Les marchés vivent un moment assez particulier. D’un côté, les semi-conducteurs prennent enfin une petite pause après avoir transformé chaque fabricant de puces en candidat au club des 1.000 milliards. De l’autre, l’intelligence artificielle continue d’aspirer les capitaux du monde entier comme un aspirateur industriel branché sur la liquidité mondiale.

Et comme si cela ne suffisait pas, SpaceX s’apprête à débarquer en Bourse avec une valorisation qui tutoie les sommets stratosphériques. Entre les milliards qui pleuvent sur l’IA, les fonds indiciels contraints d’acheter en masse et des investisseurs qui refusent de manquer la fête, les marchés ressemblent de plus en plus à une soirée où tout le monde est persuadé d’être encore parfaitement raisonnable.

Pendant ce temps, la réalité tente timidement de reprendre la parole avec les chiffres de l’emploi américain attendus cet après-midi.

Les puces soufflent enfin

Les semi-conducteurs ont connu leur première vraie séance de respiration depuis plusieurs semaines.

Le déclencheur est venu des résultats de Broadcom. Rien de catastrophique. Rien qui remette en cause la thèse de l’IA. Juste une excellente excuse pour prendre quelques bénéfices sur des valeurs qui montaient presque en ligne droite.

L’ETF iShares Semiconductor a ainsi perdu 2 % sur la séance. Dit autrement, il ne gagne plus « que » 100 % depuis le début de l’année. Une tragédie boursière à laquelle peu d’investisseurs sont réellement habitués.

Le plus intéressant n’est d’ailleurs pas la baisse elle-même. C’est qu’elle a permis aux investisseurs de se souvenir que d’autres secteurs existent encore. Santé, banques, consommation cyclique : des pans entiers de la cote ont soudainement réapparu sur les écrans. Une découverte presque archéologique.

La rotation oubliée

Quand les géants des puces ralentissent, les capitaux cherchent temporairement d’autres terrains de jeu.

L’Europe en a profité pour reprendre un peu d’oxygène. Depuis plusieurs mois, les flux se concentrent massivement sur quelques gagnants de l’IA. Le reste du marché regarde souvent passer le train depuis le quai.

Cette séance rappelle une réalité simple : même dans une tendance puissante, les investisseurs finissent toujours par diversifier, ne serait-ce que quelques jours.

Cela ne signifie pas que le thème IA est terminé. Cela signifie simplement que même les fusées ont parfois besoin de ravitaillement avant le prochain décollage.

SpaceX change d’échelle

L’introduction en Bourse de SpaceX pourrait devenir l’événement financier de l’année.

L’opération viserait près de 75 milliards de dollars levés, voire davantage avec la surallocation, pour une valorisation proche de 1.750 milliards de dollars. À ce niveau, on ne parle plus d’une introduction en Bourse. On parle d’un objet céleste.

Le plus fascinant est que beaucoup d’investisseurs ont déjà acheté indirectement des morceaux de l’entreprise via des véhicules spécialisés ou des ETF thématiques. Ils ont investi avant même d’avoir accès à des informations financières complètes.

Autrement dit, ils ont surtout acheté une histoire. Une histoire portée par Elon Musk. Jusqu’à présent, ce pari a souvent été rentable. Ce qui ne fait qu’encourager les suivants.

Les ETF vont alimenter la fusée

Le véritable carburant pourrait arriver après l’introduction.

Les grands fournisseurs d’indices ont assoupli leurs règles d’inclusion. Résultat : les fonds passifs pourraient devoir acheter jusqu’à 20 milliards de dollars d’actions SpaceX dans les jours suivant son arrivée sur le marché.

Le problème est simple. La demande sera gigantesque alors que le flottant disponible restera très limité.

Imaginez cinquante personnes qui veulent entrer dans un taxi de quatre places. Le prix du trajet risque de devenir créatif.

Cette mécanique pourrait soutenir artificiellement le titre à court terme. Une situation qui enthousiasme certains investisseurs et inquiète ceux qui pensent encore que les prix devraient parfois refléter les fondamentaux.

L’IA commence à s’inquiéter d’elle-même

Le signal le plus surprenant de la semaine ne vient pas des régulateurs européens.

Il vient d’Anthropic.

