
Mercredi 14 octobre 2026
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Bonnes notes, mauvaise mine
Ce mercredi, les marchés distribuent les bonnes notes… sans sourire. Les grandes banques américaines affichent des bénéfices en forte hausse, et ce sont pourtant elles qui ont tiré Wall Street vers le bas mardi soir.
Même scénario en Europe : LVMH tient son chiffre d’affaires mais voit sa mode reculer, et ASML relève ses objectifs ce matin… surtout par le bas de la fourchette. Pendant ce temps, le FMI place la France en queue de peloton de la zone euro.
Bref, une journée où il faut lire au-delà des gros titres. Et cet après-midi, à 14 h 30, l’inflation américaine de septembre dira si la Fed doit encore relever ses taux.

Wall Street : les banques gagnent, la Bourse boude
Mardi, Wall Street a fait du surplace : le S&P 500, l’indice des 500 plus grandes entreprises américaines, a terminé quasiment à l’équilibre, juste sous son record de la semaine dernière. Le Dow Jones a cédé 0,35 % et le Nasdaq environ 0,2 %. À Paris, le CAC 40 a fini à 7 827,63 points (-0,07 %).
Ce sont surtout les banques qui ont pesé, avec les fabricants de puces, alors même qu’elles publiaient de très bons chiffres : Citigroup affiche un bénéfice trimestriel en hausse de 40 % sur un an, au-dessus des attentes — un bond flatté, il est vrai, par une lourde charge comptable l’an dernier. Mais les grandes banques ont aussi prévenu que des taux élevés et une inflation qui ne reflue pas finiront par peser sur leurs clients.
La mécanique est connue : en Bourse, on ne paie pas le trimestre écoulé, on parie sur le suivant. Un bon bulletin ne suffit pas quand le professeur annonce un contrôle plus dur.
Fed : une hausse de plus, et après on verra
Le président de la Fed de New York, John Williams, a précisé mardi le calendrier : une nouvelle hausse des taux « pourrait être appropriée » d’ici la fin de l’année, mais il ne voit pas, à ce stade, de raison d’aller plus loin en 2027. La Fed a déjà relevé son taux directeur en septembre, dans une fourchette de 3,75 % à 4 %.
Message reçu : le taux à 10 ans américain — le prix auquel l’État fédéral emprunte sur dix ans, qui sert de boussole aux crédits du monde entier — a reculé, autour de 5,22 %. Il suffit parfois qu’un banquier central parle de s’arrêter pour que le marché se détende, sans qu’il ait rien fait.
Reste l’épreuve du jour : l’inflation américaine de septembre, publiée à 14 h 30 (heure de Paris). Les prévisions tournent autour de 3,6 à 3,7 % sur un an, après 3,4 % en août. Un chiffre plus élevé rendrait plus probable une hausse dès la réunion du 28 octobre, et ferait remonter les taux qui servent de référence aux crédits.
ASML : objectifs relevés… surtout par le bas
Le néerlandais ASML, qui fabrique les machines indispensables pour graver les puces les plus avancées, a publié ce matin ses résultats du troisième trimestre : 11,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 5 milliards de bénéfice net, dans le haut de la fourchette qu’il s’était fixée.
Le groupe « relève » son objectif annuel : 44 à 45 milliards d’euros, contre 43 à 45 milliards jusqu’ici. Regardez bien. Le plafond n’a pas bougé. C’est le plancher qui monte : ASML ne promet pas davantage, il promet de ne pas faire moins — une prudence qui a au moins le mérite de l’honnêteté.
Pour le quatrième trimestre, il vise entre 14,2 et 15,2 milliards de ventes. Mieux : certains clients voudraient déjà passer commande pour 2029, voire 2030, et ASML prévient que ses capacités prévues ne suffiront pas à servir toute la demande en 2027 et 2028. Après la frayeur d’hier sur les puces mémoire chinoises, le message est clair : les commandes de l’IA, elles, ne se sont pas évaporées.
Chine : l’usine du monde fait des heures sup
Les exportations chinoises ont bondi de plus d’un tiers sur un an en septembre (+36 % selon les douanes), bien au-delà des 25 % attendus. Les importations progressent aussi, de 31 %.
