Les marchés ne lèvent plus les yeux vers Washington mais vers Santa Clara*. Le patron de Nvidia parle, et les indices montent. Sa voix pèse autant qu’un discours de la Fed, ses “vraiment, vraiment” d’interviews valent une baisse de taux. Pendant que les banques centrales se disputent le tempo de l’inflation, Huang, lui, orchestre le nouveau cycle économique à coups de puces IA et de superlatifs enthousiastes.

Les investisseurs, ivres d’optimisme, continuent à acheter tout ce qui ressemble à une promesse d’avenir numérique. Et tant pis si les valorisations flirtent avec le surnaturel. Pendant ce temps, la France s’enfonce dans ses lenteurs politiques, l’Europe suit le mouvement américain avec un brin de retard, et Donald Trump, lui, joue à l’arbitre de la paix au Moyen-Orient. Une journée banale dans ce monde d’excès et d’improvisation.

*Santa Clara : siège de Nvidia, en Californie, au cœur de la Silicon Valley.

Les marchés en transe IA

À Wall Street, l’euphorie ne faiblit pas. Après un mini-coup de mou mardi, les indices américains ont repris leur marche vers les étoiles. Le S&P 500 gagne encore 0,6 %, un record de plus — au point qu’on ne sait plus quoi célébrer. Les investisseurs achètent tout ce qui brille, même sans raison. Et quand ils n’ont pas d’explication, ils parlent “d’achats à bon compte”. Traduction : on n’en sait rien, mais c’est haussier, donc on applaudit.

Jensen Huang, le nouveau Powell

Le Nasdaq 100 a franchi les 25 000 points sous l’effet d’un simple sourire de Jensen Huang. Interrogé pour la 11 000e fois sur la demande en puces IA, il a répondu que celle-ci était “vraiment, vraiment forte”. À ce stade, l’économie mondiale semble indexée sur le nombre d’adverbes qu’il utilise. Nvidia vaut désormais près de 4 600 milliards de dollars — 700 milliards de plus que Microsoft, soit l’équivalent d’un LVMH + Roche en apnée. Les marchés ont trouvé leur nouveau gourou.

L’Europe suit, la France patine

Pendant que les traders américains fêtent le futur, le CAC 40 se contente d’un retour au-dessus des 8 000 points. 9% de hausse depuis janvier, malgré le chaos politique et les tergiversations de l’Élysée. Emmanuel Macron promet un nouveau Premier ministre… sous 48 heures, puis redemande 48 heures. À ce rythme, on finira par battre le record de Gabriel Attal et celui de Lecornu réunis. Coluche l’avait prévu : la France chante encore, même les pieds dans la gadoue. Je me demande combien reste-t-il de premiers ministre d’ici Noël ???

La Fed s’efface derrière la scène

Le compte-rendu de la dernière réunion de la Fed n’a rien changé à l’ambiance. Jerome Powell a répété qu’il reste “attentif, prudent, flexible” — autant dire indécis. Deux baisses de taux d’ici Noël : voilà le scénario rêvé des marchés. Mais la vérité, c’est que la Fed n’est plus le cœur battant de la finance mondiale. Le vrai moteur, c’est l’IA et sa promesse d’un monde sans ralentissement. Pour l’instant.

Trump, artisan de la paix ?

Donald Trump a annoncé un accord “historique” entre Israël et le Hamas, prévoyant la libération des otages et un retrait partiel des troupes israéliennes. En coulisses, Washington redessine la carte du Moyen-Orient. L’Arabie saoudite devrait rejoindre les accords d’Abraham, et le Qatar a déjà signé un pacte économique et militaire. Si tout se déroule comme prévu, l’Iran sera isolé, les prix du pétrole en chute et Trump… en route vers un Prix Nobel. L’histoire adore les paradoxes.

Pétrole en baisse, inflation en répit

L’accord de paix a déjà un effet visible : le baril recule. Une aubaine pour les ménages américains, un souffle pour la désinflation mondiale. Washington jubile : moins de pétrole cher, c’est moins de grogne électorale. En clair, la diplomatie de Trump sert aussi la Fed — et les portefeuilles. Le cynisme est total, mais les marchés, eux, adorent quand le pétrole baisse et que les illusions montent.

La bulle de l’IA enfle encore

Le FMI et la Banque d’Angleterre se sont invités dans le débat : selon eux, la frénésie IA ressemble furieusement à celle de la bulle Internet. Même euphorie, même certitude que “cette fois, c’est différent”. Et comme toujours, même aveuglement collectif. La bulle va éclater, c’est une évidence. La seule inconnue, c’est le timing : dans une semaine, un mois, un an, voire 4 ans comme à la fin des années 90 ? En attendant, tout le monde joue la musique à fond. Les lumières, on verra plus tard.

Quand la gravité se fait oublier

Pendant que les marchés lévitent, la politique française s’enlise, les États peinent à gouverner, et les économies ralentissent doucement. Mais l’argent reste facile, la technologie promet le miracle, et les algorithmes tradent plus vite que les doutes. Le monde avance sur pilotage automatique, sous la houlette d’un ingénieur au blouson noir. À croire qu’on a remplacé les banquiers centraux par des ingénieurs GPU : après tout, ça chauffe moins vite.

Et pendant que Wall Street parie sur deux baisses de taux d’ici la fin de l’année, la France, elle, parie sur quatre Premiers ministres d’ici Noël. Chacun son cycle, chacun sa bulle.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que le marché vit une double illusion : celle d’un cycle éternel et d’un progrès sans douleur. Quand Jensen Huang parle, les algorithmes exécutent. Mais une économie qui croit qu’elle peut croître indéfiniment grâce à des puces finit toujours par s’échauffer. Les baisses de taux ne suffiront pas à refroidir l’euphorie si la bulle IA se dégonfle trop vite. À court terme, les investisseurs surfent sur une vague puissante — mais plus le surf est grisant, plus la chute promet d’être spectaculaire.

En Europe, le contraste entre le chaos politique français et la sérénité des marchés rappelle une vérité : la Bourse vit dans un autre monde. Tant que la musique joue, tout le monde danse. Mais gardez un œil sur le DJ : quand il s’arrête, mieux vaut être près de la sortie.

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