Treize novembre, date gravée dans la mémoire nationale. Dix ans après les attentats, la France rend hommage à ses victimes tout en s’enlisant dans un autre drame : celui d’une politique qui tourne à la farce. À l’Assemblée, les députés viennent d’inventer un concept inédit : suspendre une réforme qu’ils ont eux-mêmes votée. Au même moment, Donald Trump met fin au « shutdown » américain – entre deux rebondissements judiciaires – et les marchés célèbrent, eux, la revanche des valeurs ennuyeuses. Pendant ce temps, l’immobilier de bureau américain craque, la gestion d’actifs bat des records, les notaires veulent réécrire le droit des successions, et la France reste championne d’Europe… des dépenses sociales. Une édition où tout recule, sauf la capacité du réel à dépasser la satire.

Assemblée en roue libre

L’Assemblée nationale a offert hier un spectacle d’anthologie : des députés suspendant la réforme qu’ils prétendaient défendre. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, y a vu « un acte attendu par 3,5 millions de Français ». Gabriel Attal, chef du parti présidentiel, s’est félicité d’avoir « tout donné » pour cette réforme avant d’annoncer l’abstention de son groupe. Pendant ce temps, Karl Olive proposait un amendement… pour supprimer la suspension qu’il refusait de voter. Un ballet parlementaire si absurde qu’il aurait mérité Molière. On parle de retraite, et l’Assemblée en donne la définition : fuite organisée, recul assumé et repli général.

Trois mois, deux milliards, un pays

La suspension de la réforme coûtera deux milliards d’euros pour permettre à 3,5 millions de Français nés entre 1964 et 1968 de partir trois mois plus tôt. Trois mois gagnés, mais à quel prix ? La CSG risque d’augmenter, le déficit de se creuser et l’image d’un pays réformable de s’évaporer. Ce vote, plus émotionnel qu’économique, consacre l’idéologie de « l’acquis social » : tout changement devient une trahison. En 2025, on confond encore justice et immobilisme, solidarité et fuite en avant. La retraite, en somme, n’est plus une fin de carrière : c’est devenu un sport national.

La France, reine de la dépense

31,9 % du PIB : record battu pour les dépenses sociales françaises. Seule la Finlande fait mieux. L’Hexagone dépense plus que jamais pour se protéger, au point d’en oublier de se transformer. En 1900, ces dépenses représentaient 0,6 % du PIB ; en 2024, près de 32 %. La solidarité est une belle idée, mais quand le parapluie devient parachute, le vol finit toujours court. Le problème n’est pas d’aider, mais d’entretenir. La France a construit un État-providence si généreux qu’il en devient fragile, incapable d’arbitrer entre protection et propulsion.

Héritage : les notaires s’en mêlent

Pendant que le Parlement improvise, les notaires proposent de supprimer la réserve héréditaire du conjoint survivant. Un quart de la succession qu’on ne peut pas déshériter ? Trop rigide, plaident-ils. Dans un monde de familles recomposées, ce carcan serait devenu obsolète, voire injuste. Certains y voient une victoire de la liberté testamentaire ; d’autres, un pas de plus vers l’individualisme patrimonial. On évoque même la création d’une « déclaration de beau-parentalité » pour reconnaître les liens affectifs non biologiques. Le droit successoral, naguère roc solide, s’apprête à prendre la forme d’une mosaïque moderne.

L’Amérique et ses bureaux fantômes

Outre-Atlantique, les tours de verre se vident. Les défauts sur les prêts immobiliers de bureaux atteignent 11,76 %, un niveau jamais vu depuis 2008. Le télétravail a transformé des gratte-ciel en gouffres financiers. Les loyers chutent, les investisseurs s’inquiètent, les CMBS (ces titres adossés à la dette immobilière) perdent de leur éclat. Le scénario des subprimes refait surface, mais sans effondrement global. Le risque est local, structurel : celui d’un modèle post-Covid où le bureau n’est plus un lieu, mais une option. Et où chaque étage vide pèse sur la confiance du marché.

Donald Trump rouvre les portes

Aux États-Unis, Donald Trump a mis fin au shutdown, évitant de justesse un blocage prolongé des services fédéraux. Les administrations vont redémarrer, mais pas assez vite pour publier les chiffres d’inflation d’octobre. Le président, tout en réglant la crise budgétaire, se retrouve rattrapé par les ombres de l’affaire Epstein. Ironie du sort : celui qui promet « l’ordre et la transparence » s’enlise dans des scandales d’un autre temps. Pourtant, les marchés saluent la fin du chaos. Comme souvent avec Donald Trump, l’économie applaudit pendant que la morale s’étouffe.

Bourse : la revanche des ennuyeux

La planète finance bat son plein

140 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion : un record historique. BlackRock et Vanguard règnent toujours, Amundi reste le seul tricolore du top 10. La concentration du secteur atteint des niveaux vertigineux : 20 géants gèrent près de la moitié de la planète financière. Derrière ces chiffres, une tendance lourde : la gestion passive recule légèrement au profit de stratégies actives plus sélectives. En clair, après des années d’achats automatiques d’indices, le marché redécouvre la vertu du choix. Et dans un monde incertain, choisir redevient un acte de courage.

Une France qui commémore et qui doute

Ce 13 novembre, la France se souvient. Dix ans après la nuit du Bataclan, les cicatrices sont là, mais la société a changé. Plus inquiète, plus méfiante, parfois plus lasse. Entre mémoire et désillusion, le pays avance, tiraillé entre peur du déclin et refus de l’effort. Le drame d’hier résonne avec les renoncements d’aujourd’hui : la violence d’alors avait un visage ; celle d’aujourd’hui est plus douce, mais tout aussi destructrice — celle du renoncement collectif. Pourquoi c’est important pour vos placements ? ()

Parce qu’un pays qui recule, c’est une économie qui s’enlise. L’épisode de la réforme des retraites illustre la difficulté française à affronter le réel : on préfère différer que décider. Or, pour l’investisseur, la stabilité institutionnelle et la prévisibilité des politiques publiques sont essentielles. L’inflation, les taux, la fiscalité — tout dépend du courage politique. À l’inverse, les États-Unis prouvent qu’un système capable de redémarrer après un blocage reste attractif, même dirigé par un président imprévisible. Enfin, la mutation mondiale — entre immobilier en crise, IA en reflux et gestion d’actifs florissante — rappelle une vérité simple : l’argent va toujours là où le mouvement existe. Et aujourd’hui, le mouvement n’est plus à Paris.

QuickFi, c’

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