Les marchés ont encore démontré une qualité qui les rend parfois fascinants… et parfois exaspérants : leur capacité à passer à autre chose avant tout le monde.

Il y a quelques jours encore, le Moyen-Orient menaçait d’embraser les cours du pétrole, les experts dessinaient des scénarios catastrophe à 250 $ le baril et les investisseurs surveillaient le détroit d’Ormuz comme on regarde une cocotte-minute oubliée sur le feu.

Aujourd’hui ? Les indices remontent, le pétrole recule et Wall Street recommence à parler d’intelligence artificielle.

Comme souvent, la Bourse ne cherche pas à savoir ce qui se passe aujourd’hui. Elle essaie de deviner ce qui se passera demain. Et pour l’instant, elle semble considérer que le risque géopolitique est redevenu un bruit de fond. Pendant ce temps, l’IA continue d’aspirer capitaux, attention et valorisations. Une habitude qui commence à ressembler à une dépendance. Inspiré du ton et de la structure des précédentes éditions QuickFi.

La guerre passe au second plan

Les marchés ont décidé que le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis n’était plus le sujet principal.

Cela peut sembler surprenant vu depuis un journal télévisé. Mais vu depuis une salle de marché, l’histoire est différente. Les investisseurs regardent avant tout les conséquences économiques. Et tant que le pétrole reste sous contrôle, la nervosité reste limitée.

Le Stoxx Europe 600 a retrouvé ses sommets. Le S&P 500 évolue au-dessus de ses niveaux d’avant la crise. En Asie, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan continuent même d’accélérer.

Les marchés appliquent une vieille règle : les guerres provoquent souvent un choc émotionnel immédiat, mais rarement une destruction durable de valeur lorsqu’elles restent régionales. C’était notre scénario central.

En finance, la mémoire est parfois plus courte qu’une story Instagram.

Le pétrole redescend sur terre

Le vrai thermomètre du risque n’est pas la géopolitique.

C’est le pétrole.

Or le Brent est revenu sous les 80 dollars malgré les tensions persistantes. Les discussions entre Washington et Téhéran alimentent l’espoir d’une stabilisation progressive du trafic dans le détroit d’Ormuz.

Les investisseurs regardent donc moins les déclarations martiales que les tankers qui circulent.

C’est un peu comme surveiller la météo en regardant les parapluies plutôt que les prévisions.

Tant que le pétrole reste contenu, les banques centrales respirent mieux et les marchés actions conservent leur carburant principal : l’espoir.

L’IA reste la seule obsession

La véritable star des marchés n’est ni le pétrole ni la diplomatie.

C’est toujours l’intelligence artificielle.

Les États-Unis continuent de concentrer l’essentiel des flux grâce aux géants technologiques et aux fabricants de puces. Les investisseurs voient dans cette révolution technologique un moyen de prolonger la domination économique américaine.

Résultat : les valorisations continuent de grimper à une vitesse qui ferait rougir un promoteur immobilier en 2006.

Cette semaine, les résultats de Micron seront particulièrement scrutés. Dans l’univers actuel, les fabricants de mémoire sont devenus les vendeurs de pelles de la ruée vers l’or numérique.

Et les chercheurs d’or se comptent désormais en milliards de dollars.

Londres collectionne les Premiers ministres

Le Royaume-Uni s’approche d’un record peu enviable.

Six Premiers ministres en dix ans.

À ce rythme, Downing Street pourrait bientôt fonctionner avec une carte de fidélité.

Keir Starmer apparaît de plus en plus fragilisé et les spéculations autour d’une succession se multiplient. Les marchés surveillent cette instabilité avec attention, notamment sur le marché obligataire britannique.

Car lorsque la politique devient imprévisible, les investisseurs réclament généralement une facture plus élevée pour prêter leur argent.

Et les marchés obligataires ont rarement le sens de l’humour.

Les obligations restent méfiantes

Les actions applaudissent.

Les obligations restent assises les bras croisés.

