Un quart du patrimoine français va changer de main en dix ans. Les baby-boomers passent la main (ou trépassent, plutôt), et c’est une énorme vague de transmissions qui s’abat sur le pays. Le problème ? L’argent ne circule pas vraiment vers ceux qui en ont besoin. Et si cette redistribution à coups de cercueils creusait encore un peu plus les inégalités ? Bienvenue dans la société des héritiers.
Le tsunami discret
En mai 2025, la France a enregistré 635 300 décès sur 12 mois. C’est 100 000 de plus qu’une décennie plus tôt. Ce phénomène démographique, peu commenté, est pourtant en train de bouleverser l’économie. Le départ des baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, fait exploser le nombre de successions. Or, cette génération possède l’essentiel du patrimoine du pays. L’expression « great wealth transfer », côté anglo-saxon, n’a rien d’exagérée : en France, on parle de 5 000 à 7 000 milliards d’euros qui vont changer de main d’ici 2050.
Boom patrimonial
Ce n’est pas seulement une question de démographie, mais aussi de volume. Le patrimoine global a doublé en un demi-siècle. Dans les années 1950, il représentait trois années de revenu national. Aujourd’hui, c’est six. Merci les prix de l’immobilier multipliés par 4 à Paris depuis 1998 et les marchés financiers dopés. Cette inflation des actifs a surtout bénéficié aux plus de 60 ans, qui concentrent près de la moitié du patrimoine national. L’État aussi se frotte les mains : les recettes fiscales sur les successions sont passées de 7 à 16 milliards d’euros en dix ans.
Une tendance mondiale
La France n’est pas un cas isolé. Dans toutes les grandes économies, les baby-boomers s’apprêtent à transmettre des montagnes de biens. Aux États-Unis, la Fed estime que 84 000 milliards de dollars passeront d’une génération à l’autre d’ici 2045. Au Japon, le vieillissement extrême rend le sujet encore plus aigu. Partout, les gouvernements regardent le sujet avec appétit fiscal… et prudence politique. Les tentations de réforme se heurtent à une évidence : les retraités votent plus que les jeunes.
La spécificité française
Chez nous, l’impôt sur les successions est l’un des plus élevés de l’OCDE. Pourtant, plus de la moitié du patrimoine transmis échappe à l’impôt grâce aux abattements : 100 000€ par enfant, 15 932€ pour un frère ou une sœur. Mais ces seuils n’ont pas bougé depuis dix ans, alors que la valeur des biens a explosé. Résultat : de plus en plus de Français moyens paient des droits qu’ils n’auraient pas payés hier. C’est le double effet kiss-cool : à la peine de perdre un proche s’ajoute celle de découvrir la facture fiscale.
Les actifs en jeu
Le patrimoine des Français de plus de 70 ans avoisine les 344 000€ en moyenne, contre 43 000€ pour les moins de 30 ans. Dans la hotte des successions : beaucoup d’immobilier (souvent peu liquide), des comptes-titres, de l’assurance-vie, mais aussi des biens professionnels. Mauvaise nouvelle : certains de ces placements réservent des surprises. Par exemple, les frais de succession sur compte-titres peuvent être plus élevés que prévu, les tarifs préférentiels disparaissant avec le décès du titulaire. Déjà qu’on perd un parent, si en plus on perd son forfait…
Une société figée
Plus de 55% du patrimoine français est déjà hérité. On se rapproche dangereusement des niveaux du début du XXe siècle. Le problème ? L’héritage arrive trop tard. On hérite en moyenne à 51 ans aujourd’hui, contre 42 ans dans les années 80. Autant dire : trop tard pour acheter son premier logement ou monter sa boîte. L’argent passe donc entre mains déjà aisées. Les quadragénaires ont aujourd’hui deux fois moins de patrimoine que les sexagénaires. Dans les années 80, ils étaient à égalité. L’échelle sociale s’est clairement bloquée.
Le grand fossé
En théorie, on hérite tous. En pratique, c’est une loterie. Un Français sur deux ne reçoit pas plus de 70 000€ au cours de sa vie. Un sur dix hérite de plus de 500 000€. Et 0,1% touche plusieurs millions. Les sociologues parlent d’« hyper-héritiers », ceux pour qui la richesse tombe du ciel. Le CAE souligne que les inégalités patrimoniales ont dépassé celles des revenus. L’accès au haut de l’échelle sociale passe moins par l’effort que par la chance d’être bien né. Même en France.
Pour aller plus loin
Et si vous pouviez transmettre mieux… et plus ? Grâce au contrat Fipavie Transmission d’ODDO BHF, bénéficiez d’un abattement supplémentaire de 20 % au-delà du seuil classique de 152 500 € en assurance-vie.
Le défi à venir
Ce basculement patrimonial est à la fois une opportunité et une bombe à retardement. Il pose la question de la justice fiscale, de l’égalité des chances et du modèle de société que nous voulons. Doit-on alléger l’impôt pour permettre aux classes moyennes de transmettre plus ? Ou le renforcer pour financer la solidarité et réduire les inégalités ? Le débat monte, et avec lui la tension entre justice et patrimoine. En attendant, les cercueils continuent de faire circuler l’argent.
Pourquoi c’est important pour vos placements ?
La transmission ne s’improvise pas. Si vous êtes du côté des héritiers, mieux vaut anticiper : quels actifs sont les plus taxés ? Comment préparer la réception d’un patrimoine sans tout laisser partir en frais ? Et si vous êtes plutôt du côté des transmetteurs, l’été est le moment idéal pour faire le point : assurance-vie, SCPI, SCI, donations graduelles…
Les outils existent pour protéger vos proches, éviter les surprises et optimiser la fiscalité. Le tout, c’est de ne pas attendre le dernier moment. Les économies faites aujourd’hui se comptent en milliers d’euros demain.
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