
Mardi 29 septembre 2026
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L’argent se loue plus cher
Le taux d’intérêt, c’est le loyer de l’argent. Et ce loyer monte partout à la fois : lundi, l’État américain a dû offrir plus de 5,2 % pour emprunter à dix ans, du jamais-vu depuis 2007, pendant que la France tutoyait les 4,75 %, un sommet depuis 2008.
Wall Street a reculé (–0,77 % pour le S&P 500), Paris a fait du surplace à 8 078 points et l’or a lâché environ 4 %. Seul Nvidia a souri, en s’offrant 150 milliards de dollars de rachats d’actions supplémentaires.
Aujourd’hui, les fonctionnaires sont en grève. Jeudi, le plafond légal des crédits immobiliers grimpe et le budget 2027 arrive en Conseil des ministres. Le baril, lui, reste au-dessus de 105 dollars.

Cinq pour cent, et des poussières
Lundi, le rendement de l’emprunt d’État américain à dix ans est monté au-dessus de 5,2 %, son plus haut niveau depuis 2007. Ce taux — ce que Washington paie pour emprunter sur dix ans — sert de boussole à tous les crédits de la planète : quand il grimpe, l’argent coûte plus cher partout, jusqu’à l’agence bancaire de votre quartier.
Wall Street a encaissé le message : –0,77 % pour le S&P 500, –0,92 % pour le Nasdaq, –0,67 % pour le Dow Jones. Boeing a chuté de plus de 6 % après un nouveau retard de certification de son 737 MAX 10. Et Lisa Cook, gouverneure de la Fed, a désigné un suspect inattendu : les investissements massifs dans l’IA, qui alimentent selon elle l’inflation à court terme. Ce que l’IA change au travail, Cyrille Restier l’analyse justement dans son dernier article, présenté en fin d’édition.
Pour vous, la conséquence est simple : un placement sans risque qui rapporte plus de 5 % fait de l’ombre aux actions, et chaque dixième de point supplémentaire finit, tôt ou tard, dans le prix des crédits. Le loyer monte. Le propriétaire, c’est le marché.
Non le samedi, « on se reparle » le lundi
Samedi, Donald Trump rejetait le plan iranien de réouverture du détroit d’Ormuz. Dimanche, il confiait au site Axios s’attendre à de nouvelles discussions avec Téhéran cette semaine. Le marché du pétrole a recalculé entre les deux : le Brent est monté près de 109 dollars en séance, avant de clôturer à 105,28 dollars.
Ce qui a freiné la hausse vient d’ailleurs : l’Arabie saoudite aurait rétabli les flux de son grand oléoduc Est-Ouest, qui contourne Ormuz, autour de 3,5 millions de barils par jour. Ce mardi matin, le baril reprend un peu de hauteur, vers 106 dollars.
Pour votre plein, un tuyau qui contourne le détroit pèse davantage qu’une déclaration : il limite la hausse, sans faire baisser le prix. Tant que le baril reste au-dessus de 100 dollars, l’inflation ne redescend pas — et les taux n’ont aucune raison de le faire non plus.
Nvidia se rachète une conduite
Nvidia a ajouté 150 milliards de dollars à son programme de rachat d’actions, un record selon Reuters, ce qui porte sa capacité totale à 235 milliards, à utiliser d’ici à son exercice 2028. Un rachat d’actions, c’est une entreprise qui rachète ses propres titres en Bourse : il en reste moins en circulation, et chaque action restante représente une part un peu plus grosse du gâteau.
Le titre a pris environ 2,5 % dans une Bourse américaine en repli. Le message est limpide : le géant des puces juge sa propre action bon marché. Et il a des arguments : elle se paie environ 16,5 fois les bénéfices attendus sur douze mois, son niveau le plus bas depuis 2015, selon les données LSEG citées par Reuters.
Le paradoxe est savoureux : le champion de l’IA n’a jamais gagné autant d’argent, et son action n’avait plus été aussi peu chère au regard de ses profits depuis 2015. Le marché ne doute pas de l’IA. Il doute de la durée de la fête.
L’or ne rapporte rien, et ça se voit
Lundi, l’once d’or a perdu environ 4 %, vers 4 130 dollars, loin de ses records de janvier. Pas de krach, pas de panique : simplement des taux qui montent.
Le mécanisme tient en trois phrases. L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Une obligation d’État américaine rapporte désormais plus de 5 % par an. Garder un lingot au coffre a donc un coût : tout ce qu’il ne vous rapporte pas.
Certaines grandes banques restent optimistes pour 2027, à condition que la Fed desserre la vis l’an prochain. L’or reste une assurance ; simplement, en ce moment, la prime coûte cher.
