L’élection présidentielle approche. Chacun y va de ses propositions : dotation publique de 1 000 euros pour chaque nouveau-né, Assemblée nationale des enfants, hausse de la fiscalité sur les « plus riches », retour à la retraite à 62 ans, construction de nouveaux réacteurs nucléaires, etc. Certaines sont saugrenues, d’autres intéressantes. Toutefois, elles ont toutes un point commun : elles ne résolvent pas les deux problèmes structurels de l’économie française.

L’édito Centaure Investissements — Un mal français

Une fiscalité écrasante

Un foyer fiscal sur deux ne paie pas d’impôt sur le revenu. C’est un chiffre bien connu. Ce qui l’est moins, c’est le nombre de taxes qui existent. Tenez-vous bien : selon Eurostat, la France compte 348 taxes. Le Danemark, qui arrive en deuxième position, n’en compte « que » 132, tandis que l’Allemagne en recense 90.

Chaque année, l’État prélève un niveau record : environ 1 300 milliards d’euros, soit 45,3 % du PIB. Cette pression fiscale repose sur un très grand nombre de prélèvements, dont certains sont peu efficaces. Selon la Cour des comptes, il existe 243 « taxes à faible rendement ». Prenons la carte grise, qui s’apparente à un certificat d’immatriculation. Elle regroupe quatre taxes différentes : une taxe régionale, un malus CO₂, une taxe fixe de gestion et une redevance d’acheminement du certificat. La liste à la Prévert continue avec des taxes souvent très spécifiques : contributions à la formation professionnelle, taxes affectées aux chambres consulaires, prélèvements sur les assurances, contributions sectorielles, taxes liées au nucléaire, redevances sur l’eau, prélèvements sur les jeux d’argent, taxes au profit d’établissements fonciers locaux, et bien d’autres encore.

Nombre de ces prélèvements sont des héritages de l’histoire ou le fruit de compromis politiques. Pris dans leur ensemble, ils contribuent à créer une administration fiscale sensiblement plus complexe et plus lourde qu’ailleurs en Europe. C’est aussi, sans doute, un facteur expliquant les difficultés économiques récurrentes de ces dernières années.

Nous ne travaillons pas assez

C’est l’autre problème structurel. En 2024, les personnes âgées de 15 à 64 ans ont travaillé en moyenne 1 105 heures par an en France, contre 1 189 heures en moyenne dans l’Union européenne et 1 212 heures en Allemagne. À cette aune, la France occupe la troisième place en partant du bas dans l’Union européenne. Seules la Belgique et l’Espagne font pire.

Ce déficit tient à deux facteurs principaux. Le premier est la durée effective du travail des salariés à temps complet, qui représentent près de 50 % de la population en âge de travailler, toujours marquée par les 35 heures. La France se situe parmi les niveaux les plus bas d’Europe : 1 664 heures annuelles en France en 2024, contre 1 784 en moyenne européenne et 1 785 en Allemagne. Cet écart représente environ trois semaines sur une année. Le second facteur est un taux d’emploi inférieur à celui des pays nordiques et de l’Allemagne, principalement en raison d’un âge effectif de départ à la retraite plus faible. Le taux d’emploi des 60-64 ans n’est que de 39 % en France, contre 65 % en Allemagne et 68 % aux Pays-Bas. Et l’espérance de vie à la retraite atteint 24 ans en France, contre 21 ans en Allemagne.

Notre choix collectif de disposer de davantage de temps libre a une contrepartie directe : moins de travail signifie moins de production par habitant et un niveau de vie plus faible. Ces inconvénients vont s’aggraver avec le vieillissement tendanciel de la population.

L’IA ne nous sauvera pas

Les évolutions rapides de l’IA vont changer notre rapport au travail. C’est évident. Désormais, les modèles écrivent le code qui les entraîne, découvrent les algorithmes qui les rendront meilleurs, conçoivent les puces qui les font tourner… La machine améliore la machine, qui améliorera la machine. C’est une rupture majeure. Depuis deux siècles, le progrès avançait au rythme des hommes. Ce n’est dorénavant plus le cas. C’est ce qu’on appelle l’auto-amélioration récursive.

Pour autant, cela ne veut pas dire que nous n’aurons plus besoin de travailler et que nous allons vers une société des loisirs à 100 %. Heureusement d’ailleurs, ce serait davantage un cauchemar qu’un rêve. Deux phénomènes vont se produire, comme lors des précédentes phases d’innovation.

L’adoption massive de l’IA va être freinée par les structures sociales. Aucun État n’est prêt à voir apparaître soudainement une cohorte de chômeurs remplacés par l’IA. Déjà, des législations se mettent en place. En Chine et, depuis peu, en Californie, un employeur ne peut pas licencier un salarié pour remplacer son poste par une IA. Il a l’obligation de lui proposer un autre poste, quitte à le former.

Enfin, et c’est en partie lié, de nouveaux métiers sont en train d’apparaître. Les Chief Product Officers sont désormais incontournables dans l’IA. Avec un discours plus pédagogique que les ingénieurs, ils ont pour mission d’aider les commerciaux à mieux commercialiser les produits. Il y a quelques années, ce métier n’existait pour ainsi dire pas.

Dans ce contexte, l’enjeu pour un État est double. Il ne doit pas être uniquement acheteur de technologies d’IA ; il doit aussi en être pourvoyeur. Pour l’instant, cela semble mal engagé pour l’Europe. L’IA et ses applications concrètes, par exemple dans la robotique, sont dominées par les États-Unis et la Chine.

Par ailleurs, il doit initier le plus rapidement possible sa population à l’IA. Un candidat centriste à la présidentielle a par exemple évoqué l’idée de formations à l’IA destinées à l’ensemble de la population. C’est une fausse bonne idée. D’abord, ces formations seront caduques avant même d’avoir commencé tant l’évolution de l’IA est rapide. Plus important encore, un bon usage de l’IA implique surtout de maîtriser les savoirs fondamentaux : la lecture, l’écriture, l’esprit critique, etc. Malheureusement, c’est loin d’être le cas pour toute la population française.

L’enjeu n’est pas de faire de nous des ingénieurs ou des développeurs, mais des citoyens éclairés, aptes à utiliser à bon escient cette technologie. Soyons réalistes : il reste du chemin à parcourir.

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