
Jeudi 22 octobre 2026
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L’OAT à 5 %, votre crédit pas encore
Mercredi, pour la première fois depuis juillet 2002, le taux auquel l’État français emprunte sur dix ans, l’OAT, a touché la barre des 5 %. Les banques, elles, prêtent encore aux particuliers entre 3,4 % et 3,7 % sur vingt ans : vous empruntez donc moins cher que l’État. Pour l’instant.
La Bourse de Paris a pourtant gagné plus de 1 %, malgré la chute de près de 14 % de Carrefour, qui a abaissé ses objectifs après les pillages du week-end. À Wall Street, SpaceX a relancé la tech ; après la clôture, Meta a affiché des ventes record… et annoncé de nouvelles actions sans droit de vote pour financer l’IA.
Ce matin, le baril de Brent repasse au-dessus de 111 dollars après un drone intercepté près d’un champ pétrolier saoudien, Tokyo a perdu 2,65 % et Paris a ouvert en net repli. Hermès, lui, signe sa plus faible croissance depuis six ans.

OAT : 5 %, la barre est franchie
Mercredi, en séance, l’OAT à 10 ans, l’obligation par laquelle l’État français emprunte sur dix ans, a touché 5 %, une première depuis juillet 2002, et a fini la journée tout près de ce seuil. L’écart avec l’Allemagne, qui sert de référence en zone euro, s’est installé autour de 1,57 point, un niveau plus vu depuis fin 2011. L’Italie, elle, empruntait à environ 4,59 % : 0,4 point de moins que la France.
5 %. Un chiffre rond. Le genre que les marchés aiment tester, puis retester. En cause : un budget 2027 dont l’examen piétine à l’Assemblée, un climat social tendu après les violences du week-end, et une élection présidentielle, au printemps 2027, que les investisseurs regardent déjà. Moody’s dira vendredi soir si elle maintient la note de la France (Aa3, perspective négative).
Un mot d’honnêteté : dans notre édition du 20 octobre, nous retenions une OAT qui resterait sous 5 % à fin octobre. Le seuil a été touché dès le lendemain, en séance. Notre condition de vérification reste la clôture du 30 octobre, mais le scénario est sous forte tension, et nous le dirons sans détour s’il tombe.
Crédit immobilier : la banque paie la différence, pour l’instant
Le paradoxe du moment : l’État emprunte à près de 5 % sur dix ans, mais les particuliers obtiennent encore leur crédit immobilier entre 3,4 % et 3,7 % sur vingt ans (3,38 % en moyenne négociée selon le courtier Pretto, autour de 3,7 % selon Vousfinancer). Plus d’un point d’écart : les banques rognent leurs marges pour continuer à prêter. Une situation qui « ne peut pas durer indéfiniment », prévient Vousfinancer, qui s’attend à des barèmes en hausse dans les prochaines semaines, plus vite que prévu.
Pour situer l’enjeu : sur 250 000 euros empruntés sur vingt ans, passer de 3,7 % à 4,2 % fait grimper la mensualité d’environ 1 476 à 1 541 euros, hors assurance. Soit 66 euros de plus par mois, et près de 15 800 euros d’intérêts supplémentaires sur la durée du prêt.
Vous avez un projet d’achat ou de renégociation ? Le calendrier pèse plus lourd que d’habitude, car les barèmes des banques suivent le marché obligataire avec quelques semaines de retard. La banque amortit le choc. Elle ne l’amortira pas éternellement.
Carrefour : un week-end de casse, une année de marge
Mercredi, Carrefour a perdu près de 14 % en Bourse, une chute qui rappelle l’avertissement d’août 2017. Le distributeur a pourtant publié un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 3,9 %, à 22,78 milliards d’euros, légèrement au-dessus des attentes.
Ce sont les objectifs qui ont fâché. Invoquant la dégradation du climat social et sécuritaire en France, le groupe ne vise plus qu’une amélioration de sa marge opérationnelle de 0 à 0,15 point, contre 0,25 point annoncé, et un bénéfice par action stable ou en légère hausse, quand il visait près de 10 % de croissance. Le bureau d’analyse AlphaValue estime que ces perturbations pourraient coûter entre 80 et 200 millions d’euros au résultat d’exploitation du groupe.
Pour l’épargnant, la leçon dépasse les rayons : l’insécurité a un coût, et il se lit d’abord dans les comptes de ceux qui ouvrent leurs portes chaque matin. Quelques jours de pillages, sur une consommation déjà fragile, ont suffi à effacer l’ambition de croissance de l’année. La facture ne s’arrête pas au rideau de fer.
Pétrole : une trêve avec date de péremption
Ce matin, le baril de Brent, la référence européenne du pétrole, repassait au-dessus de 111 dollars, en hausse d’environ 2 %. En cause notamment : mercredi, l’Arabie saoudite a indiqué avoir intercepté un drone qui visait le champ pétrolier de Shaybah, exploité par Aramco.
