IA et spatial connaissent une accélération économique majeure. En 2025, les capitaux investis dans les sociétés d’intelligence artificielle ont atteint 581,7 milliards de dollars, plus du double de l’année précédente. Dans le même temps, l’économie spatiale s’est déplacée vers l’aval : services de navigation, télécommunications et observation de la Terre pèsent désormais 489 milliards d’euros. Pour l’investisseur, ces tendances ouvrent des perspectives de long terme. Elles imposent toutefois de surveiller les valorisations, la concentration et l’horizon.

IA et spatial : cerveau numérique sur un processeur, graphiques d’allocation et satellites en orbite autour de la Terre

IA et spatial : deux accélérations simultanées

L’intelligence artificielle change d’échelle. Le spatial aussi. Longtemps réservés aux ingénieurs, aux États ou au capital-risque, ces deux univers prennent désormais une dimension économique beaucoup plus large.

L’IA se diffuse dans les entreprises à une vitesse remarquable. Parallèlement, les infrastructures spatiales deviennent indispensables aux télécommunications, à la navigation, à l’observation de la Terre et à la défense.

IA et spatial nourrissent ainsi de nouvelles perspectives. Cependant, une révolution technologique ne constitue pas automatiquement un bon investissement. Dès lors, comment intégrer IA et spatial dans une allocation patrimoniale sans céder aux effets de mode ?

L’IA change de dimension

Sur l’IA, les montants engagés donnent la mesure du phénomène. Selon l’AI Index Report 2026 du Stanford Institute for Human-Centered Artificial Intelligence, publié le 13 avril 2026, les capitaux investis dans les sociétés d’IA ont atteint 581,69 milliards de dollars en 2025. La progression atteint 129,9 % en un an.

Une précision s’impose d’emblée, car elle change la lecture du chiffre. Il ne s’agit pas des dépenses d’IA des entreprises, mais des capitaux dirigés vers les sociétés du secteur. L’agrégat réunit les fusions-acquisitions, les prises de participation minoritaires, l’investissement privé et les offres publiques.

À l’intérieur de cet ensemble, les investissements privés représentent 344,66 milliards de dollars, en hausse de 127,5 %. L’IA générative en capte à elle seule 170,9 milliards, soit près de la moitié de cet investissement privé, après une progression supérieure à 200 % en un an.

Nous n’assistons donc plus seulement à une révolution technologique. Il s’agit d’un véritable cycle d’investissement.

Les entreprises adoptent massivement l’IA

Cette mobilisation des capitaux accompagne une diffusion rapide des usages. En 2025, 88 % des organisations interrogées déclaraient utiliser l’intelligence artificielle dans au moins une fonction, contre 78 % un an plus tôt. L’IA générative était employée dans au moins une fonction par 79 % d’entre elles, contre 71 % en 2024.

Ces données proviennent d’une enquête McKinsey menée auprès de 1 993 répondants dans 105 pays, reprise par Stanford. Elles sont déclaratives, et doivent donc être lues comme une tendance plutôt que comme une mesure.

Les gains de productivité commencent également à être mesurés. Les études recensées font apparaître des améliorations de 14 à 15 % dans le support client et de 26 % sur certaines tâches de développement logiciel.

Le tableau reste toutefois contrasté. Une autre étude citée par le même rapport observait des développeurs open source expérimentés 19 % plus lents avec l’assistance de l’IA. Ses auteurs n’ont cependant pas réussi à répliquer ce résultat depuis, les mêmes développeurs paraissant accélérés par l’IA fin 2025.

Les gains se concentrent donc sur les tâches structurées et mesurables, et non sur l’ensemble des métiers. Stanford conclut d’ailleurs que si l’économie de l’IA passe à l’échelle rapidement, les preuves d’un gain de productivité macroéconomique restent précoces et contrastées.

IA et spatial : au-delà des géants technologiques

Investir dans l’intelligence artificielle ne revient pas à sélectionner les seules entreprises qui développent les modèles les plus connus.

L’écosystème repose sur une infrastructure considérable : semi-conducteurs, centres de données, réseaux, stockage, logiciels, systèmes de refroidissement et production électrique. Nous l’avions détaillé dans notre analyse sur les semi-conducteurs et le calcul quantique.

La capacité mondiale de calcul installée pour l’IA a progressé en moyenne de 3,3 fois par an depuis 2022, pour atteindre l’équivalent estimé de 17,1 millions de cartes H100. Cette estimation est indirecte, reconstituée à partir des ventes des concepteurs de puces ; elle indique une tendance, non un comptage exact.