Résultat : sur le seul mois de septembre, la Chine a vendu au reste du monde plus de 130 milliards de dollars de marchandises de plus qu’elle n’en a achetés. C’est ce qu’on appelle l’excédent commercial, et il n’avait jamais été aussi élevé depuis janvier 2025. Les voitures en sont la vitrine : les volumes de véhicules exportés ont grimpé de 56 % sur un an, portés par l’électrique et l’hybride.
Une bonne nouvelle pour la croissance mondiale, une moins bonne pour les industriels européens : les ventes vers les États-Unis et l’Union européenne ont fortement progressé (+25 % vers l’Europe). De quoi raviver, à Bruxelles, le débat sur la protection du marché européen.
Luxe : LVMH garde le cap, la maroquinerie perd le fil
LVMH a publié lundi soir ses ventes du troisième trimestre : 18,5 milliards d’euros, en hausse de 1 % à périmètre et changes constants (hors effets de périmètre et de change). Un chiffre conforme aux attentes, mais en net ralentissement après +3 % au deuxième trimestre.
Le cœur du réacteur cale : la mode et la maroquinerie reculent de 5 %, plus que prévu, freinées par une clientèle chinoise moins dépensière. À l’inverse, montres et joaillerie progressent de 6 %, et la distribution sélective, Sephora en tête, de 8 %.
Le contraste avec le bloc précédent est saisissant : la Chine vend plus que jamais au reste du monde, mais ses consommateurs achètent moins de sacs à main. Pour le luxe européen, c’est le moteur chinois qui tousse.
Croissance : le FMI range la France en fin de classe
Le FMI — le Fonds monétaire international, sorte de pompier financier de la planète — a relevé mardi sa prévision de croissance mondiale pour 2026, à 3,1 %, et celle de la zone euro, à 1,1 %. La France fait exception : 0,4 % cette année, le rythme le plus faible des quatre grandes économies de la zone, et la seule revue en baisse.
Pour 2027, le FMI table sur 0,7 %, la Banque de France sur 0,9 %. Le gouvernement, lui, bâtit son budget sur 1 %. Bercy reste donc l’institution la plus optimiste du pays : une constance qui force le respect, à défaut de remplir les caisses.
Or chaque dixième de croissance en moins, ce sont des recettes fiscales et des cotisations qui manquent, donc un déficit plus difficile à tenir (notre vidéo « Retraite : qui va payer ? », en haut de cette édition, fait le calcul). Et un déficit qui dérape, c’est un État qui emprunte plus cher — puis, à retardement, des crédits plus chers pour les ménages.
Carburant : Ormuz tire, la pompe trinque
Dans le détroit d’Ormuz, passage obligé d’une large part du pétrole du Golfe, les attaques contre les navires se poursuivent : un pétrolier et un porte-conteneurs ont encore été touchés par des projectiles mardi. Le Brent, la référence internationale du pétrole, se maintient autour de 106 dollars le baril.
À la pompe, le gazole tourne autour de 2,35 € le litre en moyenne. Combien vous coûte un plein de 50 litres ? Près de 118 €. Selon l’estimation provisoire de l’Insee, les prix de l’énergie ont grimpé de 21 % sur un an en septembre, portant l’inflation française à 3 %.
Le chiffre définitif tombe demain matin. S’il confirme les 3 %, ce sera un rappel utile : une épargne qui rapporte moins que l’inflation perd du pouvoir d’achat, même quand son solde grimpe. Le solde monte. Le panier rétrécit.
Parce que de bons résultats ne suffisent plus à rassurer des marchés qui regardent déjà les taux de demain.
Parce que l’inflation américaine publiée cet après-midi peut décider d’une hausse de taux de plus, dès le 28 octobre.
Parce que la Chine exporte à tour de bras quand ses consommateurs boudent les sacs de luxe — et que le luxe européen en fait les frais.
Et parce qu’une France à 0,4 % de croissance financera plus difficilement son déficit, sa dette et ses retraites.
QuickFi, c’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de votre épargne… les bonnes notes rassurent, mais c’est la prochaine copie qui compte.
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