée de géants de la tech, et une élection américaine de mi-mandat qui ressemble déjà à une série Netflix à suspense, il y a de quoi semer quelques embûches sur la route.
Pour l’instant, les investisseurs préfèrent ne voir que le verre à moitié plein : Trump finira bien par reculer, la Fed viendra à la rescousse avec des baisses de taux, et Nvidia continuera de transformer ses puces en or. Peut-être. Mais une chose est sûre : la moindre étincelle – une inflation qui repart, une croissance qui cale ou un tweet présidentiel de trop – pourrait suffire à provoquer un embouteillage monstre sur les marchés financiers.
Pourquoi c’est important pour vos placements ?
L’euphorie actuelle est une bénédiction pour ceux déjà investis : vos portefeuilles profitent de l’effet champagne. Les bulles montent, les valorisations pétillent, et les indices semblent avoir oublié la gravité. Mais attention : l’ivresse des sommets est un plaisir fragile. Quand une poignée de géants – Nvidia, Microsoft, Apple – porte à bout de bras l’essentiel des gains boursiers, la moindre secousse peut transformer cette fête en une gueule de bois carabinée.
Le vrai problème ? Il n’y a plus de plan B. Les investisseurs sont coincés dans le fameux “TINA” (There Is No Alternative). Les obligations ? Elles rapportent un peu mieux qu’avant mais restent suspendues aux humeurs de la Fed. L’or ? Sur des records historiques et plus capricieux qu’un tweet de Trump. L’immobilier ? Paralysé entre des prix délirants et des taux qui plombent le marché. Et ne parlons pas des SCPI ! Même le dollar, refuge traditionnel, vacille sous le poids des guerres commerciales et des tensions géopolitiques. R
ésultat : beaucoup restent cramponnés aux actions comme des alpinistes à une corde usée, faute d’alternative crédible pour aller chercher du rendement. Ils acceptent la volatilité et les baisses régulières, en se répétant que « sur le long terme, la Bourse gagne toujours »… en espérant ne pas tomber au mauvais moment.
Dans ce contexte, résister à l’envie de « tout miser sur la tech américaine » relève presque de la sagesse stoïcienne. Diversifier ses actifs, conserver une poche de liquidités (oui, même si elle ne rapporte rien), et éviter de prendre une tendance haussière pour une loi de la nature, c’est se donner une chance de ne pas être le dernier à sortir quand la musique s’arrêtera… et que les prétendues “valeurs refuges” auront perdu leur pouvoir magique.
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