Le Sénat creuse le trou, Bercy s’étouffe, et pendant ce temps les marchés font semblant d’y croire encore. Entre un budget français qui fuit de partout, un pétrole qui joue au yo-yo, et une Fed coincée entre Donald Trump et l’inflation, l’économie mondiale a l’air d’un bateau qui tangue sans capitaine. On y ajoute un RN sans boussole économique, une Europe qui recule sur ses promesses vertes, et des investisseurs qui croient toujours que l’IA va tout régler. Bref : 2026 s’annonce comme une année où tout le monde promet de faire mieux… sans savoir comment.

Budget français en dérive

Le Sénat a voté, Bercy a bondi : 5,3 % de déficit en 2026, contre une « ligne rouge » fixée à 5 %. Les sénateurs ont préféré baisser les impôts sur les entreprises plutôt que de serrer la vis des dépenses. Résultat : 8 milliards de recettes envolées, et à peine quelques économies sur France 2030 ou la fonction publique. Roland Lescure a crié au dérapage, la droite sénatoriale a répondu « pas touche aux impôts », et la gauche a renchéri « pas touche au sérieux ». Reste à la commission mixte paritaire de bricoler 10 milliards d’euros d’équilibre — autrement dit, une équation politique avec plus d’inconnues que d’électeurs satisfaits.

Marchés : la montagne et la souris

Aux États-Unis, les chiffres de l’emploi ont semé la confusion : le chômage monte, mais les créations de postes tiennent bon. Résultat : personne ne sait où va l’économie. La Fed parle d’une seule baisse de taux, les marchés en attendent trois, et Donald Trump voudrait tout casser pour tout relancer. Pendant ce temps, le Nasdaq grappille 0,3 %, juste assez pour dire “tout va bien”. En finance, l’optimisme n’est pas une conviction, c’est un réflexe.

L’Europe suit le baril

La baisse du pétrole a provoqué un effet domino : les énergétiques et la défense décrochent, entraînant le Stoxx 600 dans le rouge. Les espoirs de paix en Ukraine ont calmé le Brent, jusqu’à ce que Donald Trump menace le Venezuela. L’Europe, elle, oscille entre soulagement diplomatique et migraine boursière. La BCE temporise, la Banque d’Angleterre pourrait desserrer d’un quart de point. Entre prudence et paralysie, le Vieux Continent semble surtout manquer d’air.

L’Amérique attend Micron

Les investisseurs prient pour que Micron rallume la flamme de l’IA après les déceptions d’Oracle et Broadcom. En Chine, MetaX Integrated Circuits Shanghai a bondi de 700 % à son introduction. De deux choses l’une : soit les banquiers d’affaires ont perdu la calculette, soit les investisseurs ont perdu la tête. Dans les deux cas, la folie IA traverse les frontières — et l’espoir d’un miracle comptable s’installe.

Inflation et storytelling politique

Avant les chiffres de l’inflation, Donald Trump livrera un sermon télévisé sur la « prospérité différée » : souffrir aujourd’hui, prospérer demain. La version 2025 du protestantisme économique. Les économistes prévoient une inflation à 3 %, stable mais trop lente pour justifier un virage monétaire. Bref, la Fed reste coincée entre un président impatient et une économie qui tousse sans tomber.

RN, l’économie introuvable

Pendant que la France s’écharpe sur la rigueur, le Rassemblement National s’essaye à la cohérence. Ses députés votent avec la gauche sur les retraites ou les rachats d’actions, tout en se revendiquant gardiens de l’orthodoxie budgétaire. Jordan Bardella multiplie les signaux en direction des entreprises, mais son discours sonne creux : l’économie version RN reste un brouillon sans chiffres, ni colonne vertébrale. Marine Le Pen défend son tropisme social, Jordan Bardella s’improvise libéral. Entre eux, une “union des droites” qui peine à additionner deux idées sans produire un déficit. En réalité, le RN n’est pas un cas isolé : toute la classe politique semble ignorer la grammaire économique de base. Ce n’est pas nouveau mais simplement plus visible à mesure que la facture s’alourdit.

Bruxelles rétrograde à 90 %

La Commission européenne renonce à l’interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 : on passera finalement à – 90 % d’émissions. Un demi-tour assumé, dicté par la peur de la Chine plus que par l’amour du diesel. Les constructeurs européens respirent enfin : ils pourront continuer à vendre des hybrides… jusqu’à la prochaine volte-face climatique.

Le chômage américain tousse

4,6 % de chômeurs, un record depuis 2021. La Fed avait déjà baissé ses taux de 0,25 point par crainte de ce ralentissement, preuve que la confiance dans le marché du travail se fissure. Le scénario d’un atterrissage en douceur devient celui d’une turbulence prolongée : croissance molle, emploi fragile, et dettes publiques toujours aussi haut perchées.

L’IA, foi et transparence

Selon PwC, 78 % des investisseurs veulent miser davantage sur les entreprises dopées à l’IA. Mais seuls 37 % estiment que ces sociétés sont claires sur leurs stratégies. Autrement dit : beaucoup d’appétit, peu de visibilité. Les marchés adorent le progrès, mais réclament désormais des comptes. Même l’utopie doit publier son bilan.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que le monde avance en claudiquant : la France dépense sans compter, les États-Unis prêchent la prudence sans y croire, et l’Europe recule pour mieux respirer. Dans cet équilibre bancal, l’épargnant doit surtout éviter de suivre les modes du moment.

L’avenir appartient moins à ceux qui courent qu’à ceux qui observent. Entre les budgets qui dérapent, les taux qui hésitent et l’IA qui s’enflamme, le plus sage reste de garder la tête froide et un œil sur la facture.

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