Les marchés avaient commencé la semaine en mode “retour à la réalité”. Les taux montaient, les obligations grinçaient, et quelques investisseurs redécouvraient soudainement qu’un déficit géant et une inflation collante, ce n’est pas exactement un spa pour marchés financiers.

Et puis l’IA est revenue sur scène.

En deux jours, Nvidia a relancé l’euphorie, Anthropic a fait circuler une rumeur de rentabilité surprise, et les investisseurs se sont remis à acheter de la technologie comme si la croissance mondiale avait trouvé une batterie nucléaire illimitée.

Résultat : Wall Street repart vers ses sommets pendant que le pétrole reste au-dessus des 100 dollars et que les banques centrales regardent le spectacle avec le sourire crispé de parents découvrant une facture Fortnite à quatre chiffres.

Les hoodies contre les costumes

Depuis plusieurs jours, deux camps s’affrontent sur les marchés.

D’un côté, les prudents. Ceux qui regardent les taux obligataires grimper et murmurent des phrases inquiétantes comme “soutenabilité de la dette” ou “prime de risque”. Généralement en costume gris.

De l’autre, les enthousiastes de l’IA. Ceux qui pensent que l’intelligence artificielle va transformer l’économie mondiale tellement vite que les vieux indicateurs n’auront bientôt plus d’importance. Souvent en hoodie noir et baskets très chères.

En début de semaine, les premiers avaient repris la main. Puis Nvidia est arrivé avec ses résultats. Et immédiatement, le marché est reparti en mode “super-cycle technologique”.

Même l’action Nvidia a légèrement reculé après ses chiffres. Comme quoi, quand on devient une religion boursière, il faut désormais dépasser les miracles pour impressionner.

Wall Street repart déjà

Les indices américains ont rapidement effacé une partie de leurs pertes récentes.

Le Dow Jones a même inscrit un nouveau record au-dessus des 50 000 points. Oui, cinquante mille. Il y a quelques années, ce chiffre ressemblait à une prédiction faite par un influenceur crypto sur TikTok à 3 heures du matin.

Le Nasdaq 100 et le S&P 500 se rapprochent eux aussi de leurs sommets historiques. L’Europe, en revanche, reste plus hésitante. Paris et Francfort freinent pendant que les investisseurs américains foncent à nouveau vers les grandes valeurs technologiques.

Le Stoxx Europe 600 sauve un minuscule gain de 0,04 %. Une hausse tellement discrète qu’on dirait presque une erreur d’arrondi.

Le pétrole refuse d’y croire

Pendant que les actions célèbrent presque déjà la paix au Moyen-Orient, le pétrole garde les bras croisés.

Le Brent reste autour de 104 dollars. Et ce n’est pas exactement le prix d’un marché serein.

Certes, les investisseurs ont aimé entendre que l’Iran et les États-Unis se rapprochaient sur certains points. Mais dans le même temps, Téhéran continue de parler d’Ormuz et de conservation de ses stocks d’uranium.

Autrement dit : les marchés actions regardent la bande-annonce optimiste. Le pétrole, lui, lit encore le scénario complet.

Et historiquement, le pétrole a souvent moins d’imagination… mais un meilleur sens des réalités physiques.

SpaceX chauffe la planète finance

Une autre histoire excite Wall Street : les introductions en Bourse géantes qui arrivent.

D’abord SpaceX. L’entreprise d’Elon Musk pourrait débarquer sur les marchés dans quelques semaines avec tout ce que les investisseurs adorent : conquête spatiale, storytelling monumental et promesses impossibles à valoriser proprement.

Mais justement, c’est souvent là que les marchés deviennent les plus enthousiastes.

Tesla avait déjà montré qu’une entreprise pouvait être valorisée moins sur ses profits immédiats que sur sa capacité à nourrir l’imaginaire collectif. SpaceX pourrait pousser le concept encore plus loin.

Et derrière, OpenAI et peut-être Anthropic attendent aussi leur heure.

Manifestement, la Bourse veut désormais acheter le futur avant même qu’il soit livré.

La rumeur qui change tout

Le vrai choc de la semaine vient peut-être d’Anthropic.

Selon plusieurs rumeurs, l’entreprise derrière Claude aurait dégagé un résultat d’exploitation positif avec deux ans d’avance sur ses propres prévisions.

Si cela se confirme, ce serait un tournant majeur.