Malgré les espoirs de détente au Moyen-Orient, les taux longs américains et européens demeurent élevés. Les investisseurs obligataires restent préoccupés par l’inflation, les déficits publics et les besoins de financement des États.

C’est toute la différence entre les deux marchés.

Les actions voient le verre à moitié plein.

Les obligations vérifient si quelqu’un ne va pas renverser la bouteille.

Pour l’instant, elles restent prudentes.

Le CAC 40 avance sans Wall Street

Même privé de son moteur américain vendredi, le CAC 40 a signé une cinquième semaine de hausse consécutive.

La séance de vendredi a été légèrement négative mais la tendance reste favorable.

Les investisseurs européens semblent avoir intégré qu’une partie des risques géopolitiques était déjà reflétée dans les cours. Ils attendent désormais surtout les prochaines décisions des banques centrales et les indicateurs économiques américains.

L’été approche.

Et comme souvent, les marchés espèrent des vacances avant les mauvaises surprises.

Le fisc prépare doucement 2027

L’inflation devrait tourner autour de 2 % cette année selon les prévisions de l’INSEE.

Conséquence possible : une revalorisation similaire du barème de l’impôt sur le revenu pour 2027.

Cette mécanique paraît technique mais elle est essentielle. Sans ajustement, des contribuables pourraient payer davantage d’impôts simplement parce que leurs revenus ont suivi l’inflation.

Le débat budgétaire s’annonce d’autant plus animé que le Medef remet sur la table une proposition spectaculaire : réduire fortement les cotisations sociales en compensant par deux points supplémentaires de TVA. Une idée simple, factuelle, mais qui sera probablement tuée dans l’oeuf par une bonne partie des médias.

En France, quand une réforme fiscale arrive, le suspense rivalise souvent avec les séries Netflix.

Apple découvre le coût de l’IA

L’intelligence artificielle ne fait pas seulement monter les actions.

Elle fait aussi grimper les coûts.

Apple prévient déjà que les futurs iPhone pourraient coûter plus cher. La raison est simple : les puces mémoire deviennent rares et chères, car une grande partie de la production est désormais absorbée par les infrastructures d’IA.

Quand les centres de données commandent des montagnes de composants, les smartphones passent après.

Les prix des mémoires ont été multipliés par près de quatre en moins d’un an.

La révolution technologique est formidable.

À 2.000 euros l’iPhone, la vraie innovation sera peut-être de trouver encore des acheteurs.

L’or souffle un peu

Après son envolée spectaculaire, l’or marque une pause.

La remontée des taux américains et la vigueur du dollar rendent le métal jaune moins attractif à court terme. Plusieurs banques ont d’ailleurs abaissé leurs objectifs de cours.

Pour autant, le soutien structurel reste solide.

Les banques centrales continuent d’acheter massivement de l’or pour diversifier leurs réserves et réduire leur dépendance au dollar.

Autrement dit, les investisseurs particuliers hésitent parfois.

Les banques centrales, elles, continuent de remplir le coffre.

Et elles n’ont généralement pas l’habitude d’acheter pour la semaine prochaine.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que le message principal de cette semaine est simple : les marchés continuent de privilégier la croissance future plutôt que les risques immédiats.

Le recul du pétrole, l’espoir d’un apaisement au Moyen-Orient et l’enthousiasme intact autour de l’intelligence artificielle permettent aux indices mondiaux de rester proches de leurs sommets. Les investisseurs continuent de miser sur la capacité de l’innovation à compenser une partie des incertitudes économiques et géopolitiques.

Mais derrière cette euphorie apparente, plusieurs voyants restent allumés : des taux d’intérêt élevés, des déficits publics croissants, des tensions commerciales avec la Chine et des valorisations parfois exigeantes dans la technologie. Les marchés avancent, mais ils avancent sur une route qui reste cabossée. Pour l’instant, le moteur tourne parfaitement. Il ne faudrait simplement pas oublier de regarder le tableau de bord.

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