La Bourse a retrouvé sa bonne humeur, comme si les taux allaient fondre par magie mercredi soir, quand Jerome Powell parlera. Les investisseurs, un brin amnésiques, parient sur une baisse du coût de l’argent — et oublient que l’inflation, elle, n’a pas prévu de vacances. Pendant ce temps, la Chine bat tous les records commerciaux, Emmanuel Macron redécouvre les vertus du protectionnisme, le Japon découvre l’inflation, et la France, elle, débat toujours de la fiscalité du patrimoine en guettant le vote du budget. Entre illusions monétaires, tensions géopolitiques et coups de vis fiscaux, la semaine s’annonce comme un résumé du monde d’après : instable, verbeux, et surtout, très cher.

Les marchés sous morphine

Les actions ont repris des couleurs. Le S&P 500 et le Stoxx Europe 600 terminent une deuxième semaine de hausse, comme si la volatilité de novembre n’avait été qu’un mauvais rêve. L’idée d’une baisse des taux de la Fed suffit à ranimer les appétits. Pourtant, les rendements obligataires, censés reculer, ont grimpé au-dessus de 4,1 %. Un paradoxe ? Non, un signal : le marché croit à la baisse de mercredi, mais pas à la suivante. Le rallye est bâti sur un espoir, pas sur une tendance. En clair, on rejoue le même film qu’à chaque accalmie : un peu de dopamine monétaire, beaucoup d’aveuglement collectif.

Powell en mode “hawkish soft”

La Fed devrait couper ses taux de 25 points de base, mais avec un discours qui sent plus le vinaigre que le champagne. “On baisse, mais on n’est pas sûrs de bien faire” : voilà, en résumé, le message attendu. Powell veut éviter que la détente ne ravive l’inflation, toujours trop élevée. Ce sera donc une “baisse hawkish”*, un oxymore monétaire digne d’un roman de Kafka. Derrière la formule, une réalité : la banque centrale américaine marche sur un fil. D’un côté, la croissance faiblit ; de l’autre, les prix s’accrochent. Et tout le monde guette le moindre tremblement de voix du président de la Fed comme s’il lisait l’avenir dans sa barbe grise.

*Une baisse de taux d’intérêt accompagnée d’un discours restrictif.

Les géants de l’IA en pause

La machine à rêves technologique cale un peu. Les “7 Magnifiques” n’ont plus le monopole de la croissance, et même Ed Yardeni*, le plus fidèle des optimistes, allège ses positions. Il parie désormais sur le retour de la finance, de l’industrie et de la santé — des secteurs à visage humain, dirait-on. La tech, elle, reste brillante, mais trop lourde pour décoller encore. Après tout, même l’intelligence artificielle ne peut pas défier indéfiniment la gravité des multiples. On ne remplace pas la loi de la pesanteur boursière par un algorithme.

*Ed Yardeni est un économiste et stratège boursier américain, très écouté à Wall Street depuis plus de quarante ans.

Macron et le “choc chinois”

Dans Les Échos, le président français sonne l’alarme : “La Chine percute le cœur du modèle industriel européen.” Le ton dramatique cache mal la surprise de découvrir que Pékin joue la compétition mondiale avec ses propres règles. Emmanuel Macron évoque des droits de douane et suggère à la BCE d’élargir son mandat. Bref, l’Europe découvre le réalisme économique vingt ans après Washington. Mais entre dénoncer la naïveté et la corriger, il y a un gouffre : celui des moyens. Et comme souvent, le Vieux Continent réagit à la vitesse d’une commission parlementaire.

Pékin, exportateur universel

Le surplus commercial chinois a dépassé les 1 076 milliards $ sur onze mois. Donald Trump a beau crier victoire, c’est Pékin qui empoche la mise. La Chine n’exporte plus seulement des T-shirts mais des semi-conducteurs, des véhicules électriques et des robots. En vingt-cinq ans d’OMC, elle a méthodiquement tordu les règles pour s’imposer. L’Europe, fidèle à sa vocation de “marché ouvert”, reste le meilleur client du rouleau compresseur chinois : +14,8 % d’exportations vers l’Union. Il faut croire que la mondialisation n’est jamais aussi belle que vue de Pékin.

Japon : le retour de l’inflation

C’est un événement : après trente ans de stagnation, le Japon découvre les joies de la hausse des prix et des salaires. Le taux à dix ans frôle les 2 %, une révolution pour un pays habitué au zéro. Le gouverneur Ueda prépare une remontée des taux courts : du jamais-vu depuis les années 1990. Et ce qui se passe à Tokyo ne reste pas à Tokyo : les investisseurs nippons, désormais mieux rémunérés chez eux, vendent leurs obligations étrangères. Résultat : les taux montent partout, y compris en France. Comme quoi, quand le Japon éternue, le marché obligataire mondial se mouche.

France : la fiscalité du patrimoine en procès

Les Français n’aiment pas leur fiscalité, mais ils l’aiment encore moins quand elle s’attaque à leur patrimoine. Selon un sondage Elabe, 79 % la jugent illisible, 76 % inefficace et 71 % trop lourde sur les successions. Mais paradoxalement, 75 % soutiennent une hausse pour les très riches. Un mélange de colère et de morale fiscale. On veut punir les milliardaires, pas toucher au Livret A. Résultat : un consensus d’insatisfaction, typiquement français : tout le monde trouve le système injuste, mais personne ne veut vraiment le réformer.

PER, PEA : la petite ponction discrète

La nouvelle “contribution pour l’autonomie” ajoutera 1,4 point de fiscalité sur les revenus du capital (les revenus fonciers et les plus-values immobilières restent exclus du périmètre pour le moment), faisant grimper la flat tax à 31,4 % pour les PER et PEA. Les livrets réglementés, eux, restent intouchés — prudence politique oblige. L’État promet 1,5 milliard de recettes, mais sans dire quand la mesure s’appliquera. Après la hausse de CSG de novembre, on assiste à la lente érosion du rendement du capital productif. En résumé : moins d’incitations à investir, plus d’arguments pour râler.

Lecornu, le funambule du budget

À Matignon, Sébastien Lecornu joue sa survie politique sur le vote du budget de la Sécurité Sociale. Pas de 49-3 cette fois, mais une tension maximale. Renaissance, Modem, PS, écologistes hésitent, Les Républicains se divisent, Horizons calcule. Le Premier Ministre supplie au nom de “l’intérêt général”, pendant que les ministres agitent le spectre du chaos budgétaire. Bref, un suspense à la française : tout le monde redoute la crise, mais chacun rêve d’en provoquer une. Verdict mardi.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que le monde traverse une drôle de synchronisation : des États surendettés, des banques centrales nerveuses, et des marchés qui préfèrent y voir un “nouveau cycle”. La Fed va peut-être baisser ses taux, le Japon monte les siens, la Chine exporte, l’Europe tergiverse. Résultat : les taux redeviennent le vrai baromètre du risque, et les actions, une forme de fuite en avant. Pour les épargnants, l’époque des certitudes linéaires est finie.

Parce que derrière les effets d’annonce, l’argent facile ne reviendra pas. Les politiques budgétaires bricolent, les banques centrales temporisent, et les contribuables comblent les trous. En clair, les placements devront affronter un monde où la stabilité coûte cher. Et où la prudence redevient, ironiquement, la forme la plus audacieuse du courage financier.

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