L’administration fiscale française se retrouve au cœur de deux sujets très différents, mais qui touchent directement au patrimoine des Français. D’un côté, une intrusion informatique a permis l’accès à des données concernant des particuliers et des professionnels. De l’autre, l’État administre chaque année des milliers de successions vacantes, laissées sans héritier identifié ou sans gestionnaire. Ces dossiers représentent plus de 200 millions d’euros d’actifs par an selon les données officielles. Deux réalités qui rappellent une même évidence : les informations fiscales et la transmission du patrimoine sont devenues des enjeux majeurs de sécurité et de gestion.

Le fisc confronté au risque cyber
Les données fiscales figurent parmi les informations personnelles les plus sensibles. Revenus, patrimoine, identité, coordonnées ou informations professionnelles composent un ensemble particulièrement précieux. Dès lors, toute intrusion dans un système lié à l’administration fiscale doit être prise au sérieux.
Bercy a confirmé le 13 août 2026 un « accès illégitime » au système d’information de la Direction générale des Finances publiques, qu’un attaquant a obtenu en usurpant une identité. La DGFiP a coupé cet accès fin juin. L’administration reconnaît une consultation et une extraction de données concernant des particuliers et des professionnels, sans préciser leur nature exacte.
La prudence reste donc indispensable sur les volumes. L’auteur de l’attaque revendique environ 678 000 lignes de données, un chiffre que plusieurs médias spécialisés relaient, mais que l’administration ne valide pas. Bercy indique que les investigations se poursuivent afin de déterminer précisément les données et le nombre d’usagers concernés.
Une consultation frauduleuse ne signifie pas nécessairement que l’attaquant a copié, exfiltré ou exploité l’ensemble des informations accessibles. De même, le nombre définitif de personnes effectivement touchées peut évoluer au fil des investigations.
L’enjeu dépasse néanmoins la seule protection informatique de l’administration. Des informations fiscales récupérées par des cybercriminels peuvent faciliter des campagnes d’hameçonnage particulièrement crédibles. Elles peuvent également servir à préparer des tentatives d’usurpation d’identité ou des fraudes financières plus sophistiquées.
La donnée personnelle vaut désormais cher
Le développement de la cybercriminalité change progressivement la nature du risque patrimonial. Pendant longtemps, protéger son patrimoine consistait principalement à sécuriser ses actifs financiers, ses biens immobiliers et ses moyens de paiement.
Il faut désormais ajouter une quatrième dimension : la protection de l’identité numérique.
Le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr montre l’ampleur du phénomène. Les fraudes au virement ont progressé de 170 %, tandis que les signalements liés aux faux conseillers bancaires ont augmenté de 159 %. Plus spectaculaire encore, les faux placements financiers ont bondi de 277 % auprès des particuliers.
Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi une fuite de données constitue un risque même lorsqu’aucun mot de passe ou numéro de carte bancaire n’est directement compromis.
Un escroc qui connaît déjà le nom de sa cible, sa situation ou certains éléments administratifs dispose d’un avantage considérable. Son discours paraît plus crédible. La victime baisse plus facilement sa garde. Nous décrivions ce mécanisme en détail dans Fraude bancaire : la confiance piratée.
Les cybercriminels industrialisent leurs méthodes
La cybercriminalité n’est plus seulement l’affaire de quelques pirates isolés. Un véritable marché des données volées s’est structuré.
Cybermalveillance.gouv.fr souligne notamment l’existence de plateformes clandestines, de kits d’hameçonnage prêts à l’emploi et même de centres d’appels qui manipulent directement les victimes. Les informations dérobées peuvent ainsi circuler entre plusieurs acteurs avant de servir à une fraude.
Cette évolution doit modifier les réflexes des contribuables. Après un incident concernant une administration, une banque ou une grande entreprise, le danger ne disparaît pas avec la fermeture de la faille informatique. Les données récupérées peuvent rester exploitables pendant plusieurs mois, voire davantage.
Une vigilance accrue s’impose donc face aux courriels, SMS et appels téléphoniques qui prétendent provenir des impôts, d’une banque, d’un notaire ou d’un conseiller financier.
Une attaque ne signifie pas fraude
Il convient toutefois d’éviter les conclusions excessives. Le fait qu’un pirate ait compromis un système informatique ne signifie pas automatiquement qu’une fraude financière se produira. De la même manière, les personnes potentiellement concernées ne doivent pas considérer que leur patrimoine est directement menacé.
Le risque principal réside souvent dans l’utilisation secondaire des informations.
Un faux conseiller peut, par exemple, utiliser des données authentiques pour mettre sa victime en confiance. Il cherchera ensuite à obtenir un code de sécurité, un mot de passe ou la validation d’une opération bancaire.
Or une administration fiscale ou une banque ne demande pas à un particulier de communiquer ses codes confidentiels dans ce type de situation. La protection du patrimoine commence donc aussi par une règle simple : ne jamais confondre connaissance d’informations personnelles et preuve d’identité de l’interlocuteur.