Un autre chiffre éclaire mieux encore la nature du sujet. Fin 2025, la capacité électrique des centres de données consacrés à l’IA atteignait 29,6 gigawatts, dont 11,8 seulement pour les puces elles-mêmes. Le reste alimente le refroidissement et l’infrastructure.

Autrement dit, la thèse d’investissement glisse progressivement de la technologie vers l’énergie et les infrastructures. C’est le sujet que nous avions traité dans le troisième volume des Cahiers de l’IA.

Cette dynamique possède cependant un revers. Plus les capitaux engagés sont importants, plus les entreprises devront démontrer leur capacité à les transformer en revenus et en bénéfices durables.

Une concentration géographique extrême

Un point mérite l’attention de tout investisseur européen. En 2025, les États-Unis ont capté 285,9 milliards de dollars d’investissement privé en IA, soit 23 fois le montant chinois.

La dynamique est plus révélatrice encore. L’investissement privé progresse de 160 % aux États-Unis et de 32 % en Chine, contre seulement 7 % en Europe. Sur l’IA générative, l’écart devient abyssal : 163,6 milliards de dollars pour les États-Unis, contre 4,7 milliards pour la Chine et l’Europe réunies.

Ces chiffres appellent une nuance. Le rapport souligne que les montants chinois sont probablement sous-estimés, les fonds publics d’orientation y ayant déployé, selon une estimation reprise par Stanford, quelque 184 milliards de dollars vers des sociétés d’IA sur l’ensemble de la période 2000-2023.

Pour un portefeuille, la conséquence est directe. S’exposer à l’IA revient aujourd’hui, pour l’essentiel, à s’exposer au marché américain et au dollar.

Une révolution n’assure pas la performance

C’est probablement le point le plus important pour l’épargnant. Une technologie peut bouleverser l’économie sans garantir la performance de toutes les entreprises qui la développent.

Les marchés financiers anticipent les bénéfices futurs. Lorsque les investisseurs attendent une croissance exceptionnelle, les cours intègrent déjà une grande partie de ces perspectives. Une entreprise peut alors publier d’excellents résultats tout en décevant la Bourse.

Un chiffre illustre parfaitement cet écart entre valeur créée et valeur capturée. Le surplus tiré de l’IA générative par les consommateurs américains atteignait 172 milliards de dollars par an début 2026, contre 112 milliards un an plus tôt. Or l’essentiel de ces outils reste gratuit.

Le risque ne vient donc pas uniquement de la technologie. Il vient également du prix payé pour y accéder. Cette distinction entre innovation, croissance des bénéfices et valorisation boursière doit rester au centre de toute réflexion patrimoniale.

Le spatial devient une économie

IA et spatial ne suivent pourtant pas le même calendrier. L’autre transformation se déroule plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. L’industrie spatiale ne se limite plus aux programmes scientifiques ni aux grandes agences gouvernementales.

Selon l’ESA Report on the Space Economy 2026, publié le 13 juillet 2026 par l’Agence spatiale européenne, le marché mondial situé en amont de la chaîne de valeur représentait 75 milliards d’euros en 2025, en progression de 20 % sur un an. C’est la plus forte croissance sectorielle relevée par le rapport. Il regroupe la fabrication des engins spatiaux, pour près de 78 % du total, et les services de lancement pour le reste.

La partie la plus importante se trouve désormais en aval. Le rapport l’évalue à 489 milliards d’euros, soit plus de six fois l’amont. On y trouve les communications par satellite, l’observation de la Terre et les services liés aux systèmes mondiaux de navigation.

La navigation domine largement, avec 77 % du marché aval. Ce total agrège toutefois trois réalités distinctes : 110 milliards d’euros d’équipements, 9,4 milliards de services d’augmentation et surtout 255 milliards de services rendus possibles par le signal satellitaire. L’ESA souligne elle-même que le périmètre de cette dernière catégorie fait débat.

La réserve vaut pour l’ensemble de l’aval. L’Agence estime qu’au moins 80 % des estimations disponibles proviennent d’entreprises qui utilisent le spatial comme intrant, sans appartenir à l’industrie spatiale. Le rapport de un à six entre amont et aval doit donc se lire avec prudence.

L’essentiel de la valeur créée se joue néanmoins au sol, dans des usages devenus invisibles tant ils sont quotidiens. Nous l’évoquions dans notre article sur la seconde ère spatiale.