L’usure s’use aussi
À partir de ce jeudi 1er octobre, le taux d’usure — le plafond légal au-delà duquel une banque n’a pas le droit de prêter, assurance et frais compris — passe à 5,40 % pour les crédits immobiliers de 20 ans et plus, contre 5,29 % jusqu’ici. Pour les prêts de 10 à 20 ans, il monte à 4,68 %, contre 4,57 %.
Bonne nouvelle en apparence : quelques dossiers refusés hier passeront demain. Mais ce plafond ne fait que suivre les taux réellement pratiqués, qui montent eux-mêmes dans le sillage de l’emprunt d’État français à dix ans, installé autour de 4,75 %, son plus haut depuis 2008.
Relever le plafond ne rend pas le crédit moins cher. Cela permet seulement d’emprunter plus cher sans que ce soit interdit.
Paris joue les équilibristes
Le CAC 40 a terminé lundi à 8 078,48 points (+0,01 %) : l’équilibre parfait entre un pétrole qui inquiète et quelques valeurs qui rassurent.
TotalEnergies a maintenu ses objectifs à l’horizon 2030 et prévoit 2,5 milliards de dollars de rachats d’actions au quatrième trimestre, contre 1,5 milliard lors des trimestres récents — les prix des carburants portent les bénéfices. Alten a bondi de 4,6 % après plusieurs avis favorables d’analystes, et Stellantis a gagné du terrain grâce à un accord de conduite autonome conclu par sa coentreprise chinoise avec le spécialiste Momenta.
Deux géants, deux rachats d’actions le même jour, de part et d’autre de l’Atlantique. Et, chez TotalEnergies, une partie de la facture vient de votre réservoir.
Geler, un verbe qui fait baisser
Les syndicats de la fonction publique appellent aujourd’hui à la grève, avec des manifestations dans toute la France. Motif : le gouvernement veut à nouveau geler le point d’indice, qui sert de base au calcul du traitement des agents.
Ouvrons le dictionnaire. « Geler », c’est immobiliser. Sauf qu’en période d’inflation, ce qui ne bouge pas recule. Depuis 2017, le point n’a été revalorisé qu’en 2022 (+3,5 %) et en 2023 (+1,5 %), soit à peine plus de 5 %, quand les prix auront grimpé de plus de 20 % d’ici à la fin 2026. En pouvoir d’achat, le point a perdu plus d’un dixième de sa valeur.
Face à une charge d’intérêts de la dette que le gouvernement estime à 65 milliards d’euros cette année, le gel est une économie commode, parce qu’elle ne porte pas son nom. Elle a surtout l’avantage de ne rien réformer : on rabote la paie de ceux qui tiennent le guichet plutôt que de compter les étages entre le guichet et le ministère. Le thermomètre est gelé. Pas la température.
Un budget « réversible », des intérêts qui ne le sont pas
Jeudi 1er octobre, le gouvernement présente son projet de budget 2027 en Conseil des ministres : un « effort » de 54 milliards d’euros, et des prélèvements obligatoires qui passent de 43,9 % à 44,2 % du PIB, surtout par la réduction de niches fiscales. Le Premier ministre promet des mesures « pour beaucoup, réversibles » par la majorité qui sortira de la présidentielle du printemps 2027. Un budget livré avec la notice pour le démonter : c’est une première, et c’est presque honnête.
Parmi les pistes : ramener de 4 439 à 3 000 euros le plafond de l’abattement de 10 % dont bénéficient les retraités, pour environ 1,4 milliard d’euros de recettes selon Les Échos. Êtes-vous concerné ? Oui, si les pensions déclarées par votre foyer dépassent 30 000 euros par an, soit 2 500 euros par mois. Au-delà de 44 390 euros, le revenu imposable augmente de 1 439 euros, soit environ 430 euros d’impôt en plus dans la tranche à 30 %.
Ceux qui menacent déjà de censurer devront dire quel budget ils voteraient à la place ; ceux qui annoncent 54 milliards d’« effort » devront expliquer pourquoi les prélèvements montent quand même. Les mesures se réversent. Les intérêts, eux, se versent.
Parce que le prix de l’argent fixe celui de tout le reste : votre crédit, le rendement de votre épargne, la valeur de vos actions et même celle de votre or.
Parce qu’un taux sans risque au-dessus de 5 % aux États-Unis change la hiérarchie des placements, et que ce mouvement finit toujours par traverser l’Atlantique.
Parce qu’un mot bien choisi — « gel », « réversible », « effort » — ne change rien aux chiffres, et que ce sont les chiffres qui finissent sur votre avis d’imposition.
Et parce qu’une épargne bien construite n’a pas besoin de parier sur le prochain chiffre : elle doit pouvoir traverser une période où l’argent coûte cher.
QuickFi, c’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de votre épargne… l’argent se loue plus cher, raison de plus pour bien choisir à qui vous le prêtez.
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