La moitié du CAC 40 appartient désormais à des investisseurs étrangers. Une France cotée à moitié “offshore”, donc. Derrière ce chiffre rond se cache moins un retour d’amour pour la Bourse de Paris qu’un simple effet de miroir : les épargnants français vendent, les non-résidents achètent, et la mécanique comptable fait le reste. Les grandes capitalisations continuent d’attirer les flux mondiaux, tandis que les petites valeurs hexagonales, elles, s’étiolent dans l’indifférence. Au même moment, à Wall Street, l’IA hésite entre extase et gueule de bois, pendant que Donald Trump invente les comptes d’épargne pour bébés patriotes. Bref, le capital circule, mais rarement là où on l’attend.

Le CAC à moitié mondial

Les investisseurs étrangers détiennent désormais 50 % du capital des sociétés du CAC 40, soit 1 083 milliards d’euros, selon la Banque de France. En apparence, un regain d’intérêt pour les fleurons français ; en réalité, un effet mécanique : les résidents ont vendu 3,5 milliards d’euros d’actions en 2024, les non-résidents en ont acheté 3,3. L’argent a horreur du vide. Résultat : la part étrangère grimpe, sans enthousiasme particulier.

Petits vendus, grands chéris

Les acheteurs étrangers ont ciblé la santé et les services aux collectivités : environ 5 milliards d’euros de flux entrants. L’industrie et l’énergie, stars de 2020-2023, subissent 2,2 milliards de retraits. Les grandes valeurs concentrent les capitaux, les moyennes sont boudées ; 19 sociétés françaises du CAC sont majoritairement détenues par des non-résidents. C’est un paradoxe : nos champions nationaux sont mondiaux, nos PME restent locales et vulnérables.

La Bourse en miroir déformant

Ce rebond de participation étrangère n’est pas le signe d’une “attractivité retrouvée”. Deux tiers de la hausse tiennent à la structure même des portefeuilles. Les étrangers achètent les gros titres, les Français détiennent surtout des petites et moyennes capitalisations, massacrées par l’année politique 2024. Le CAC 40 ne s’est érodé que de 2,2 %, mais le CAC Mid et le Small ont plongé de 6 % et 8 %. Autant dire que les bilans français se sont amincis sans régime volontaire.

Paris, moins ouverte qu’il n’y paraît

La France reste paradoxalement l’un des marchés les moins “internationaux” d’Europe. L’Allemagne affiche 57 % d’actionnariat étranger, les Pays-Bas 88 %. Chez nous, 46 %. Pourtant, rapportée au PIB, la Bourse française pèse 104 %, deuxième derrière Amsterdam. Un marché large, mais protégé ; un capitalisme ouvert… à moitié.

Les îles Caïmans, nouveau voisin

Les États-Unis conservent leur première place : 34 % des actionnaires étrangers. La zone euro pèse 40 %. Mais la surprise vient des Caraïbes : les îles Caïmans ont triplé leur part en deux ans, passant de 0,8 % à 2,7 %. Officiellement, grâce à une “meilleure déclaration statistique”. Officieusement, disons que les paradis fiscaux savent toujours mieux compter que les autres.

Wall Street, entre doutes et semi-miracles

Outre-Atlantique, les marchés alternent fièvre et perplexité. Le Dow Jones grimpe quand le Nasdaq s’essouffle ; les valeurs “vieille économie” (McDonald’s, Goldman Sachs) reprennent la main sur l’IA-mania. Les semi-conducteurs flambent — Microchip, ON Semi, Marvell — au point d’éclairer jusqu’à STMicroelectronics (+6 %). Microsoft, elle, dévisse : quand la presse doute de ses ventes IA, le marché écoute. L’intelligence artificielle fascine, mais ne convainc plus en bloc.

Fed Put et retour des “mid-caps”

Le Russell 2000, baromètre des valeurs moyennes américaines, a bondi de 1,9 % : les investisseurs parient sur une Réserve fédérale très conciliante le 10 décembre. Dans les coulisses, circule un nom : Kevin Hassett, pressenti pour remplacer Powell à la tête de la Fed, sous influence Trump. Et avec lui, un mot-clé : “jumbo cuts”, autrement dit des baisses de taux massives, bien plus agressives que les habituels -0,25 %. L’idée ? Relancer la croissance à coups de marteau monétaire, quitte à réveiller l’inflation.

Bref, les marchés jouent à se rassurer : si la Fed revient à la planche à billets, tout remontera — actions, immobilier, confiance, illusions. En attendant, ils rachètent ce qui n’a pas encore flambé : les valeurs moyennes, les oubliées du cycle. L’espoir, comme les taux, descend vite.

Inde : le mirage émergent

L’Inde devait être le nouvel Eldorado ; elle finit l’année en déception : +2,5 % en dollars, contre +27,7 % pour l’indice des émergents. Écart inédit depuis 1993. Les capitaux filent vers la Corée et la Chine, pendant que la roupie perd 5 % face au dollar. New Delhi découvre qu’on peut être à la mode sans être rentable.

“Comptes Trump” : l’épargne made in patriotisme

Donald Trump lance un plan d’épargne pour enfants : 1 000 $ offerts à chaque nouveau-né américain entre 2025 et 2028. Coût total : 15 milliards. Michael Dell ajoute 6,25 milliards pour inclure les enfants déjà nés. L’argent ira sur des ETF low-cost. Les banques et brokers se ruent pour ouvrir les “Trump Accounts” : le capitalisme des berceaux a trouvé son slogan. Soutenir la natalité ? Peu probable. L’investissement ? Certainement.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que la mondialisation du capital se poursuit… à domicile. Quand la moitié du CAC 40 appartient à des investisseurs étrangers, cela signifie que la valorisation des grandes valeurs françaises dépend davantage des flux new-yorkais que des épargnants nationaux. Autrement dit, Paris danse sur une musique jouée à Wall Street.

Et pendant que les petits porteurs français boudent la Bourse, d’autres achètent leurs parts. À long terme, cela pose une question simple : qui récoltera les dividendes de nos champions ? Dans un monde où les États rêvent de relocalisation industrielle, le capital, lui, n’a pas de passeport. Mieux vaut en tirer une leçon patrimoniale : surveiller non pas où sont les usines, mais où sont les actionnaires.

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