L’un des leaders mondiaux de l’intelligence artificielle appelle désormais à ralentir le développement de certains modèles. La raison ? La progression extrêmement rapide des capacités d’auto-amélioration des systèmes.

Le sujet ressemble à un scénario hollywoodien. Sauf que cette fois, ceux qui tirent la sonnette d’alarme sont les ingénieurs qui construisent les machines.

L’ironie est magnifique. Les entreprises qui promettaient hier une révolution sans limite demandent aujourd’hui quelques limitations. Quand même les vendeurs du produit demandent un mode d’emploi plus épais, cela mérite au moins un regard attentif.

Le PER entre dans l’âge adulte

Le Plan d’Épargne Retraite continue d’attirer les épargnants.

Avec près de 150 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de détenteurs, le succès commercial est indéniable.

Mais le marché arrive désormais dans une phase plus mature. Le principal avantage du PER reste fiscal. Et cet avantage est particulièrement puissant pour les contribuables fortement imposés.

Pour les autres, la réflexion devient plus nuancée. Car l’épargne est bloquée jusqu’à la retraite dans la plupart des cas. Un avantage fiscal généreux reste toujours séduisant. Encore faut-il accepter de confier son argent à son soi futur pendant plusieurs décennies.

Comme souvent, le meilleur produit n’existe pas. Seul existe le produit adapté à une situation précise.

Les millionnaires se multiplient

Le nombre de millionnaires a fortement progressé en 2025.

Selon les dernières études, plus de 25 millions de personnes disposent désormais d’un patrimoine financier supérieur à un million de dollars. La richesse mondiale détenue par ces investisseurs approche les 100.000 milliards de dollars.

Les États-Unis continuent d’en fabriquer à un rythme impressionnant. L’Asie accélère également grâce au Japon et à la Chine.

La bonne nouvelle derrière ces chiffres est souvent oubliée : les marchés financiers restent le principal moteur de création de richesse à long terme.

La mauvaise nouvelle est que cette richesse se concentre fortement. Comme dans beaucoup de secteurs, les gagnants gagnent davantage lorsque les actifs financiers montent.

La crypto découvre l’impôt

L’Union européenne réfléchit à une taxe sur les transactions en cryptomonnaies à partir de 2028.

L’objectif est simple : trouver de nouvelles recettes fiscales dans un univers qui a longtemps évolué à distance des administrations.

Les défenseurs du projet y voient une mesure logique. Les opposants craignent une perte d’attractivité des plateformes européennes.

L’expérience des marchés actions montre cependant qu’une taxe réduit souvent les volumes sans forcément réduire la spéculation.

Comme souvent en fiscalité, la théorie promet beaucoup. La pratique négocie ensuite avec la réalité.

Le rendez-vous de 14h30

Les marchés surveilleront aujourd’hui les chiffres de l’emploi américain.

Le consensus attend environ 85.000 créations d’emplois et un taux de chômage stable à 4,3 %.

Si le marché du travail reste solide, la Réserve fédérale pourrait conserver davantage de marge pour maintenir une politique monétaire restrictive face à l’inflation.

En clair, les investisseurs célèbrent aujourd’hui l’IA, SpaceX et les milliards qui volent dans tous les sens. Mais cet après-midi, quelques statistiques économiques pourraient leur rappeler qu’une banque centrale existe encore.

Et que, contrairement aux valorisations, les taux d’intérêt ne fonctionnent pas à l’apesanteur.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que nous sommes probablement à un moment charnière du cycle. Les marchés restent portés par une conviction extrêmement forte : l’intelligence artificielle transformera l’économie mondiale et justifiera les investissements massifs observés aujourd’hui. Cette histoire est puissante. Elle repose déjà sur des revenus réels, des commandes bien visibles et des bénéfices qui progressent rapidement.

Parce que l’autre moitié de l’équation est moins confortable. Les valorisations atteignent des niveaux élevés, les introductions géantes se multiplient, les taux restent sous pression et les banques centrales n’ont pas totalement gagné leur combat contre l’inflation.

L’histoire montre que les grandes innovations créent énormément de richesse. Elle montre aussi que l’enthousiasme des investisseurs dépasse parfois la vitesse à laquelle cette richesse se matérialise. Toute la question des prochains mois sera donc simple : la croissance rattrapera-t-elle les attentes… ou les attentes devront-elles ralentir ?

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