Au 1er janvier, la France entrera dans 2026 sans véritable budget : un service minimum comptable, mais un maximum de statu quo. Les « niches fiscales » que Bercy voulait rogner seront maintenues, les retraités respirent, et les contribuables peuvent souffler. Derrière ce répit fiscal se cache pourtant un pays qui tourne au ralenti : quand l’État n’a plus de loi de finances, ce sont les habitudes qui gouvernent. Le paradoxe : la paralysie budgétaire devient la meilleure politique fiscale du moment.
Marchés hésitants
La Bourse de Paris finit l’année comme elle l’a vécue : fatiguée. Un CAC 40 sans direction (-0,2 % à 8 104 points), des taux qui se retendent et des investisseurs distraits par les vitrines de Noël. La croissance américaine, elle, gâche la sieste : +4,3 % au troisième trimestre, bien au-dessus des attentes. Résultat : la Fed ne baissera sans doute pas ses taux en janvier. Moralité : quand l’Amérique carbure trop fort, le reste du monde cale.
Budget fantôme
Pas de loi de finances, pas de réforme : les abattements et crédits d’impôts restent figés. L’État visait 1,2 milliard d’économies sur les pensions ; il n’en touchera pas un centime. Le rabot fiscal s’est perdu dans les couloirs parlementaires. Les retraités conserveront leur déduction de 10 %, les parents leurs réductions pour scolarité, et les biocarburants leurs tarifs doux. Le pays découvre une vérité budgétaire : l’immobilisme coûte cher, mais il plaît.
Fenêtre fermée
Amélie de Montchalin a reconnu devant les députés ce que les fiscalistes savaient déjà : on ne change pas l’impôt d’hier avec la loi de demain. Le 31 décembre à minuit, le rideau tombe ; impossible de revenir sur les revenus perçus en 2025. La fameuse « petite rétroactivité » ne s’applique qu’en cours d’année. En clair, toutes les mesures douloureuses prévues pour 2026 s’évaporent. Une trêve fiscale par défaut, presque romantique. Tout ça pour ça ! Avec l’argent de nos impôts !
Les rescapées du rabot
Le crédit d’impôt pour emploi à domicile, la défiscalisation des indemnités journalières ou encore les aides à la scolarité sortent indemnes du marasme budgétaire. Même le secteur agricole garde son petit bouclier : le crédit d’impôt pour l’agriculture biologique sera « couvert » par une lettre ministérielle. Un bricolage administratif qui remplace la loi : la République sait être créative quand elle manque de majorité.
Les sucreries possibles
Si le négatif est bloqué, le positif reste ouvert. Les mesures favorables — indexation du barème sur l’inflation, prolongation de dispositifs verts ou des dons Coluche — pourront être appliquées rétroactivement une fois votées. Le gouvernement joue au Père Noël fiscal : distribuer les bonnes nouvelles plus tard, en espérant qu’on oublie le chaos institutionnel. Une fiscalité à retardement, mais à visage aimable.
L’Amérique accélère
De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump s’attaque désormais aux assureurs santé après avoir fait plier Big Pharma. Objectif : des baisses de primes de 50 % à 70 %. Les laboratoires, eux, ont cédé en échange de trois ans sans droits de douane. L’épisode illustre une constante du trumpisme : taper sur les riches en promettant de soigner les pauvres. Reste à voir qui paiera la facture ; En France, ce serait probablement le contribuable moyen, comme toujours.
L’or retrouve son trône
Pendant que Washington et Bruxelles improvisent, l’or s’impose comme la seule politique monétaire crédible. Nouveaux sommets historiques, tensions géopolitiques, et investisseurs en quête d’abri : le métal jaune redevient la devise du doute. Ironie : plus les gouvernements échouent à écrire leur budget, plus les marchés se réfugient dans un actif qui n’a jamais eu besoin de loi pour briller.
Alphabet, roi de 2025
Oubliés Nvidia et Tesla : l’action Alphabet s’est envolée de 60 % cette année. En combinant modèles d’IA, puces maison et cloud intégré, Google a recréé l’économie circulaire de la donnée. Moins spectaculaire, mais plus rentable. La morale boursière : dans la guerre de l’intelligence artificielle, ce n’est pas le plus visionnaire qui gagne, c’est celui qui vend les outils.
La jeunesse en levier
Les jeunes investisseurs français prennent le risque que leurs aînés fuyaient. Cryptos, ETF, produits à effet de levier : ils testent tout, souvent sans parachute. Non par goût du jeu, mais faute d’alternative : l’immobilier leur échappe, la retraite s’éloigne. Le danger n’est pas la spéculation, mais la méconnaissance du risque. À force de jouer en ligne, certains découvrent que la volatilité n’a pas de bouton « annuler ».
Pourquoi c’est important pour vos placements ?
Parce que l’absence de budget, en France comme ailleurs, ne signifie pas l’absence de conséquences. Les marchés détestent le vide politique ; l’or et les actifs défensifs y trouvent une revanche tardive. Et parce qu’une génération entière investit désormais sans repères collectifs : ni retraite assurée, ni État stratège. Entre or, IA et niches fiscales en sursis, l’épargne devient le dernier refuge d’une société en suspens.
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