Les marchés avaient besoin d’une bonne histoire. Ils en ont trouvé… deux.

Les investisseurs continuent de naviguer entre euphorie et inquiétude. Il suffit désormais d’un communiqué ou d’une simple phrase pour faire basculer Wall Street d’un extrême à l’autre. Cette fois, ce sont les semi-conducteurs qui ont pris froid, tandis que le nouveau patron de la Fed, Kevin Warsh, a offert un discours qui a réchauffé les marchés obligataires comme les marchés actions.

Pendant ce temps, Donald Trump continue de repousser les limites du mélange des genres entre politique et affaires grâce aux cryptomonnaies, le pétrole poursuit sa détente et l’immobilier français reste prisonnier de ses vieilles recettes. Bref, une journée où tout a bougé… sans que les indices ne bougent vraiment. La Bourse adore parfois courir sur un tapis roulant.

L’IA découvre la marche arrière

Depuis des mois, les fabricants de puces étaient devenus les rois incontestés de Wall Street. Mais les marchés viennent de rappeler une règle vieille comme la finance : même les stars peuvent éternuer.

Tout est parti de Meta. Le groupe a annoncé qu’il allait commercialiser une partie de ses capacités de calcul inutilisées via une offre de cloud. Une excellente nouvelle pour Meta… mais un doute immense pour tout le secteur. Si des capacités sont déjà excédentaires aujourd’hui, les géants de l’IA ont-ils finalement construit plus de centres de données que nécessaire ?

La question a suffi à provoquer une véritable douche froide sur les valeurs liées aux semi-conducteurs. Certaines ont perdu plus de 10 % en une séance. Comme souvent, les marchés passent de « il n’y en aura jamais assez » à « il y en a beaucoup trop » avec une vitesse qui ferait presque passer un adolescent pour quelqu’un de raisonnable.

Logiciels contre puces

Ce qui est fascinant, c’est que pendant que les fabricants de puces plongeaient, les sociétés de logiciels grimpaient.

Depuis plusieurs mois, les investisseurs opposent deux grandes familles de l’intelligence artificielle : ceux qui fabriquent les pioches et ceux qui exploitent la mine. Lorsque les puces déçoivent, les logiciels récupèrent souvent les capitaux. Résultat : le Nasdaq a reculé, mais sans catastrophe, tandis que le S&P 500 est presque resté stable.

Autrement dit, l’argent ne quitte pas vraiment l’intelligence artificielle. Il change simplement de siège. Comme dans une comédie musicale, tout le monde continue de danser… mais pas toujours au même endroit.

Warsh soigne les marchés

La véritable bonne surprise de la journée est peut-être venue de Kevin Warsh.

À peine installé à la tête de la Réserve fédérale américaine, il adopte une ligne qui plaît autant aux investisseurs qu’aux marchés obligataires. Son message est simple : l’inflation ralentit, mais elle reste trop élevée pour crier victoire. L’objectif des 2 % ne change pas et la Fed restera indépendante.

Surtout, il refuse désormais de guider les marchés plusieurs mois à l’avance sur les taux d’intérêt. Les décisions seront prises en fonction des données économiques du moment. Une approche plus prudente, plus crédible… et probablement moins génératrice de mauvaises surprises. En finance, promettre moins est parfois la meilleure façon de rassurer davantage.

Le pétrole retrouve son calme

Pendant que Wall Street scrutait les puces, le pétrole poursuivait discrètement sa baisse.

Les discussions entre l’Iran et les États-Unis se poursuivent et le trafic maritime dans le Golfe Persique revient progressivement à la normale. Les craintes d’une flambée durable des prix de l’énergie s’éloignent donc, ce qui réduit mécaniquement les risques de retour de l’inflation.

Les banques centrales respirent un peu mieux. Les automobilistes aussi. Les seules personnes déçues sont probablement celles qui annonçaient déjà un baril à 250 dollars sur tous les plateaux télé.

Trump devient le roi des cryptos

Pendant que certains cherchent à réguler les cryptomonnaies, Donald Trump en profite largement.

Selon les déclarations financières publiées cette semaine, le président américain aurait gagné près de 1,2 milliard de dollars grâce à ses activités liées aux actifs numériques. Entre sa plateforme World Liberty Financial, sa cryptomonnaie personnelle, les royalties, les plus-values et différents investissements, les revenus sont spectaculaires.

Son patrimoine aurait ainsi quasiment triplé en deux ans. De quoi alimenter les accusations de conflits d’intérêts, alors même que son administration poursuit une politique très favorable au secteur des cryptomonnaies. Chez Donald Trump, la frontière entre politique et business semble parfois aussi discrète qu’une ligne blanche sous la neige.

Les loyers restent sous surveillance

En France, le gouvernement semble avoir choisi la prudence concernant l’encadrement des loyers.

Le dispositif devrait être prolongé dans les villes qui l’appliquent déjà, mais sans être étendu à de nouveaux territoires. Une décision qui satisfait partiellement les associations de consommateurs, tandis que les professionnels de l’immobilier continuent d’y voir un frein à l’investissement locatif.

Le débat reste entier. Faut-il protéger davantage les locataires ou encourager davantage les propriétaires à remettre des logements sur le marché ? Comme souvent en immobilier, tout le monde réclame plus d’offres… mais personne ne s’accorde vraiment sur la meilleure façon d’y parvenir.

L’emploi américain en arbitre

Le rendez-vous majeur de la journée sera la publication du rapport mensuel sur l’emploi américain.

Exceptionnellement publié un jeudi en raison de la fête nationale américaine, ce chiffre pourrait donner le ton des prochaines semaines. Un marché de l’emploi qui ralentit conforterait le scénario d’une inflation mieux maîtrisée. À l’inverse, une nouvelle surprise à la hausse pourrait raviver les interrogations sur les taux.

Les marchés n’attendent donc plus seulement les résultats des entreprises. Ils veulent surtout savoir si l’économie américaine continue d’avancer… ou commence enfin à lever le pied.

Pourquoi c’est important pour vos placements ?

Parce que cette séance rappelle une règle essentielle : les marchés ne changent pas forcément de direction, mais ils changent régulièrement de narration. Hier, les semi-conducteurs étaient les héros. Aujourd’hui, ils deviennent la source des inquiétudes. Demain, ils seront peut-être de nouveau les champions. L’argent circule beaucoup plus vite que les certitudes.

La bonne nouvelle, c’est que plusieurs voyants restent favorables : le pétrole recule, l’inflation ralentit progressivement et la Fed affiche une volonté d’agir avec davantage de discipline que de communication. Les prochaines semaines dépendront surtout des résultats des entreprises et des statistiques économiques américaines. Les records boursiers se construisent rarement dans le calme… mais ils naissent souvent au milieu du bruit.

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