La Fed a baissé ses taux, le marché a applaudi, et tout le monde s’est empressé de dire que tout s’était passé comme prévu. Sauf que derrière cette sérénité affichée, trois fissures apparaissent : une division interne rare au sein du comité, un marché de l’emploi qui donne des signes d’essoufflement, et 2026 qui s’annonce beaucoup moins prévisible que ne le laisse entendre Jerome Powell. Pendant ce temps, Oracle rappelle à Wall Street que l’intelligence artificielle ne transforme pas encore les profits en miracles. La fête monétaire a donc eu lieu, mais le champagne a un arrière-goût de nuage de données et de dette publique.

Les marchés exultent, prudemment

Le S&P 500 a bondi de 0,7 %, comme soulagé qu’aucune mauvaise surprise ne vienne troubler la routine. Jerome Powell a prononcé les mots attendus, dans l’ordre attendu, avec la gravité attendue. Les traders, épuisés par trois mois d’incertitude, se sont jetés sur le bouton “acheter”. L’euphorie reste pourtant tempérée : le rendement du 10 ans américain, lui, n’a pas bronché, solidement campé au-dessus de 4,1 %. Un paradoxe : baisse des taux, mais pas de détente. Les marchés ont compris que la Fed n’ouvre pas un cycle, elle ferme un chapitre. La morale du jour : tout va bien, mais seulement aujourd’hui.

Powell, l’équilibriste en fin de mandat

Dans sa conférence, Jerome Powell a voulu donner l’image d’un funambule serein. Baisser les taux sans céder à la panique, reconnaître les signaux faibles de l’emploi sans admettre un problème. Il se sait observé : en mai, il pliera bagage, remplacé par un fidèle de Donald Trump. En attendant, il joue les gardiens du temple monétaire. Son message : une dernière baisse peut-être, mais pas davantage. Les marchés ont préféré retenir le “peut-être”. Les historiens retiendront sans doute le “dernière” car Jerome powel expliquait hier soir que : “Il y aura peut-être encore une baisse de taux, mais pas davantage…”

La Fed se fissure

Neuf voix pour, trois contre : le consensus a y a perdu son latin. L’institution la plus prévisible du monde découvre la dissidence. Stephen Miran, fraîchement nommé et proche de la Maison Blanche, plaidait pour un abaissement de 50 points, façon “jumbo cut” trumpien. Deux autres membres auraient préféré l’immobilisme. Cette cacophonie trahit une nervosité nouvelle : celle d’une Fed qui doute d’elle-même. L’unanimité rassurait les marchés, la division les amuse un temps, puis les inquiète toujours.

L’emploi, talon d’Achille

C’est la grande angoisse du moment : les créations de postes ralentissent, le chômage remonte timidement, et la productivité peine à suivre la hausse des salaires. Jerome Powell dit surveiller “des tensions localisées”. Traduction : ça commence à coincer. La Fed n’a pas peur de la croissance — elle la juge solide — mais redoute une dégradation brutale du marché du travail. Après avoir lutté contre l’inflation, elle découvre que la surchauffe passée laisse des brûlures durables.

Le retour des paris divergents

Certains stratégistes n’ont pas tremblé : trois baisses de 0,25 %, c’était leur scénario — et le nôtre. Mission accomplie. La suite ? Ils voient un cycle prolongé jusqu’en 2026, autour de 2,25 %. Une conviction minoritaire assumée. Le consensus, lui, table sur une pause prolongée dans un marché qui préfère croire au statu quo.. La différence entre les deux ? La foi. Pas celle des marchés, mais celle qui inspirera le successeur de Jerome Powell, attendu plus politique, donc plus accommodant. Quand la macro rencontre le calendrier électoral, les modèles deviennent oracles… et rarement fiables.

Oracle, prophète désavoué

Le titre a perdu plus de 11 % après la clôture, rappelant que le rêve IA n’a pas encore trouvé sa traduction comptable. Les milliards promis se font attendre, et la division cloud du groupe d’Ellison montre des signes de fatigue. L’ombre d’un excès plane : trop de promesses, pas assez de clients. L’affaire tombe mal, juste au moment où les marchés cherchaient à croire que l’intelligence artificielle est le nouvel or noir. Oracle, lui, vient de prouver que certaines plateformes extraient surtout du vide.

En Europe, la BCE se crispe

Pendant que la Fed relâche un peu la bride, Francfort s’interroge : faut-il, paradoxalement, resserrer ? Une membre du comité exécutif a osé évoquer une “hausse possible” des taux. L’idée a déclenché autant de haussements d’épaules que de sourires incrédules. Avec une inflation en recul et une croissance à peine vivante, l’hypothèse d’un tour de vis ressemble à un gag de fin d’année. Mais la BCE adore montrer qu’elle reste indépendante, même de la logique économique.

La Sécu, 80 ans et toujours déficitaire

La Sécurité sociale française s’offre un triste anniversaire : près de 19 milliards d’euros de déficit l’an prochain, malgré les transferts massifs de l’État. Les députés ont refusé presque toutes les mesures d’économie proposées, préférant les rustines aux réformes. Résultat : plus de dépenses, moins de recettes, et un trou qui se creuse. Comme souvent, le gouvernement parle de “rééquilibrage” à venir, sans dire quand ni comment. À ce rythme, la Sécu pourrait bientôt candidater à un plan de relance américain.

L’économie française résiste, pour l’instant

François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a surpris en annonçant une révision à la hausse des prévisions de croissance : 0,8 % en 2025, 0,9 % en 2026, voire un peu plus. Le gouverneur tempère aussitôt : une économie “robuste, mais pas relancée”. L’incertitude politique coûte 0,5 point de croissance selon la Banque de France. En clair : la France avance, mais en claudiquant. Le défi n’est plus de croître, mais de rester crédible. Et ça, ni la Fed ni la BCE ne peuvent le décréter.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que la Fed vient de refermer une porte sans dire si elle laissera la clé sur la serrure. Les taux ont baissé, mais l’avenir reste suspendu à un changement de gouvernance et à une économie américaine dont le moteur principal, l’emploi, commence à tousser.

Et parce qu’au moment où l’IA perd un peu de sa magie boursière, l’Europe se débat avec ses déficits, ses doutes et ses contradictions. Les placements doivent naviguer entre deux illusions : celle d’un cycle monétaire sous contrôle et celle d’une technologie infaillible. Le vrai pari, désormais, c’est la lucidité.

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