Le 8 octobre, la Maison-Blanche promettait qu’aucune frappe contre l’Iran n’aurait lieu avant les élections américaines de mi-mandat, le 3 novembre. Dans le même temps, selon la presse américaine, l’armée continue de préparer des options. Une trêve garantie jusqu’au jour du vote : le marché du pétrole, lui, lit surtout la date.
Pour vous, l’enjeu reste l’inflation : un baril durablement au-dessus de 100 dollars entretient la hausse des prix, donc des taux d’intérêt élevés. La Banque centrale européenne, qui annoncera sa décision le 29 octobre, en tiendra compte. L’OAT aussi.
Wall Street : SpaceX rallume la tech, Paris tient bon
Mercredi, Wall Street a terminé en hausse : le Nasdaq, riche en valeurs technologiques, a pris 1,05 %, le S&P 500 0,58 % et le Dow Jones 0,69 %. Moteurs de la séance : SpaceX (+7,8 %), qui a publié son premier bénéfice depuis son entrée en Bourse, et le fabricant de serveurs Super Micro (+9,6 %), qui a relevé ses prévisions grâce à la demande liée à l’IA.
À Paris, le CAC 40 a pris 1,06 %, à 7 921,68 points, malgré l’OAT à 5 % et la chute de Carrefour. Mais l’humeur a tourné dans la nuit : ce matin, la Bourse de Paris a ouvert en net repli, l’indice reculant de plus de 1 % dans la première heure d’échanges.
Pour l’épargnant, c’est le rappel du jour : une séance ne fait pas une tendance, surtout quand le pétrole et les taux peuvent la retourner en une nuit. Les marchés ont la mémoire courte. Un horizon de placement se compte en années.
IA : Meta encaisse, Tokyo paie
Après la clôture, Meta, maison mère de Facebook et d’Instagram, a publié un chiffre d’affaires trimestriel record de 64,6 milliards de dollars, en hausse de 26 %. Mais le groupe a aussi relevé ses dépenses d’investissement annuelles, désormais attendues entre 135 et 145 milliards de dollars, et son flux de trésorerie disponible, c’est-à-dire l’argent qui reste une fois les investissements payés, est passé dans le rouge, à −2,1 milliards.
Pour financer la suite, Meta prévoit une nouvelle catégorie d’actions sans droit de vote. Définition pratique : vous apportez l’argent, d’autres gardent le volant. L’action a pourtant gagné entre 2 et 4 % après la clôture. Tesla, de son côté, a publié des comptes à peine supérieurs aux attentes, avec un chiffre d’affaires quasi stable sur un an, à 28 milliards de dollars ; son titre a cédé 2 à 3 % après la clôture.
En Asie, l’enthousiasme n’a pas tenu : ce matin, la Bourse de Tokyo a perdu 2,65 %, plombée par les fabricants d’équipements pour semi-conducteurs comme Tokyo Electron (−4,1 %). Partout, la même question : combien rapportera l’IA, et quand ? L’article LinkedIn proposé en fin d’édition la pose au jeu vidéo.
Luxe : Hermès ralentit, la Chine ne repart pas
Ce matin, Hermès a publié un chiffre d’affaires trimestriel de 4,1 milliards d’euros, en hausse de 4,3 % à taux de change constants, quand les analystes attendaient 5,5 %. C’est son rythme le plus faible depuis six ans.
La maroquinerie, cœur de la maison, progresse encore de 10,8 %, mais les vêtements et accessoires reculent de 2 %. L’Asie hors Japon fait du surplace, la Grande Chine reste stable dans un marché que le directeur financier juge « très difficile », et la zone Moyen-Orient recule. Le groupe maintient néanmoins son objectif de croissance à moyen terme.
Pour l’épargnant, Hermès sert de baromètre : quand la maison la plus résistante du luxe ralentit, c’est que la clientèle chinoise reste sur la réserve et que la guerre au Moyen-Orient pèse sur le tourisme. Le luxe résiste. Il ne s’envole plus.
Parce qu’à 5 %, le taux d’emprunt de l’État finira par rattraper celui de votre crédit immobilier : les banques ne paieront pas la différence éternellement.
Parce que l’insécurité a un prix, et qu’il se lit d’abord dans les comptes des entreprises qui ouvrent leurs portes chaque matin.
Parce que l’IA fait exploser les ventes de quelques-uns et les dépenses de presque tous, et que les marchés commencent à faire le tri.
Et parce qu’entre le verdict de Moody’s vendredi soir et la décision de la BCE le 29 octobre, chaque dixième de point sur les taux comptera pour votre épargne.
QuickFi, c’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de votre épargne… l’État emprunte à 5 %, votre sang-froid ne coûte rien.
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