
Lundi 12 octobre 2026
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Cessez-le-feu, sauf avis contraire
Dimanche, un cessez-le-feu est entré en vigueur entre la Russie et l’Ukraine. Sur l’énergie seulement. Et par un message publié depuis Washington : à Kiev, on a appris la nouvelle en même temps que tout le monde, et Moscou n’a, à ce stade, rien confirmé.
Le pétrole a pourtant pris l’annonce au sérieux : le Brent, qui avait clôturé vendredi autour de 104,7 dollars, a d’abord grimpé ce lundi matin, puis reculé, pour évoluer autour de 103-104 dollars. Vendredi, le CAC 40 avait rebondi de 0,95 %, à 7 803,33 points, sans effacer une semaine perdante.
Cette semaine, deux juges de paix : l’Assemblée attaque mardi la partie recettes du budget 2027, déjà rejetée en commission, et l’inflation américaine tombe mercredi. Lundi, on annonce. Mercredi, on compte.

Un rebond ne fait pas la semaine
Vendredi, le CAC 40 a gagné 0,95 %, à 7 803,33 points. Le déclencheur : la Maison-Blanche a écarté toute frappe américaine contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Le pétrole a reflué, et les taux avec lui : l’OAT, l’emprunt de l’État français à dix ans, est revenue vers 4,85 %.
Sur la semaine, l’indice recule pourtant de 1,2 %. Une séance de soulagement ne rattrape pas cinq jours de baril cher et de taux tendus, et Paris reste à la traîne de Wall Street, qui a fini la semaine dans le vert.
Pour l’épargnant, la leçon est simple : tant que le baril reste au-dessus de 100 dollars, chaque bonne journée en Bourse dépend d’une déclaration. La cote a repris son souffle, pas encore sa marche.
Starlink décroche le téléphone
Le coup de tonnerre est venu des États-Unis. SpaceX a racheté, pour environ 8 milliards de dollars selon le Wall Street Journal, des fréquences mobiles destinées à des antennes terrestres. Objectif : faire de Starlink, jusqu’ici fournisseur d’internet par satellite, un opérateur de téléphonie mobile à part entière.
Les opérateurs ont décroché en chaîne : à Wall Street d’abord, puis en Europe, où Deutsche Telekom, actionnaire majoritaire de l’américain T-Mobile US, a perdu plus de 7 %. À Paris, Orange a reculé de 2,5 %.
Pour Orange, la menace reste lointaine : en Europe, les fréquences s’attribuent pays par pays. Mais la leçon vaut pour tout le secteur. Les télécoms sont réputées « défensives », appréciées pour leurs dividendes réguliers ; cette rente suppose qu’aucun nouvel entrant ne vienne casser les prix. Le dividende tranquille dure tant que personne ne vient le chercher.
Cessez-le-feu en kit, montage non garanti
Dimanche, la Maison-Blanche a annoncé un « cessez-le-feu énergétique » immédiat entre la Russie et l’Ukraine, censé épargner les infrastructures énergétiques des deux camps. Le président ukrainien a répondu qu’il découvrait l’accord, tout en se disant prêt à le respecter si Moscou s’y engage ; le Kremlin n’a pas réagi dans l’immédiat.
Un accord dont l’une des parties apprend l’existence par les réseaux sociaux : la diplomatie a gagné en vitesse ce qu’elle a perdu en signatures. Et ce n’est pas une première : une annonce comparable, il y a environ un mois, n’avait pas empêché les frappes de reprendre.
Plus concret pour le baril : vendredi, Washington a levé des sanctions sur le carburant russe, en échange de plus de 300 000 tonnes de gazole livrées sans délai. Dans le Golfe, la tension ne retombe pas, avec de nouvelles attaques contre l’aéroport de Riyad ce week-end. Pour l’automobiliste français, c’est le gazole qui compte : c’est lui qui manque le plus, et c’est lui qui arrive.
Le record attendra mercredi
Vendredi, Wall Street a terminé en hausse : + 0,59 % pour le S&P 500, à 7 811,54 points, à quelques points de son record de mardi, + 0,83 % pour le Dow Jones et + 0,64 % pour le Nasdaq. La semaine finit dans le vert, alors que le taux de l’État américain à dix ans avait touché mercredi son plus haut depuis 2002.
Mardi, JPMorgan, Goldman Sachs, Citigroup et Wells Fargo ouvrent la saison des résultats du troisième trimestre. Mercredi, l’indice des prix américain de septembre : les économistes l’attendent entre 3,6 et 3,7 % sur un an, contre 3,4 % en août, en grande partie à cause de l’essence.
