Investissement Socialement Responsable : une obligation ?

 

Qu’on le veuille ou pas, être ISR (pour Investissement Socialement Responsable) est désormais une obligation. Ce fut un long cheminement depuis environ dix ans. C’est une obligation du point de vue commercial. Les distributeurs (mutualistes, conseillers de gestion en patrimoine etc.) n’acceptent plus des fonds qui ne sont pas libellés ‘ISR’.

Avoir une société cotée en portefeuille qui passe au journal télévisé de 20 heures pour des errements de gouvernance (ou pire !), c’est désormais intolérable. Le risque réputationnel est trop important. Le client final exige également que son investissement soit vertueux. Nous n’allons pas entrer ici dans un débat sans fin sur ce qu’on entend par ‘vertueux’.

Mais on peut s’accorder sur le fait que cela implique de cocher un nombre minimal de cases concernant le respect de l’environnement, les droits humains et les droits sociaux. Cela fait consensus. C’est de plus en plus prégnant avec l’arrivée d’une nouvelle génération qui est plus sensible aux questions écologiques et qui est disposée à investir dans des produits potentiellement moins rémunérateurs à condition que cela soit en accord avec ses valeurs. C’est une nouveauté.

 

L’arnaque de la décennie

 

Faites une pause, c’est l’édito de Christopher Dembik !

L'édito de Christopher DEMBIK

L’arnaque de la décennie

 

 

 

Tromperie sur la marchandise

 

C’est là qu’intervient le label ISR. Il est attribué par un tiers indépendant. En langage clair, il certifie la stratégie d’éco-responsabilité adoptée par les entreprises qui composent le fonds de placement. Fin 2022, on recensait plus de 1000 fonds ISR en France. C’est énorme. Toutes les grandes maisons de gestion en ont plusieurs à mettre en avant. Il y a donc une myriade d’opportunités pour les épargnants. Mais est-ce que ces fonds sont aussi verts qu’ils le prétendent ? Réponse : il peut y avoir des mauvaises surprises (c’est même très souvent le cas !).

Les méthodes d’évaluation des produits ISR sont contestables. La sélection des entreprises qui sont intégrées dans les fonds repose essentiellement sur une méthode de filtrage négatif via des critères d’exclusions qui sont si tolérants qu’ils ne garantissent en rien la qualité des candidats.

 

L’arnaque de la décennie

 

C’est un peu comme réduire la bonne conduite d’une personne au seul fait qu’elle dispose d’un casier judiciaire vierge. On est d’accord, ce n’est pas convaincant. En outre, une mauvaise note pour un pilier (par exemple, le pilier environnemental) peut être compensée par une excellente note pour un autre pilier (par exemple, le pilier de la gouvernance).

C’est ainsi qu’on retrouve des entreprises au bilan environnemental contestable dans les fonds ISR (comme Total Energies qui possède incontestablement une très bonne gouvernance). Ah oui, j’oubliais de vous dire que le label n’exclut pas automatiquement les énergies fossiles…

Au total, selon la fintech Epson (qui est un organisme habilité pour guider les épargnants et qui est un des bons élèves du secteur en faveur du développement durable), près de 80 % des fonds labellisés (oui, vous avez bien lu !) comprennent au moins une entreprise liée à des secteurs d’activité non vertueux. Bref, si on grossit un peu le trait, le label ISR, c’est peu ou prou du greenwashing (c’est-à-dire communiquer auprès des clients potentiels sur les vertus écologiques d’un produit alors qu’il ne l’ait pas vraiment).

 

Pas de jusqu’au boutisme

 

Loin de moi l’idée de considérer que les fonds doivent à tout prix avoir une approche irréprochable lorsqu’ils sélectionnent les entreprises. Qu’on le veuille ou pas, il faudra aussi des financements pour les énergies fossiles dans les années à venir (ou alors il faut être prêt à des coupures de courant fréquentes et à une hausse sensible et durable des prix de l’énergie).

Il ne faut pas être vert jusqu’au-boutiste. Ce serait d’ailleurs une erreur stratégique. Si l’Europe ne soutient plus financièrement ses entreprises non ou moins vertueuses (comme celles du secteur de l’énergie, de la défense, de l’industrie lourde etc.), il faut s’attendre à ce que la Chine vienne faire ses emplettes sur le Vieux-Continent. Il est certain qu’elle aura moins d’a priori à financer des entreprises considérées comme polluantes ou non alignées avec les autres piliers de l’ISR. Une belle erreur alors qu’on ne cesse de parler de souveraineté dans le débat public !

 

L’arnaque de la décennie

 

Le vrai problème avec le label ISR, c’est la tromperie sur la marchandise (bref, la protection des épargnants pour reprendre un thème cher à l’Autorité des Marchés Financiers). La plupart des épargnants croient naïvement que lorsqu’ils optent pour un fonds ISR il n’y aura que des entreprises vertueuses. Ce n’est pas le cas. Les fonds, mais aussi les distributeurs, ont tout intérêt à tenir un discours de vérité à cet égard. En matière d’investissement responsable, plus que jamais, soyons vigilants et surtout exigeants.

Le label ISR n’est pas nécessairement mauvais. C’est mieux que rien. Mais il est clairement insuffisant. Alors, pensez bien à vous renseigner et à gratter pour savoir ce qui se cache réellement dans les fonds qui vous sont proposés. Cela prendra un peu plus de temps. Mais vous serez en accord avec vos valeurs (si c’est un point important dans votre stratégie d’allocation).

 

Merci Bruno Le Maire !

 

La bonne nouvelle (il faut bien terminer sur quelque chose de positif), c’est que le label ISR devrait évoluer grâce à l’introduction de règles plus strictes qui devraient normalement limiter les risques de greenwashing. On peut remercier Bercy et surtout l’Inspection générale des finances qui, depuis 2021, sont à la manœuvre pour un renforcement des critères (un rapport alarmant à cet égard avait été publié il y a environ un an et demi).

Le label ISR 2.0 est attendu pour l’été 2023. Plusieurs modifications sont sur la table : les fonds qui candidatent au label devront proposer un plan d’action concret pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (c’est la grande thématique du moment) ; les fonds concernant la trajectoire carbone devront afficher un indice (la méthodologie reste toutefois à discuter) ; le volet environnemental prendra une place plus importante dans les critères de sélection (exclusion des énergies fossiles non conventionnelles et du charbon) et des indicateurs seront mis en place pour mesurer l’impact réel des portefeuilles sur les questions sociales, environnementales et de bonne gouvernance.

 

L’arnaque de la décennie

 

Tout ceci est très positif.

C’est évidemment contraignant pour les fonds. Beaucoup de gérants sont insatisfaits. Mais cela devrait permettre aux épargnants de mieux s’y retrouver et de ne pas être floués. C’est le plus important.

PS : Et si vous souhaitez aller plus loin sur l’ISR, je ne peux que vous inviter à suivre mon compère de ‘C’est votre argent’, Alain Pitous, sur Twitter. C’est le meilleur expert en la matière que je connaisse !

 

 

 

L’arnaque de la décennie

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