Bercy gère aussi des successions vacantes
Parallèlement à cette problématique numérique, l’administration fiscale intervient dans un domaine patrimonial beaucoup plus ancien : les successions vacantes.
Le terme peut prêter à confusion. Une succession vacante n’est pas nécessairement un héritage définitivement dépourvu d’héritiers. Juridiquement, plusieurs situations conduisent à cette qualification. Aucun héritier ne peut être identifié, les héritiers connus ont renoncé à la succession ou personne ne se manifeste pour prendre en charge le patrimoine du défunt.
Dans ces circonstances, l’administration peut intervenir comme curateur. Cette mission relève notamment de la Direction nationale d’interventions domaniales, rattachée à la Direction générale des Finances publiques.
Successions vacantes : plus de 200 millions d’euros d’actifs
Les montants concernés sont loin d’être anecdotiques. Selon les chiffres que la DGFiP a publiés lors du lancement de son service de recherche dédié, l’administration du Domaine assume chaque année la curatelle d’environ 13 000 successions. Ces dossiers représentent plus de 200 millions d’euros d’actifs annuels.
Présentés de manière spectaculaire, ces montants pourraient donner l’impression d’un véritable jackpot pour les finances publiques. La réalité juridique mérite cependant d’être précisée. L’État ne devient pas immédiatement propriétaire de tout patrimoine dont les héritiers sont absents.
Le rôle du Domaine consiste d’abord à administrer la succession. Il doit notamment identifier et gérer les actifs, régler certaines dettes, traiter les créances et rechercher la situation juridique applicable au dossier.
Autrement dit, il existe une différence essentielle entre administrer une succession vacante et récupérer définitivement un héritage.
Comment devient-on héritier d’un patrimoine oublié ?
Lorsqu’une personne décède, son patrimoine ne se résume pas à son compte bancaire. Une succession peut comprendre des liquidités, des placements financiers, un logement, des terrains, des meubles ou différentes créances. Elle peut également comporter des dettes.
L’absence d’héritier immédiatement identifié ne fait donc pas disparaître ces éléments. Les règles de dévolution dépendent ensuite du lien de parenté, comme nous l’expliquions dans Hériter selon son statut.
Pour améliorer la transparence du dispositif, la DGFiP a lancé en 2022 un moteur de recherche consacré aux successions vacantes. Celui-ci permet notamment aux héritiers, créanciers, notaires, avocats ou autres professionnels concernés de rechercher un dossier et d’en suivre la situation.
Le service s’intègre aujourd’hui à l’environnement fiscal. Les particuliers y accèdent depuis leur espace sur impots.gouv.fr, tandis que les professionnels disposent d’un accès adapté. Depuis janvier 2025, plusieurs démarches se font en ligne, dont la revendication d’une succession et la déclaration d’une créance.
Les successions vacantes ne sont pas une aubaine fiscale
Qualifier ces patrimoines de « jackpot » pour Bercy constitue donc un raccourci. Certes, certaines successions peuvent finir par revenir à l’État lorsque les conditions légales le permettent. Cependant, les centaines de millions d’euros d’actifs sous curatelle ne correspondent pas mécaniquement à autant de recettes budgétaires.
Cette distinction est fondamentale. Les sommes annoncées représentent la valeur des patrimoines que le Domaine administre, et non un bénéfice net que le Trésor public encaisse immédiatement.
Pour un épargnant, le phénomène offre surtout une leçon patrimoniale : posséder des actifs ne suffit pas. Encore faut-il organiser leur transmission.
Anticiper évite bien des difficultés
Une succession mal préparée peut devenir complexe, même lorsqu’il existe des héritiers. Les familles recomposées, l’éloignement géographique, l’absence de descendants ou la détention d’actifs dans plusieurs établissements compliquent parfois considérablement le règlement d’un patrimoine.
Une stratégie successorale cohérente permet de réduire ces incertitudes. Le testament, la donation, l’assurance-vie, le démembrement de propriété ou certaines structures sociétaires répondent à des objectifs différents. Leur pertinence dépend cependant de la situation familiale, fiscale et patrimoniale de chacun. Nos articles Transmettre sans déraper et Assurance-vie : attention avant de changer détaillent ces arbitrages.
L’objectif ne consiste donc pas à multiplier les dispositifs. Il faut surtout assurer une cohérence entre le patrimoine détenu, les personnes que l’on souhaite protéger et les règles civiles applicables.
Deux sujets, une même question patrimoniale
La cyberattaque et les successions vacantes semblent appartenir à deux univers sans rapport. Pourtant, elles soulèvent une question commune : qui contrôle l’information permettant d’identifier, de protéger et de transmettre un patrimoine ?
Dans le premier cas, le danger vient d’un tiers susceptible d’accéder illégalement à des données personnelles. Dans le second, le problème naît parfois d’un manque d’informations permettant de rattacher efficacement un patrimoine à ses ayants droit.
