Wall Street a repris ses vieux réflexes : acheter maintenant, réfléchir plus tard. Dopée à l’intelligence artificielle et à l’argent pas (encore) trop cher, l’Amérique financière vit une nouvelle crise d’euphorie. Derrière les hausses, un entre-soi de géants tech qui verrouillent la partie, pendant que les épargnants cherchent encore la règle du jeu. L’IA fait des miracles… surtout pour ceux qui en vendent.
Nvidia, OpenAI et les copains
L’intelligence artificielle n’est plus une mode : c’est un système. Un système où les mêmes noms tournent en boucle, signent des deals mirobolants et s’arrosent entre eux à coups de milliards. Nvidia injecte dans OpenAI, OpenAI bricole des puces avec Broadcom, Broadcom fait affaire avec TSMC, qui bosse avec SoftBank, qui finance… OpenAI. Vous suivez ? Ajoutez Oracle, Microsoft, Alphabet et quelques dizaines d’autres complices, et vous obtenez un réseau aussi dense qu’un plat de spaghettis sous amphétamines. Ce petit monde a compris une chose : il vaut mieux être à la table que dans l’assiette. Résultat, les valorisations explosent, les projets s’empilent et les promesses technologiques servent de papier cadeau à des montagnes de cash.
Le Nasdaq remet les gaz
Le Nasdaq 100 s’est réveillé avec la grâce d’un ours qui aurait flairé du miel : +18 % cette année, au nez et à la barbe d’un S&P 500 un peu trop sage. Et quand on zoome sur les ETF dopés à l’IA, c’est carrément le feu d’artifice : certains affichent +50 %, comme s’ils avaient trouvé le cheat code du marché. L’explication ? Le bon vieux FOMO — Fear Of Missing Out ou la peur de rater le train — qui revient hanter les portefeuilles. Peu importe les risques, les taux ou la cohérence économique : tant que ça monte, tout le monde veut sa part. Et comme d’habitude, ce sont les derniers montés qui paieront l’addition. Mais pas tout de suite.
La Silicon Valley vend son âme
Aux États-Unis, les géants de la tech ont fait leur aggiornamento : adieu les idéaux libertaires, bonjour le pacte faustien. Donald Trump, autrefois honni, est désormais l’allié utile. En échange de sa bienveillance réglementaire, les dirigeants lui déroulent le tapis rouge… ou plutôt vert, couleur dollar. On croyait la tech progressiste ? Elle est surtout opportuniste. Et face aux milliards en jeu, les états d’âme pèsent moins qu’un tweet supprimé. Les médias US commencent à gratter la surface, et ce qu’ils trouvent ressemble plus à un cartel qu’à une utopie numérique.
Le pacte faustien :
Le pacte faustien est une référence culturelle et littéraire au personnage de Faust, issu d’un mythe européen repris notamment par Goethe et Christopher Marlowe. Faust est un érudit insatisfait qui conclut un pacte avec le diable (souvent Méphistophélès) : il échange son âme contre la connaissance absolue, le pouvoir ou les plaisirs terrestres.
Pendant ce temps, en France…
Chez nous, ce n’est pas l’intelligence artificielle qui fait vibrer les foules, c’est l’angoisse fiscale. Dissolution, déficit, dette, débat sur les niches, sur les riches : l’épargnant français a sorti le parapluie. Résultat : un taux d’épargne record, proche de 19 %. L’argent dort, ou plutôt il se cache. Acheter ? Trop risqué. Vendre ? Pour aller où ? Le climat est tellement incertain que même les banquiers osent à peine prononcer le mot “bourse”. Et pendant que la tech US bat des records, l’Hexagone attend de voir… en tremblant. Pas de FOMO dans l’hexagone ; pourtant, beaucoup regretteront d’avoir vu passer le train !
Oracle, roi des coulisses numériques
Dans ce théâtre IA, Oracle joue un rôle discret mais de premier plan. Fournisseur de l’ombre, il devient la colonne vertébrale des data centers américains. Il alimente OpenAI, Nvidia, Meta, xAI… même TikTok est passé par ses câbles. Alors qu’on le croyait has-been, le vieux routier des bases de données s’impose comme l’artisan de la nouvelle économie. Pas le plus sexy, mais sans lui, les autres ne brillent pas. C’est un peu le plombier du bal : indispensable, invisible, et de plus en plus cher.
La Fed joue à “je t’aime moi non plus”
Baisse des taux ou pas baisse des taux ? Stop ou encore ? Le feuilleton continue à la Fed, avec ses héros du moment : Musalem et Hammack, partisans de la prudence ; Bostic, partisan de… ne rien faire du tout ; et Miran, le trublion pro-Trump qui veut tout casser et tout relancer. Ajoutez Jérome Powell dans le rôle du sage désabusé, et vous avez un script à suspense. Pendant ce temps, les marchés, eux, préfèrent ne pas attendre la fin de l’épisode : ils parient sur une détente, quitte à être déçus. Encore une fois.
Apple, l’invité de dernière minute
Apple a longtemps fait semblant de ne pas entendre la musique de l’IA. Mais quand même Perplexity et Mistral commencent à attirer les regards, Tim Cook sort du bois. Coopérer avec Google ? Acheter un acteur existant ? Tout est sur la table, sauf rester spectateur. Le problème, c’est qu’en arrivant en retard à la fête, on n’a plus le droit de choisir sa place. Et pour un géant habitué à dicter les règles, c’est un peu nouveau. Mais pas le choix : l’IA, c’est maintenant ou jamais.
La bulle est-elle déjà là ?
Un écosystème fermé, des deals croisés, des valorisations délirantes, une hystérie médiatique, des investisseurs hypnotisés… ça ne vous rappelle rien ? Si la bulle IA n’est pas déjà gonflée, elle a au moins trouvé sa pompe. La question n’est plus “si”, mais “quand” le ballon se dégonflera un peu — ou explosera franchement. En attendant, chacun fait comme si tout allait bien. Après tout, dans une bulle, on respire plus léger. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’air.
Pourquoi c’est important pour vos placements ?
Le retour du FOMO boursier, couplé à l’emballement IA, crée un cocktail aussi excitant que potentiellement toxique. Les valorisations des géants techno sont à des niveaux stratosphériques, portées par une narration qui frôle parfois le délire. Faut-il fuir ? Non. Faut-il foncer ? Non plus. Faut-il diversifier intelligemment ? Toujours. En ces temps d’euphorie sélective, votre portefeuille doit ressembler à un bon plat équilibré, pas à un buffet à volonté de puces électroniques. Oui, l’IA est là pour durer. Mais personne n’a dit qu’elle grimperait en ligne droite.
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