Trois séances, trois records : 2026 commence comme un marathon sous amphétamines. Wall Street tutoie les 50 000 points sur le Dow Jones, l’Europe s’accroche aux semiconducteurs, et les investisseurs semblent aussi sereins qu’un chat sur un volcan. En toile de fond, un Trump triomphant obtient pour ses multinationales une exemption fiscale historique, l’inflation française baisse sans convaincre, et Caracas change de régime sous les applaudissements prudents des marchés. Le monde tangue, mais la Bourse danse. Jusqu’à quand ? Voilà toute la question.

Wall Street en apesanteur

Le Dow Jones frôle les 50 000 points. Le S&P 500, lui, s’apprête à dépasser les 7 000. L’Amérique financière vit en accéléré : elle a doublé sa mise en six ans. Ni guerre, ni pétrole, ni rhétorique trumpienne ne semblent pouvoir gâcher la fête. La volatilité du brut grimpe, certes, mais les investisseurs restent convaincus que tout est sous contrôle — ou plutôt, sous algorithme. En 2020, on s’émouvait des 20 000 points ; en 2026, on s’ennuie à 49 800. L’histoire boursière avance plus vite que la géopolitique ; et pour l’instant, c’est toujours le même qui mène la danse.

L’Europe suit, à distance polie

Le Stoxx Europe 600 atteint 606 points, tiré par les semi-conducteurs et la défense. Les trois premiers (ASM, BE Semi, ASML) gagnent 15 % en trois jours ; les seconds (Rheinmetall, Saab, Leonardo) autour de 10 %. Un démarrage façon 2025, avec les mêmes moteurs : puces et canons. L’industrie européenne, censée se réinventer, se contente donc de produire ce qui rassure — l’armement et les circuits. Pendant ce temps, les politiques évoquent la “transition verte”. Sur les marchés, c’est la transition vers le vert bourse. Ironie des mots, constance des rendements.

Donald Trump, l’art du bras de fer fiscal

Washington a obtenu ce qu’aucun autre pays n’avait osé : ses multinationales ne seront pas soumises à l’impôt minimum mondial de 15 % prévu par l’OCDE. Une victoire “historique”, selon le Trésor américain ; un uppercut pour le multilatéralisme, selon ses partenaires. Donald Trump, fidèle à sa logique, a brandi la menace d’une surtaxe pour forcer la main. Résultat : les groupes US resteront jugés par leurs propres règles. “Souveraineté fiscale”, dit la Maison-Blanche ; “exception américaine”, soupirent les autres. On dirait un remake du dollar : tout le monde le critique, personne ne peut s’en passer.

L’OCDE, otage consentant

Après “plusieurs mois d’intenses négociations”, l’OCDE salue un “compromis politique et technique majeur”. Manière polie de dire : Donald Trump a gagné. Le Pilier 2, censé moraliser la fiscalité mondiale, ressort comme une passoire diplomatique. Près de 140 pays avaient signé l’accord en 2021 ; cinq ans plus tard, la première puissance mondiale s’en exonère. Le multilatéralisme ressemble de plus en plus à une assemblée de copropriété : tout le monde vote, mais c’est le propriétaire du penthouse qui décide.

L’inflation française lève le pied

0,8 % sur un an, selon l’Insee. Une bonne nouvelle, en théorie ; une anecdote, en pratique. L’énergie baisse, mais l’alimentation repart, les services restent stables, et les produits manufacturés font semblant de se calmer. L’indice harmonisé européen tombe à 0,7 %. On se félicite d’une “inflation maîtrisée”, tout en oubliant qu’elle reste une des plus basses de la zone euro. Le pouvoir d’achat s’use lentement, comme un pneu de 205 GTI (spéciale dédicaces pour les quinquas) : pas de crise spectaculaire, mais un frottement continu. La France ne flambe pas, elle s’use en douceur.

Venezuela : l’effet d’annonce

L’arrestation de Maduro a fait vibrer les marchés comme un soupir dans une messe. Le pétrole ? Presque calme. Le baril de Brent retombe à 60 $, Washington ayant annoncé l’envoi de 50 millions de barils de brut vénézuélien vers les États-Unis. La véritable explosion a eu lieu ailleurs : sur la dette vénézuélienne, qui bondit de 20 % en une journée. Les investisseurs parient sur un remboursement partiel des 60 milliards de dollars impayés. Le marché a ses héroïsmes : il salue toujours la chute d’un dictateur — surtout quand elle rapporte.

Pétrole : la patience des traders

Pas de crash immédiat sur le brut : le marché sait que le pétrole vénézuélien est lourd, complexe et lent à raffiner. Il faudra des mois, voire des années, avant qu’il inonde les raffineries américaines. Les investisseurs attendent, comme toujours, le moment où l’histoire deviendra comptable. En revanche, les sociétés de services pétroliers (Halliburton, SLB) et les majors US bondissent de 10 % et plus. Donald Trump leur avait promis le pétrole du Venezuela : il leur offre maintenant les camions pour le chercher.

Le pari gagnant du jour

Sur Polymarket, un trader inconnu a doublé sa mise juste avant l’attaque sur Caracas. Il avait parié sur la chute rapide de Maduro avant le 31 janvier. Gain : 400 000 $, soit 12 fois sa mise. Un sens de l’anticipation qui ressemble beaucoup à celui des services renseignés. Quand la géopolitique devient pari en ligne, on peut dire que la modernité est achevée. Les dictateurs tombent, les portefeuilles montent — et la morale reste en attente de cotations.

Les métaux, victimes collatérales

Pendant que le monde parle de pétrole, les métaux trébuchent. Argent –4 %, palladium –5 %, platine –6 %. Seul l’or tient le choc (–0,8 %), protégé par sa vénérable réputation de refuge. Les spéculateurs débouclent, les algos débandent — et le marché retrouve un peu de gravité dans cet univers sans poids. La géopolitique a toujours fait vaciller les cours ; aujourd’hui, elle leur sert de bande-son.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que les marchés n’aiment rien autant que le désordre prévisible. Un monde où Trump impose ses règles, où les guerres sont télévisées et où les banques centrales hésitent, c’est un terrain de jeu idéal pour les indices. Tant que la croissance tient et que l’inflation se fait discrète, l’euphorie peut durer.

Mais pour l’épargnant, l’histoire est moins glamour. Des records boursiers ne font pas des rendements durables, et les “victoires historiques” de Washington annoncent souvent des retours de bâton globaux. Autrement dit : la Bourse célèbre la force, mais l’épargne a besoin de mémoire. Et les marchés, eux, oublient vite.

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