Notre patrimoine devient donc simultanément physique, financier, juridique et numérique. Cette évolution oblige les particuliers comme les professionnels du patrimoine à élargir leur approche. Sécuriser un compte bancaire ne suffit plus. Il faut protéger ses accès numériques, conserver ses documents importants, organiser ses bénéficiaires et anticiper sa succession.
Que faire concrètement ?
Côté cybersécurité
Le premier réflexe consiste à considérer avec méfiance toute sollicitation inhabituelle faisant référence aux impôts ou à des informations patrimoniales. Il vaut mieux se connecter directement à son espace officiel plutôt que suivre un lien reçu par courriel ou SMS. L’activation de mécanismes d’authentification renforcée, lorsqu’ils existent, améliore également la protection des comptes.
Côté successoral
Une démarche différente s’impose. Il faut régulièrement vérifier la cohérence des clauses bénéficiaires, identifier les établissements détenant les actifs et vérifier que les proches retrouveront sans peine les documents essentiels. Lorsque la situation familiale ou patrimoniale devient complexe, un notaire et un professionnel du patrimoine peuvent utilement coordonner leurs interventions.
FAQ — Cyberattaque du fisc et successions vacantes
Combien de contribuables sont concernés par l’intrusion ?
Bercy n’a communiqué aucun chiffre officiel à ce stade. L’auteur de l’attaque revendique environ 678 000 lignes de données, mais l’administration ne valide pas cette estimation. Le nombre de personnes potentiellement concernées ne correspond d’ailleurs pas au nombre de victimes dont les données ont effectivement été copiées ou utilisées.
Pourquoi des données fiscales intéressent-elles les pirates ?
Parce qu’elles peuvent rendre une fraude beaucoup plus crédible. Un escroc disposant d’informations exactes sur sa victime peut plus facilement se faire passer pour une administration, une banque ou un professionnel.
Qu’est-ce qu’une succession vacante ?
Il s’agit notamment d’une succession pour laquelle personne ne se présente, dans laquelle les héritiers ont renoncé, ou dans certaines situations où aucun héritier n’est connu. Le juge désigne alors l’administration du Domaine comme curateur.
Combien de successions vacantes sont gérées chaque année ?
La DGFiP indiquait environ 13 000 dossiers par an, représentant plus de 200 millions d’euros d’actifs, lors du lancement de son service national de recherche en 2022.
L’État récupère-t-il automatiquement cet argent ?
Non. La mise sous curatelle d’une succession ne signifie pas que son patrimoine devient immédiatement une recette de l’État. Le Domaine doit d’abord administrer la succession selon les règles juridiques applicables.
Peut-on rechercher une succession vacante ?
Oui. La DGFiP propose un service dédié accessible depuis l’espace particulier ou professionnel sur impots.gouv.fr. Il permet notamment d’obtenir des informations sur les successions prises en charge par le Domaine.
À retenir
Ces deux dossiers illustrent une transformation profonde de la gestion patrimoniale. La valeur d’un patrimoine dépend toujours de ses actifs, mais sa sécurité repose désormais aussi sur la protection des données et sur la qualité de son organisation juridique.
Pour les épargnants, le message est clair : protéger son patrimoine signifie autant sécuriser son identité numérique qu’anticiper sa transmission.
Sources de l’article
- DGFiP — Ministère de l’Économie et des Finances, communiqué du 15 mars 2022 : environ 13 000 successions par an confiées au Domaine, pour plus de 200 millions d’euros d’actifs.
- impots.gouv.fr — portail des successions vacantes : recherche d’une succession et rôle des services du Domaine, désignés comme curateurs.
- DGFiP — évolution du portail en 2025 : revendication d’une succession et déclaration de créance en ligne depuis janvier 2025.
- Cybermalveillance.gouv.fr — rapport d’activité 2025 : + 170 % de fraudes au virement, + 159 % de faux conseillers bancaires, + 277 % de faux placements financiers auprès des particuliers.
- Cybermalveillance.gouv.fr — menaces visant les particuliers en 2025 : progression des faux conseillers bancaires, de l’usurpation de numéro et des fraudes financières.
- Confirmation de Bercy du 13 août 2026 : accès illégitime au système d’information de la DGFiP après usurpation d’identité, accès coupé fin juin, volumétrie revendiquée par l’attaquant non validée par l’administration.
Avertissement
Cet article poursuit une vocation exclusivement informative et pédagogique. Elles reposent sur les données et sources disponibles à la date de publication et sont susceptibles d’évoluer, notamment concernant l’ampleur de la cyberattaque évoquée. Ce contenu ne constitue ni un conseil juridique, fiscal ou financier, ni une recommandation personnalisée en matière de gestion de patrimoine. Toute décision patrimoniale ou successorale doit tenir compte de la situation personnelle du lecteur et, le cas échéant, faire l’objet d’un accompagnement par un professionnel compétent. Centaure Investissements décline toute responsabilité quant à une décision que le lecteur prendrait sur la seule base de cet article. Édité par STRATEGINVEST SAS, CIF enregistré à l’ORIAS sous le n° 13000990.