Les ménages américains ont déjà fait leur calcul : selon l’enquête de la Fed de New York, ils anticipent 3,9 % d’inflation sur douze mois, du jamais-vu depuis mai 2023. C’est le dernier chiffre avant la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre. Un mauvais chiffre mercredi, et la pause redevient un pari.
Retraités : le rabot rentre au garage, pas à la casse
Parmi les mesures supprimées en commission figure l’abattement de 10 % sur les pensions, cette déduction automatique appliquée avant le calcul de l’impôt. Le gouvernement voulait plafonner sa partie « retraites » à 3 000 euros par foyer, contre 4 439 euros aujourd’hui, et en attendait 1,4 milliard d’euros. Environ un foyer de retraités sur trois serait touché, selon le gouvernement.
Êtes-vous concerné ? Le calcul tient en une ligne : 10 % de 30 000 euros font 3 000 euros. En dessous de 30 000 euros de pensions déclarées par le foyer, rien ne change. Au-dessus d’environ 44 400 euros, le foyer perd l’écart entier, soit 1 439 euros de revenu imposable en plus : dans la tranche à 30 %, environ 430 euros d’impôt par an.
La commission l’a supprimé, mais mardi l’hémicycle repart du texte du gouvernement : le rabot peut revenir. Raboter une déduction rapporte dès la première année, réformer la dépense prend une législature : on comprend le choix de l’outil.
Trois voix pour, dix milliards de trou
Vendredi soir, la commission des Finances de l’Assemblée a rejeté la partie recettes du budget 2027 : trois voix pour, une trentaine contre. En trois jours, elle avait supprimé des économies, ajouté des allègements et voté quelques taxes nouvelles. Bilan provisoire du rapporteur général du budget : environ 10 milliards d’euros de déficit en plus, qui pousseraient le déficit 2027 vers 5,4 % du PIB, quand le gouvernement vise 5 %.
Le plus instructif reste le vote final : une copie amendée par presque tous, puis rejetée par presque tous. Chacun a voté ses amendements, personne n’a voulu signer l’addition. Ceux qui ont supprimé les économies sur les retraités devront dire quelle autre dépense baisse à la place ; ceux qui ont ajouté des taxes, sur les holdings familiales notamment, devront dire ce qu’elles rapporteront une fois que les assiettes visées auront changé d’adresse.
Mardi, tout repart du texte initial, et l’examen court jusqu’au 19 octobre. Pour l’épargnant, l’enjeu est concret : un déficit qui dérive, c’est une OAT qui reste chère, et des taux de crédit qui ne baissent pas. Les amendements passent, le déficit reste.
Nos anticipations
D’abord la boucle. Dans l’édition du 6 octobre 2026, nous retenions un euro sous 1,13 dollar tant que l’écart de taux entre la France et l’Allemagne resterait au-dessus de 1,3 point : vendredi, l’euro valait environ 1,12 dollar et l’écart frôlait 1,4 point, le scénario tient. Celle du 1er octobre retenait une OAT au-dessus de 4,5 % d’ici au 30 octobre : elle est à 4,85 %. En revanche, notre Fed en pause le 28 octobre supposait une inflation américaine de septembre en ralentissement : si le consensus se vérifie mercredi, cette condition ne sera pas remplie, et nous le dirons.
Moody’s, le 23 octobre. L’agence note la France Aa3, avec une perspective négative — un « peut mieux faire » assorti d’un avertissement. Nous retenons un maintien de la note à cette date, à une condition : que l’examen de la partie recettes, du 13 au 19 octobre, ne pousse pas le déficit 2027 au-delà des 5,4 % de la copie de commission. Une version de séance plus dégradée rendrait une baisse de note probable.
Fed, le 28 octobre. Nous retenons désormais deux branches : une inflation de septembre à 3,6 % ou moins laisserait la pause l’emporter ; à 3,7 % ou plus, une nouvelle hausse deviendrait le scénario central. Ce sont des scénarios assortis de conditions, pas des certitudes, et ils ne constituent aucune recommandation.
Parce qu’un cessez-le-feu annoncé n’est pas un cessez-le-feu signé, et que le baril, lui, se règle comptant.
Parce que l’inflation américaine de mercredi décidera de la Fed du 28 octobre, et que les taux du monde entier suivent la Fed.
Parce qu’un budget amendé de toutes parts puis rejeté par presque tous affiche déjà, sur le papier, 10 milliards de déficit en plus.
Et parce qu’un abattement supprimé en commission peut revenir en séance : en fiscalité, rien n’est acquis avant le dernier vote.
QuickFi, c’est tout pour aujourd’hui. Prenez soin de votre épargne… une trêve s’annonce en une phrase, un budget se paie en milliards.
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