Un nouveau partage du monde
Des aires civilisationnelles
Il y a toutefois une différence de taille. Á l’inverse du président Truman qui avait proposé sans succès au Danemark de racheter le Groenland après la Seconde Guerre mondiale, Trump a une vision stratégique globale qui est partagée par une grande partie de son administration et du parti républicain. Il a fait sienne la vision du monde défendue depuis une quinzaine d’années par les Chinois et les Russes. Le monde devrait être partagé en aires civilisationnelles chacune contrôlée par un État impérial. Sans surprise, l’hémisphère occidental devrait revenir aux États-Unis. Quand on adopte cette grille de lecture, cela permet de comprendre les derniers rebonds géopolitiques. Pourquoi les États-Unis ont décidé de capturer le président illégitime vénézuélien ? Pas pour le pétrole. C’est un objectif secondaire. Le pétrole vénézuélien est difficile à extraire et n’est pas rentable avec un baril autour de 60 dollars. Il suffit d’aller un peu au sud, au Guyana, pour avoir accès à du pétrole offshore bon marché. L’objectif premier était d’éjecter les Russes et les Chinois qui étaient très présents au Venezuela, au niveau de l’appareil sécuritaire et des infrastructures pétrolières. Les États-Unis devaient purger leur pré-carré de toute influence d’une autre puissance. C’est désormais chose faite.
L’histoire se répète
Cette vision du monde peut surprendre. En réalité, elle fait écho à notre passé. Prenons les Portugais et les Espagnols. En 1494, ils se sont partagés le monde sous la bénédiction du pape de l’époque, Alexandre VI. Nous ne sommes pas face à un partage formel, comme à l’époque. Mais on voit progressivement des zones d’influence se constituer. Pourquoi les Américains sont réticents à apporter leur aide à l’Ukraine ? Le pays n’est pas stratégique pour les États-Unis. Surtout, il se situe plutôt dans l’aire civilisationnelle slave/russe. Certes, toutes les lignes sont loin d’être tracées. Quid du Proche-Orient ? Quid également de Taïwan avec lequel les États-Unis ont un accord de défense signé en 1973 et qui semble embarrasser Trump.
Pour s’imposer, les Américains profitent de la faiblesse des autres puissances.
Les Russes sont embourbés en Ukraine et ne sont pas en mesure d’être confrontés à un autre front. Quant à la Chine, son économie est toujours comateuse. Les derniers chiffres sont sans appel. En dépit des discours officiels et des vœux pieux, les exportations continuent d’être le principal moteur de croissance chinoises et cela risque de s’accentuer cette année. Les statistiques sur les prêts publiées la semaine dernière sont horribles ; les pires jamais enregistrées. Les Chinois ne font littéralement pas de demande de prêt, et c’est encore plus inquiétant si on se concentre sur les prêts au secteur privé. Cela nous donne une indication de la faiblesse de la demande intérieure. En cause, toujours les mêmes problèmes bien connus liés à la crise immobilière et à l’essor du chômage. Cette situation risque d’entraîner des conséquences géopolitiques. La Chine étant très dépendante du commerce international, même s’il s’est renforcé ces dernières années avec les autres pays asiatiques, elle n’a pas intérêt à court terme à envenimer la guerre commerciale avec les États-Unis. Ils ont donc temporairement les coudées franches.
Quel impact pour son épargne ?
Cela implique de naviguer dans un environnement de marché beaucoup plus abrupt, avec des pics de volatilité soudains liés à la géopolitique et à des fausses rumeurs qui souvent n’arrangent rien. Par exemple, dans le cadre du conflit opposant les Américains et les Européens sur le Groenland, des rumeurs de marché infondées évoquent la possibilité que les Européens vendent massivement leurs bons du Trésor américain. Peu probable. Ce serait perdant-perdant.
Comment réagir ? Faire le dos rond est la bonne solution. En général, ces pics de volatilité n’ont pas d’impact majeur à long terme sur la performance des bourses. Si le marché réagit mal et expérimente une phase de correction, c’est peut-être le bon moment pour acheter des actions bradées (par exemple les actions technologiques américaines qui sont souvent chères par rapport aux actions européennes).
Dernière possibilité, intégrer des valeurs défensives en portefeuille pour se prémunir contre le risque. Nous aimons bien l’or qui reste toujours sur une phase ascendante et a profité des derniers remous géopolitiques et du debasement trade (les investisseurs institutionnels réduisent leur exposition aux actifs en dollar, juste au cas où, et achètent de l’or). Nous pensons que l’once d’or devrait continuer de grimper cette année, à la fois stimulée par des achats des banques centrales des pays émergents et par les achats des acteurs institutionnels. Se porter acquéreur d’un lingot n’est certainement pas l’idée la plus judicieuse. En revanche, on peut tout à fait investir dans un fond or ou dans des fonds métaux qui sont un peu plus diversifiés et intègrent l’or, l’argent, parfois le cuivre etc.
