C’est l’histoire d’un budget fantôme et d’un ex-Premier ministre en sursis de 48 heures. Sébastien Lecornu, ex-chef du gouvernement express, a quitté la scène aussi vite qu’il y était monté, laissant derrière lui un projet de loi aussi stable qu’un château de cartes en plein mistral. Emmanuel Macron, lui, lui donne 48 heures pour tenter l’impossible : inventer un gouvernement avant que le calendrier budgétaire ne parte en lambeaux. Sans exécutif pour défendre le texte, les impôts seraient reconduits, les dépenses gelées et les rêves de réforme rangés au placard.
En somme, la France entre dans une nouvelle saison de sa série préférée : Crise politique – épisode 73. Et cette fois, le moment de vérité s’appelle « Budget 2026 ».
Lecornu démissionne, la France s’emmêle
Sébastien Lecornu aura tenu moins longtemps qu’un gouvernement sous la IVe République. Sa démission, lundi matin, laisse un pays suspendu, un budget orphelin et un président face au vide institutionnel. Le projet de budget 2026 devait être présenté au Parlement le 13 octobre ; il risque désormais de ne jamais y parvenir. Sans gouvernement, pas de débat, pas de vote. Retour à la case départ : absence de réformes, impôts reconduits, croissance en apnée. On ne gèle plus les salaires, on gèle les institutions. Et pendant ce temps-là, la France continue de dépenser… sans compter.
Une copie déjà obsolète
Avant même d’être défendu, le projet de budget 2026 sentait déjà le réchauffé. La première mouture envoyée au Haut Conseil des finances publiques contenait des propositions si contradictoires que même Excel a dû refuser de les additionner. Exemple : fiscaliser les jobs étudiants un jour, promettre de ne pas le faire le lendemain. Résultat : un brouillon politique sans maître, qu’on ne voit pas comment un gouvernement démissionnaire pourrait défendre. À ce stade, même les fonctionnaires de Bercy demandent une notice de montage.
Le spectre des “services votés”
Si rien n’est adopté d’ici le 31 décembre, la France basculera dans le régime des “services votés”. Traduction : tout continue comme avant, mais sans pilote. Les dépenses publiques seraient limitées à celles de 2025, sans aucune marge de manœuvre. Les impôts ? Reconduits tels quels, sans revalorisation pour l’inflation. Autrement dit, plus vous gagnez, plus vous payez. Pendant ce temps, les retraites, elles, seraient revalorisées automatiquement. La double peine : impôts gelés pour l’État, porte-monnaie chauffé pour les ménages.
Le retour de la loi spéciale
Souvenez-vous : après la chute du gouvernement Barnier en 2024, une “loi spéciale” avait autorisé l’État à percevoir les impôts existants et à emprunter sur les marchés. Rebelote probable cette année. Une rustine juridique qui maintient les prestations sociales à flot, mais ne résout rien. Comme en mécanique : changer le pneu ne suffit pas quand le moteur est mort. La “loi spéciale”, c’est l’aspirine de la République : ça calme la douleur, pas la maladie.
Le CAC 40 fait la sourde oreille
Le CAC 40 a d’abord tremblé à l’annonce de la démission de Lecornu (–2 %), avant de se ressaisir (–1,36 %). Les investisseurs, blasés, ont compris depuis longtemps que la politique française n’était qu’un bruit de fond. Les grandes entreprises hexagonales ont délocalisé leur résilience : elles vendent aux États-Unis, produisent en Asie, et regardent la France s’étrangler dans ses débats. Ironie du sort : les taux d’emprunt des mastodontes du CAC sont désormais plus bas que ceux de l’État français. Cherchez l’erreur.
Marché aux puces (électroniques)
Pendant que Paris se noie dans ses alliances impossibles, Wall Street fait tourner les imprimantes à milliards. OpenAI signe avec AMD, Nvidia finance OpenAI, et tout ce petit monde se refile des puces à la chaîne comme dans une partie de Monopoly sous acide. L’indice SOX des semiconducteurs a bondi de 17,5 % en un mois, pendant que le CAC s’essouffle. On appelle ça un “super-cycle”, mais c’est surtout un super-spectacle. Les Américains construisent le futur ; les Français cherchent encore la télécommande.
Le spread du désamour
Les marchés obligataires, eux, ont fait grimacer la France. Le taux à dix ans flirte avec les 3,6 %, contre 2,7 % en Allemagne. L’écart, le fameux “spread”, atteint 0,85 %, record depuis des années. Rien d’alarmant encore, mais le message est clair : la confiance coûte cher. Quand un pays perd sa cohérence politique, il paie des intérêts plus élevés pour sa propre indécision. Autrement dit : plus on tergiverse, plus ça saigne.
IA, inflation et illusions
Pendant que la bulle de l’intelligence artificielle gonfle à vue d’œil, la France rêve d’équilibrer un budget qu’elle ne vote plus. OpenAI investit dans AMD pour qu’AMD fournisse OpenAI : un cercle aussi vertueux que suspect. Sur les marchés, tout le monde se congratule et s’enivre d’annonces à dix zéros. Mais au fond, c’est une bulle bien classique : euphorie, emballement, déni. En Bourse comme en politique, les illusions coûtent toujours cher ; la seule différence, c’est que la tech a meilleure presse.
Pourquoi c’est important pour vos placements ?
Parce qu’un budget bloqué, c’est une économie en pause. Sans loi de finances votée, l’État fonctionne au ralenti, les réformes sont différées, et les marchés s’interrogent sur la soutenabilité de la dette française. Cela se traduit par une hausse des taux et une prime de risque plus forte, donc par une valeur moindre des obligations existantes.
Les actions françaises, elles, résistent grâce à leur ancrage mondial. Le CAC n’est plus une “photo de la France”, mais une galerie d’entreprises cosmopolites. C’est ce qui limite les dégâts. Cependant, la perception d’un risque politique accru peut peser sur les valorisations à court terme, notamment sur les valeurs domestiques (banques, services publics, immobilier coté).
En clair : la tempête politique ne ruine pas vos placements, mais elle ajoute du brouillard. Et dans le brouillard, le meilleur réflexe reste de ne pas bouger trop vite.
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