Croissance molle, métaux en chute libre, intelligence artificielle en perte d’altitude : l’économie mondiale démarre 2026 comme on aborde un escalier roulant en panne — avec élan, mais sans conviction. L’Insee nous offre un +0,9 % de croissance française grâce à la dépense publique, pendant que les marchés se cherchent entre euphorie et effroi. À Washington, Donald Trump propose Kevin Warsh à la Fed et promet de ne rien promettre. À Paris, Bercy filtre les investisseurs étrangers comme un videur de bal à papa (pour les boomers) : plus sévère que jamais. Bref, la tempête n’est pas totale, mais le ciel reste couvert.

Croissance à bout de souffle

La France croit encore à la reprise, mais c’est une foi d’État. L’Insee prévoit +0,9 % de croissance en 2025, propulsée par les dépenses publiques (+1,7 %). L’industrie redresse un peu la tête, les exportations respirent, mais la consommation reste apathique (+0,4 %) et l’épargne des ménages s’accroche à 18,4 % du revenu. L’acquis de croissance atteint déjà 1 % à mi-année, mais c’est un trompe-l’œil : sans moteur privé, la dynamique s’essoufflera vite. Le pays vit au rythme des budgets et des annonces, pas encore de l’investissement. En somme, l’économie française, “trop fonctionnarisée”, communiste aux yeux des américains les plus démocrates, avance sur un tapis roulant… arrêté.

Bourse : février, confusion d’entrée de jeu

Le marché a beau aimer la nouveauté, il déteste la surprise. L’alliance supposée “idéale” — IA pour la croissance, or pour la prudence — s’est disloquée en un vendredi de panique : les métaux précieux ont décroché, l’or de 8 %, l’argent de plus de 20 %. Même le bitcoin a rendu les armes (-10 % sur le mois). Les investisseurs, échaudés, scrutent leurs écrans comme on scrute le ciel avant l’orage. La volatilité, qu’ils croyaient domptée, revient en force. Un signe ? Oui : l’appétit pour le risque fond plus vite qu’une bougie de trading.

Janvier, le mois des montagnes russes

Si janvier était un palmarès, il tiendrait du grand écart artistique : +24 % pour les actions coréennes, +19 % pour l’argent (avant le plongeon), +14 % pour le pétrole, +3 % pour l’Europe, pendant que les obligations US et le bitcoin finissaient en queue de peloton. Une photo finish trompeuse : en bourse, la dernière séance peut tout faire basculer. La “dictature du classement”, disait l’écrivain, est devenue la passion du trader. Le risque, lui, n’a pas changé : il adore les podiums… avant de les renverser.

IA : la panne d’inspiration

Microsoft a chuté, comme avait chuté Meta en fin d’année, les fabricants de puces se sont effondrés, et même Jensen Huang (Nvidia) a dû sortir du bois à Taipei pour rassurer la planète tech. Les doutes sur le modèle économique de l’intelligence artificielle s’accumulent : trop d’investissements, trop peu de certitudes. OpenAI continue de brûler du cash comme une fusée qui rêve d’être rentable. Le KOSPI coréen, baromètre du secteur, s’enfonce. Après l’euphorie, le retour du réalisme : l’IA n’est pas encore une martingale, juste une promesse qui s’use …. Ponctuellement ?

Washington rejoue le même acte

Donald Trump a nommé Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale des États-Unis, et Wall Street retient son souffle. Ancien gouverneur (2006-2011), critique des politiques trop accommodantes, Kevin Warsh arrive précédé d’une réputation de faucon raisonnable. Donald Trump jure n’avoir exigé aucun engagement sur les taux — phrase taillée pour calmer les marchés sans vexer ses électeurs. L’épisode rappelle celui de Jerome Powell, d’abord perçu comme docile avant de se rebeller. L’histoire ne se répète peut-être pas, mais à la Fed, elle bégaie souvent.

Paris, CAC et prudence

Le CAC 40 finit janvier en léger repli (-0,28 %), malgré un sursaut de 0,68 % vendredi à 8 126 points. Les investisseurs ont salué la nomination de Kevin Warsh, symbole d’une Fed “indépendante”, mais le doute plane. Le secteur tech domine : Alten bondit de 17 %, entraînant Capgemini et Sopra Steria ; à l’inverse, Maisons du Monde poursuit sa descente. Derrière les indices, une vérité : la Bourse de Paris vit au rythme des vents américains, même quand elle se prétend européenne.

Métaux précieux, le vertige de l’altitude

Après des mois d’ascension, l’or et l’argent ont décroché brutalement. Rien d’étonnant : quand tout le monde veut le même abri, il finit par s’effondrer sous le poids des réfugiés. La baisse s’explique par des prises de bénéfices massives et la détente perçue sur le front politique américain. Moins de peur, moins de demande refuge. Le métal jaune reste haut, mais les spéculateurs chinois ont montré la sortie de secours. Le marché, lui, redécouvre une vérité vieille comme la finance : aucun actif ne grimpe éternellement, même pas la peur.

Bercy muscle son filtrage

Ministère de l’Économie et des Finances croule sous les dossiers : plus de 400 demandes de rachat d’actifs stratégiques en 2025, un record. Trois cas emblématiques : feu vert sous condition pour Biogaran (fonds BC Partners), autorisation encadrée du rachat de LMB Aerospace par l’Américain Loar Group, et veto ferme à Eutelsat pour la vente de ses antennes au suédois EQT. Le Trésor veut attirer les capitaux, mais sans brader la souveraineté industrielle. Résultat : un filtrage chirurgical, à mi-chemin entre ouverture et méfiance. Le message est clair : bienvenue en France, mais pas n’importe où.

États-Unis : l’instabilité comme norme

Entre les tensions sur la police de l’immigration, un nouveau “shutdown” en suspens et un Congrès fracturé, la politique américaine ressemble à une histoire sans fin. L’administration Trump gouverne par tweet, le Congrès par réflexe, et les marchés par lassitude. Les démocrates et républicains promettent une issue “rapide” au blocage budgétaire. Traduction : rien n’est certain, sauf la volatilité. Le pays reste la première économie mondiale… et la première source de migraines financières.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que la conjoncture actuelle mélange deux moteurs contraires : une croissance sous assistance publique et des marchés privés dopés à l’adrénaline. Le moindre choc — une nomination, une rumeur, un métal qui vacille — suffit à renverser la tendance. Dans ce climat, la diversification n’est plus une précaution, c’est un mode de survie.

Et pendant que l’État français dépense pour tenir la croissance, les marchés corrigent pour tenir la réalité. Le fil conducteur ? Une économie qui avance en équilibre instable entre excès de prudence et emballement collectif. Autrement dit, une “demi-teinte” devenue couleur dominante.

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