Jusqu’ici, beaucoup d’investisseurs voyaient l’IA comme un gigantesque puits à capitaux. Des milliards investis, des centres de données partout, des GPU qui chauffent comme des radiateurs industriels… mais peu de visibilité sur les profits réels.

Or si un acteur majeur devient rentable plus vite que prévu, tout le secteur change de statut. On passe du “pari technologique potentiellement excessif” à “machine économique crédible”.

Et soudain, les valorisations folles paraissent un peu moins folles. Juste un peu.

Trump lâche la bride

Donald Trump a aussi contribué à relancer la fièvre IA.

Au dernier moment, il a suspendu la signature d’un décret destiné à encadrer les modèles d’intelligence artificielle les plus puissants.

Le message est simple : pas question de ralentir les États-Unis face à la Chine.

La pression des grands patrons de la tech et de son conseiller David Sacks semble avoir pesé lourd. Trump l’a d’ailleurs reconnu assez directement : il ne veut rien faire qui puisse freiner l’avance américaine.

On retrouve ici une vieille constante américaine : quand une technologie paraît stratégique, la régulation devient soudain beaucoup moins urgente.

Surtout quand les valorisations boursières dépendent de l’histoire racontée.

Kevin Warsh arrive à la Fed

Pendant ce temps, Kevin Warsh prend officiellement les commandes de la Fed.

Et le symbole compte : l’investiture se déroule à la Maison Blanche, comme à l’époque d’Alan Greenspan.

Les investisseurs adorent déjà faire le parallèle. Greenspan avait accompagné la grande euphorie financière des années 90 avant que tout se termine dans la douleur quelques années plus tard.

Warsh, lui, arrive dans un contexte explosif : inflation qui repart, marché obligataire nerveux et Maison Blanche impatiente de voir les taux baisser.

Autrement dit, il devra probablement choisir entre calmer les marchés… ou calmer les prix.

Et les deux ensemble sont rarement possibles.

La France garde son trône… en ralentissant

La France reste la première destination européenne pour les investissements étrangers.

Sur le papier, c’est une victoire. Septième année consécutive devant le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Mais derrière le trophée, le moteur ralentit sérieusement.

Les projets internationaux ont chuté de 17 % en un an et de plus de 30 % depuis 2022. Les investissements américains et allemands reculent nettement, tandis que la recherche et développement ralentit fortement.

Le problème est simple : l’Europe apparaît de moins en moins compétitive face à des pays plus agressifs fiscalement et énergétiquement.

L’Espagne, la Pologne ou la Roumanie attirent désormais davantage certains industriels.

La France reste attractive. Mais moins irrésistible qu’avant. Un peu comme un restaurant étoilé devenu très cher pendant que les nouvelles adresses ouvrent juste à côté.

TikTok vend du rêve financier

Pendant que l’IA fascine Wall Street, TikTok continue de fasciner les apprentis traders.

Selon une étude récente, 9 vidéos sur 10 liées au trading seraient trompeuses ou très problématiques.

Promesses de gains rapides, voitures de luxe louées pour le week-end, graphiques incompréhensibles et stratégies “infaillibles” découvertes la veille.

Le cocktail classique.

Le problème, c’est que la finance ultra-courte et ultra-virale transforme parfois l’investissement en jeu vidéo émotionnel. Avec beaucoup de dopamine… et souvent moins de rendement qu’un Livret A.

La technologie accélère l’accès aux marchés. Mais elle accélère aussi la diffusion des illusions.

Et les marchés adorent les illusions. Jusqu’au moment où ils présentent la facture.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que ce que l’on voit actuellement ressemble de plus en plus à une bataille entre deux forces puissantes.

D’un côté, les contraintes économiques classiques : inflation, taux élevés, dette massive, pétrole cher. Rien de très glamour, mais ce sont encore elles qui déterminent le prix de l’argent.

De l’autre, la promesse gigantesque de l’intelligence artificielle. Une technologie capable de transformer la productivité mondiale et de créer potentiellement les futurs géants économiques des vingt prochaines années.

Le marché essaye donc de répondre à une question simple : l’IA ira-t-elle assez vite pour faire oublier le reste ?

Et pour le moment, la réponse semble être “oui”. Ou au moins “on a envie d’y croire très fort”.

Parce qu’en Bourse, les grandes bulles commencent rarement avec des mauvaises histoires. Elles commencent avec des récits extraordinaires… qui paraissent impossibles à contredire au bon moment.

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