Leçon boursière : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier

 

Fin 2024, le journaliste de BFM Business, Guillaume Sommerer, avait demandé à ses invités, d’un air taquin, s’il ne fallait tout simplement pas oublier les actions européennes et tout investir sur les actions américaines. Ce début d’année boursière prouve qu’il ne fallait pas aller trop vite en besogne. Les actions européennes caracolent et font même mieux que les actions américaines.

 

 
L'édito Centaure Investissements par Christopher Dembik

 

Retour au bercail


Trois facteurs principaux expliquent la surperformance européenne :
1. Rotation géographique : en début d’année, l’exceptionnalisme américain faisait l’objet d’un large consensus. Mais c’était sans compter les niveaux de valorisation élevées sur les actions américaines et les inquiétudes concernant l’IA qui ont incité les investisseurs à regarder du côté du continent européen où les actions sont bradées – la décote par rapport aux actions américaines était de 40% en début d’année. Depuis, elle s’est un peu réduite mais reste significative, de l’ordre de 30%.
2. La crainte de taxes douanières massives s’est envolée. Finalement, comme nous l’anticipions fin 2024, l’administration Trump brandit la menace du protectionnisme essentiellement pour obtenir des concessions commerciales. Pour l’instant, c’est efficace.
3. Optimisme lié à la résolution possible du conflit en Ukraine, ce qui serait bénéfique pour la croissance et pour l’inflation sur le Vieux-Continent.
Il est encore trop tôt pour savoir si la surperformance des actions européennes est durable sur la longue durée. Probablement pas. En revanche, on peut espérer renouer avec un rythme de croissance similaire à la période des années 1990 à 2010 pendant laquelle les actions européennes affichaient une performance proche des actions américaines. Après la crise de la dette souveraine européenne, la situation s’est un peu envenimée. Les actions européennes ont fortement décroché et ont affiché une performance qui était plutôt proche de celles des actions émergentes. En cause : une politique d’austérité en Europe qui a eu des effets très négatifs sur l’économie, la capacité des Etats-Unis à « sur-stimuler » leur économie, et la forte corrélation entre l’économie européenne et l’économie chinoise qui, notamment à partir de 2015, a été plutôt une épine dans le pied des entreprises européennes.

 

Et maintenant ?


À court terme, le potentiel de hausse des actions européennes n’est certainement pas épuisé. Avant Covid, et après la crise de l’euro, les actions européennes étaient moins chères de 15% par rapport aux actions américaines. Le différentiel est désormais de 30%. Cela ne signifie pas que nous allons revenir aux niveaux d’avant Covid. C’est peu probable. Mais il n’est pas exclu que les actions européennes progressent encore de 5% à 10%.
 

 

Deux facteurs principaux pourraient soutenir la hausse :

 

 
– L’effet d’un cessez-le-feu en Ukraine. Bien qu’il soit difficile de prévoir le moment et la forme qu’un accord pourrait prendre, nous nous attendons à un cessez-le-feu négocié en 2025. Cela pourrait entraîner plusieurs effets positifs : (1) une baisse des prix du gaz naturel ; (2) une hausse de la confiance des consommateurs et des entreprises en matière d’investissement et (3) une amélioration des conditions financières qui devrait entraîner un meilleur équilibre entre croissance et inflation (par exemple, selon les estimations de Goldman Sachs, cela pourrait se traduire par une hausse de +0,2 à +0,5 point de pourcentage du PIB réel et une baisse de -0,15 à -0,5 point de pourcentage de l’inflation).
– Des bénéfices d’entreprises meilleurs que prévu cette année. L’effet de levier positif d’une économie en reprise sur les bénéfices est souvent sous-estimé, ce qui laisse entrevoir un potentiel de résultats supérieurs aux attentes. Nous observons déjà une forte accélération de la dynamique des bénéfices sur les principaux marchés européens. Évidemment, si c’est confirmé, cela va servir de moteur de hausse aux actions européennes.
 

 

Conclusion

 

 
 
La leçon boursière qu’on peut retenir en ce début d’année, c’est qu’il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. Fin 2024, tout le monde ou presque considérait que les actions européennes étaient le seul levier de rendement. Finalement, c’est plus complexe que cela. L’Europe s’est réveillée. D’où l’intérêt pour un épargnant de diversifier son allocation géographiquement avec a minima une exposition aux actions américaines ET aux actions américaines. Cela suppose aussi d’opter pour une diversification sectorielle. Les valeurs technologiques américaines, comme Nvidia, sont incontournables. Mais on peut trouver aussi de très belles pépites dans le luxe (Ferrari, Hermès), dans l’industrie (Siemens par exemple) ou encore au niveau des valeurs bancaires. Tout est question de dosage.

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