Le spatial attire les capitaux

Par ailleurs, les investisseurs privés participent à cette transformation. En 2025, ils ont engagé 11,7 milliards d’euros dans le spatial, sur 324 opérations. C’est un record historique, supérieur au pic de 2021, et une progression de 60 % en un an. Elle tient presque entièrement à la hausse de 177 % de l’activité américaine.

La situation européenne demande une lecture plus fine. Les entreprises spatiales européennes ont levé environ 1,4 milliard d’euros, deuxième total annuel le plus élevé jamais enregistré selon le communiqué de l’Agence. Le montant recule certes de 8 % par rapport à 2024.

Ce repli tient pourtant à un effet de base. L’acquisition de Preligens par Safran avait gonflé le millésime précédent. Hors opérations d’acquisition, l’investissement privé européen progresse en réalité de 10 %, ce dont l’ESA conclut que les jeunes pousses spatiales européennes restent attractives.

La nuance compte. L’écart avec les États-Unis demeure considérable, mais l’Europe ne décroche pas sur le financement privé.

Les États continuent par ailleurs de jouer un rôle majeur, et le mouvement s’inverse ici. L’investissement public mondial recule de 3 % en 2025, à 119 milliards d’euros. Les budgets publics européens progressent en revanche de 12 %, pour atteindre 13,5 milliards d’euros. Selon le communiqué de l’Agence, c’est la première croissance à deux chiffres depuis cinq ans. Elle est portée surtout par les dépenses nationales de défense, l’Allemagne en tête.

Un enjeu devenu stratégique

Cette évolution dépasse les seules considérations financières. Les satellites sont désormais essentiels au fonctionnement des économies modernes. Ils permettent de communiquer, de se localiser, de prévoir certains phénomènes météorologiques ou de surveiller des infrastructures.

Ils répondent également à des enjeux de sécurité et de souveraineté. L’ESA estime ainsi que 80 % de la valeur du marché amont provient de clients publics : 42 % pour la défense et 38 % pour le civil. La défense est donc passée devant, mais de quatre points seulement. En masse lancée, le commercial dépasse d’ailleurs déjà l’institutionnel.

Un signal encourageant mérite d’être relevé pour l’Europe. Les maîtres d’œuvre européens ont regagné des parts de marché : 10 % au niveau mondial, contre 6 % seulement en 2024, et 65 % de leur marché accessible. L’ESA rappelle toutefois que la valeur d’un satellite est imputée à son année de lancement, ce qui amplifie mécaniquement un millésime riche en tirs.

Le spatial reste toutefois une industrie exigeante. Les coûts de développement sont élevés, les cycles d’investissement longs et les risques techniques importants.

Quand l’IA rencontre l’espace

IA et spatial ne progressent pas indépendamment l’un de l’autre. Les satellites produisent d’immenses quantités de données, et l’intelligence artificielle permet précisément d’en accélérer l’analyse.

L’observation terrestre en fournit l’illustration la plus concrète. Des algorithmes exploitent des images satellitaires pour étudier les cultures agricoles, les infrastructures, l’évolution des territoires ou les conséquences d’événements climatiques.

À l’inverse, les constellations de satellites renforcent progressivement les infrastructures mondiales de communication. La convergence entre IA, données et spatial pourrait ainsi favoriser l’apparition de nouveaux modèles économiques.

Pour l’investisseur, cette évolution rappelle surtout que les frontières sectorielles deviennent poreuses. Un fonds « spatial » peut être largement exposé à la défense, et un fonds « IA » à l’énergie.

IA et spatial : quelle place dans une allocation ?

La première règle consiste d’abord à ne pas confondre conviction et concentration. Une thématique prometteuse ne devrait pas devenir le cœur d’un patrimoine financier. Une exposition à l’IA ou au spatial complète une allocation déjà diversifiée, elle ne la remplace pas.

D’ailleurs, de nombreux portefeuilles internationaux sont déjà indirectement exposés à l’intelligence artificielle. Les grandes entreprises technologiques investissent massivement dans les semi-conducteurs, le cloud et les centres de données. Un investisseur peut donc détenir une exposition significative sans posséder aucun fonds estampillé « intelligence artificielle ».

Le spatial présente une situation différente. Le nombre de sociétés cotées exclusivement consacrées à l’espace reste limité. Plusieurs groupes de ce marché exercent également des activités dans l’aéronautique, la défense, l’électronique ou les télécommunications. Il faut donc examiner la composition réelle d’un support avant d’investir.

