Les bourses mondiales battent des records comme des sprinteurs sous caféine. Dow Jones, Footsie, TOPIX, KOSPI, Stoxx 600… chacun y va de son record historique. Même la panne d’inspiration de Nvidia n’a pas refroidi l’enthousiasme. On ne sait pas encore si l’intelligence artificielle est une révolution durable ou un tonneau percé façon bulle Internet, mais tant que la musique joue, les investisseurs dansent — quitte à faire tourner les chaises à 10 000 points sur le Footsie.

En toile de fond, l’euphorie mondiale s’appuie sur des bilans bien plus solides que ceux des années 2000 : Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta financent leur conquête du monde à coups de profits record. Le tout pendant que la Fed hésite entre la pause et le lâcher-prise monétaire… et que Warren Buffett tire sa révérence en gardant une main sur le volant. La fusée IA grimpe, les gouvernements taxent, les démographes s’alarment — bienvenue dans l’économie 2025.

L’IA garde le marché sous perfusion

Nvidia recule, CoreWeave s’effondre, et pourtant le Dow Jones signe un nouveau record à +1,2 %. Même le S&P 500, éternel sceptique, grappille un petit 0,2 %. L’IA agit comme un calmant sur les angoisses économiques : tant que les modèles tournent et que les data centers ronronnent, tout va bien. Le Nasdaq, un peu groggy (-0,3 %), accuse le coup. Mais Apple, Microsoft et Amazon tiennent le rôle des piliers du temple technologique. À force de promesses et de profits, ils font oublier que le moteur de l’euphorie repose sur quatre entreprises. L’IA n’est plus un secteur, c’est une perfusion collective. Et comme tout bon patient euphorique, Wall Street refuse de lire la notice.

Softbank : le grand exil du prophète

Masayoshi Son, apôtre du pari technologique, a choisi de lever le pied sur l’autel de l’IA. En cédant ses parts dans Nvidia, Softbank encaisse 5,8 milliards de dollars de plus-value. Une “prise de bénéfices stratégique”, dit le communiqué. Traduction : il est temps de sécuriser quelques jetons avant la prochaine tempête. Cette sortie élégante illustre la maturité nouvelle des investisseurs : on croit à l’IA, oui, mais on préfère l’aimer à distance quand les valorisations flirtent avec l’absurde. Le patron de Softbank n’abandonne pas le rêve, il change juste de fusée. L’épisode rappelle que la Bourse, même en transe, n’est jamais qu’un vaste théâtre d’anticipations où les plus lucides quittent la scène avant que le rideau ne tombe.

Le Footsie frôle le Graal

Londres redresse la tête. À 9 899 points, le Footsie n’a jamais été aussi haut. À un souffle des 10 000, symbole absolu d’un marché qui refuse la morosité. +21 % depuis janvier, portée par des minières flamboyantes, la défense triomphante et un AstraZeneca devenu superstar continentale. Le Brexit semble loin : la City s’offre une cure de confiance et de dividendes. Ses acteurs, longtemps décriés, profitent de la solidité de leurs bilans et d’une livre affaiblie, qui attire les capitaux étrangers. Le vieux royaume, donné pour moribond après 2016, démontre qu’il sait toujours faire du business avec panache. La reine n’est plus, mais la Bourse britannique, elle, ne vieillit pas.

Milan remet les compteurs à zéro

L’Italie joue les phénix économiques. Avec un FTSE MIB à 44 000 points (+30 % en 2025), Rome enterre vingt ans de déboires boursiers. Le dernier pic datait de mai 2007, juste avant la crise des subprimes. Cette fois, la hausse repose sur du solide : banques florissantes, industrie en plein renouveau, entreprises publiques rentables. Et comme souvent dans la péninsule, la politique s’invite dans la fête. Giorgia Meloni a rejeté l’idée d’un impôt sur la fortune proposée par la gauche, préférant réduire l’impôt sur le revenu pour stimuler la consommation. Résultat : confiance, flux entrants et indices euphoriques. Les Italiens ont retrouvé le goût du risque, version espresso serré. La Bourse aussi.

Séoul en orbite géostationnaire

+71 %. Ce n’est pas un taux d’intérêt, mais la performance annuelle du KOSPI. La Corée du Sud vit une lévitation boursière sans précédent. Samsung, que certains disaient dépassé, a doublé de valeur. Les chaebols* locaux affichent des profits record, dopés par la demande mondiale en puces IA. Les autorités, elles, oscillent entre fierté et inquiétude. Comment refroidir une économie en ébullition sans briser la confiance ? Les réformes du marché boursier, destinées à attirer les capitaux étrangers, ont amplifié le phénomène. Aujourd’hui, la fièvre coréenne rappelle la bulle Internet de 2000… mais avec des bilans solides et des traders survoltés. Séoul brûle, et le gouvernement agite un extincteur en mousse.