IA et spatial : trois risques à garder en tête

Le premier risque concerne d’abord les valorisations. Une entreprise remarquable peut constituer un mauvais investissement lorsqu’elle est acquise à un prix excessif.

Le deuxième porte sur la concentration. Plusieurs fonds thématiques détiennent souvent les mêmes grandes capitalisations. Multiplier les supports ne signifie donc pas diversifier son patrimoine.

Enfin, il existe un risque temporel. Les grandes ruptures technologiques ne progressent jamais en ligne droite sur les marchés financiers. Des phases d’enthousiasme peuvent être suivies de corrections importantes.

Chaque thème ajoute ses contraintes propres. Le spatial impose des cycles industriels longs. L’IA expose aux besoins énergétiques, à la concurrence, à la réglementation et à l’obsolescence rapide des technologies.

IA et spatial : investir avec méthode

Avant d’intégrer une thématique à son patrimoine, l’investisseur doit d’abord déterminer son objectif. Cherche-t-il une source supplémentaire de croissance ? Une diversification sectorielle ? Une exposition à une transformation économique de plusieurs décennies ? La réponse détermine le niveau de risque acceptable.

Ensuite, il faut regarder sous le capot des supports. La composition d’un fonds, ses principales positions, ses frais et son niveau de concentration comptent davantage que son appellation commerciale.

Enfin, une entrée progressive réduit la dépendance au point d’entrée. Cette méthode ne protège pas contre une baisse des marchés. Elle évite en revanche de concentrer tout l’investissement sur une seule date, particulièrement lorsque les valorisations sont élevées.

Innovation et discipline patrimoniale

IA et spatial possèdent en revanche un point commun fondamental. Ces deux transformations réclament énormément de capitaux avant même que leurs modèles économiques soient stabilisés.

Cette situation crée en effet des opportunités. Elle organise également une sélection naturelle entre les entreprises. Certaines disposeront des technologies, des financements et des avantages concurrentiels nécessaires pour s’imposer. D’autres n’atteindront jamais la rentabilité espérée.

Pour l’épargnant, la véritable question n’est donc pas de savoir si IA et spatial vont poursuivre leur croissance. Il faut surtout déterminer à quel prix, avec quel niveau de diversification et sur quel horizon investir.

IA et spatial évoluent vite. Les fondamentaux de la gestion patrimoniale, eux, changent beaucoup moins : diversification, maîtrise du risque, discipline sur les valorisations et horizon suffisamment long restent essentiels.

IA et spatial : questions fréquentes

Faut-il investir directement dans l’IA ?

Pas nécessairement. De nombreux portefeuilles internationaux détiennent déjà des entreprises très impliquées dans l’IA. Une exposition thématique renforce cette orientation, mais accroît aussi la concentration.

Le spatial est-il accessible aux particuliers ?

Oui. Des sociétés cotées et différents véhicules financiers permettent d’y accéder. Il convient toutefois d’analyser leur composition, car beaucoup associent spatial, défense, aéronautique et télécommunications.

IA et spatial : est-ce une vraie diversification ?

Pas automatiquement. La diversification dépend des actifs réellement détenus. Deux fonds aux noms différents peuvent contenir les mêmes grandes entreprises, et l’exposition à l’IA reste très majoritairement américaine.

IA et spatial : quel horizon privilégier ?

IA et spatial s’inscrivent l’un comme l’autre dans le long terme. Leur volatilité et l’ampleur des investissements nécessaires rendent leur évolution boursière difficile à anticiper sur quelques mois.

Quels indicateurs surveiller ?

La croissance des revenus et des bénéfices, les flux de trésorerie, les dépenses d’investissement, les valorisations et la concurrence. Dans le spatial, les commandes publiques, les investissements privés et le développement des services satellitaires méritent également un suivi.

Sources de l’article

Intelligence artificielle

  • Stanford Institute for Human-Centered Artificial Intelligence, AI Index Report 2026, 13 avril 2026. Neuvième édition du rapport annuel.
  • Stanford HAI, chapitre Economy. Soit 581,69 milliards de dollars investis en 2025, dont 344,66 milliards d’investissement privé et 170,9 milliards en IA générative.
  • Stanford HAI, chapitre Research and Development. Capacité de calcul installée, estimée à 17,1 millions d’équivalents H100.
  • McKinsey & Company, The State of AI in 2025, novembre 2025. Enquête auprès de 1 993 répondants dans 105 pays, reprise par Stanford.

Économie spatiale

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