*Les chaebols (à prononcer tché-bol) sont les immenses conglomérats familiaux sud-coréens qui dominent l’économie du pays. Le mot vient du coréen chae (richesse) et bol (clan). En clair : les “clans de la richesse”.

Les hyperscalers : bulle ou empire ?

Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta règnent sur l’économie mondiale. Leurs profits ne tombent pas du ciel, mais de serveurs géants chauffés à la rentabilité pure. Microsoft investira 140 milliards $ d’ici 2026 ; Amazon conçoit ses propres puces ; Google Cloud affiche +24 % de croissance ; Meta réinvente son IA maison. Le modèle est aussi vertigineux que circulaire : chacun dépend de l’autre. Microsoft finance OpenAI, qui tourne sur Azure, qui achète des GPU Nvidia, qui équipe… Microsoft. Une boucle parfaite, mais fragile. La solidité des bilans masque la vulnérabilité du système. Un simple grain de sable dans cette mécanique — une régulation, une panne, un géant fatigué — et la machine pourrait caler. Pour l’instant, elle rugit.

France : Fortune privée, misère publique

L’Insee dresse un portrait contrasté : le patrimoine national atteint 19 559 milliards €, en hausse de 2,6 %. Les ménages possèdent 76 % de la richesse, dopée par les rendements financiers et l’assurance-vie. Mais l’État, lui, s’enfonce dans le rouge : son patrimoine net tombe à 690 milliards €, plombé par une dette abyssale. Ce déséquilibre symbolise l’économie française : prospère à la base, vulnérable au sommet. L’épargne privée compense les déficits publics, comme si le bon sens domestique tenait lieu de politique économique. On vit dans un pays où les foyers capitalisent et où l’État hypothèque. La République finance sa maison avec les livrets de ses citoyens.

Warren Buffett : la sagesse en héritage

Warren Buffett s’apprête à quitter le fauteuil de Berkshire Hathaway, mais certainement pas la scène. À 95 ans, l’Oracle d’Omaha transmet les clés à Greg Abel, tout en conservant 30 % des droits de vote. Traduction : il reste le gardien du temple. Berkshire vaut désormais plus de 900 milliards $, un empire construit sur la patience et le bon sens. Buffett promet de continuer à écrire sa lettre annuelle aux actionnaires. Une tradition devenue catéchisme financier mondial. Alors que les marchés s’enivrent de croissance artificielle, sa voix rappelle une évidence : investir n’est pas spéculer. L’homme qui achetait quand les autres tremblaient laisse une leçon à ses héritiers : dans un monde d’algorithmes, la sagesse est le dernier avantage compétitif.

La “recession du couple”

The Economist l’appelle “la récession des relations”. Les couples se font rares, les célibataires pullulent, la natalité s’effondre. En Corée du Sud, le taux de fécondité chute à 0,70, record mondial. En Europe du Sud, la tradition freine les naissances hors mariage. Résultat : la démographie s’éteint, doucement mais sûrement. Les causes ? L’émancipation féminine, le désintérêt masculin, les écrans omniprésents et la sélection amoureuse façon catalogue. Et, détail futuriste : 7 % des jeunes préfèreraient une relation avec une IA. Moins d’enfants, donc moins d’investisseurs, moins de croissance, moins de rêves collectifs. L’économie mondiale découvre un paradoxe cruel : on a appris à programmer les machines, mais pas à se retrouver. Pourquoi c’est important pour vos placements ? ()

Parce que la Bourse et la société vivent une même tension : croissance fulgurante d’un côté, fragilité structurelle de l’autre. L’euphorie des marchés s’appuie sur de vrais profits, mais concentrés dans une poignée d’entreprises. Cette dépendance circulaire rappelle qu’une économie globalisée peut vaciller d’un battement d’aile technologique. L’Italie prouve que clarté fiscale et dynamisme attirent le capital. La France, à l’inverse, illustre le coût d’une dette sans fin. Et au milieu, l’épargnant cherche un cap. Le message ? Diversifier, temporiser, respirer. Dans un monde qui s’emballe, le sang-froid est devenu un actif. Et c’est peut-être le seul dont la valeur augmente à chaque crise.

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