Préparez-vous à la fin du monde. Elle aura lieu le 5 novembre prochain si Donald Trump est élu président des États-Unis. C’est le message, à peine caricaturé, de nombreux analystes. Dans un rapport récent, Commerzbank met ainsi en garde contre une remise en cause de l’indépendance de plusieurs institutions américaines, dont la Réserve Fédérale, en cas de victoire du républicain, ce qui serait négatif pour les actifs libellés en dollar (actions et obligations en tête). Point important : pour l’instant, le candidat n’a jamais évoqué cette possibilité. On a donc un peu l’impression que le marché a envie de se faire peur.

 

L'édito Centaure Investissements par Christopher Dembik

La fin du monde

 

Un programme économique…original

Reprenons les grandes lignes de son programme pour y voir plus clair. Il y a d’un côté les mesures difficiles voire impossibles à mettre en œuvre. Par exemple, il ambitionne de créer dix « villes de la liberté » de la taille de Washington (177.0 km², soit plus d’une fois et demie la superficie de Paris) où « on ira au bureau en voiture volante ». C’est le volet concernant la mobilité. Il est également confiant qu’il peut mettre un terme à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, qui s’éternise, en « 24 heures ». C’est optimiste.

De l’autre, il y a les mesures plus susceptibles d’être mises en œuvre, en particulier le volet du protectionnisme économique. Il souhaite un droit de douane universel de 10% sur tous les produits importés aux États-Unis et l’élimination sur une période de quatre ans des importations chinoises de produits électroniques, d’acier et de produits pharmaceutiques. Tout cela peut aboutir à une intensification de la guerre commerciale. On peut aisément imaginer que les pays soumis à un droit de douane universel de 10% décident des mesures de rétorsion. Si c’est le cas, Trump a menacé de surenchérir et d’augmenter encore davantage les tarifs douaniers…Bref, cela peut être sans fin.

 

Les droits de douane peuvent aussi inciter à des relocalisations ricardiennes

 

Ce que l’histoire nous a enseigné, c’est que les droits de douane élevés sont négatifs pour la croissance car ils réduisent les échanges, aboutissent à un regain d’inflation et nuisent à la consommation. Mais c’est évidemment plus complexe. Les droits de douane peuvent aussi inciter à des relocalisations ricardiennes (se basant sur un avantage comparatif) dans les pays où les biens produits sont vendus. Cela peut se faire à coup de subventions. C’est un peu ce que font les États-Unis avec le secteur des semi-conducteurs. Afin de réduire la dépendance de la filière à la Chine et à une éventuelle intensification de la guerre commerciale, Washington a subventionné les relocalisations d’usines sur le territoire américain en mettant sur la table des milliards de dollars. C’est efficace. Comme on le voit, le protectionnisme économique a des effets divers. Ce n’est pas systématiquement négatif.

 

La fin du monde

 

L’erreur de Trump

 

Là où Trump a tort, c’est qu’il justifie la mise en place de tarifs douaniers du fait du déficit commercial qui est perçu comme un signe de vulnérabilité économique. Dans une conception neutre, le déficit commercial représente la différence entre le montant des exportations et le montant des importations. En soi, il n’y a pas de niveau de déficit commercial idéal, bon ou mauvais. Tout va dépendre de la réalité économique à laquelle il renvoie. Il faut déjà comprendre que le solde commercial est influencé par de nombreux facteurs conjoncturels, par exemple la force du dollar américain ou encore les ventes d’avions civils – Boeing étant un gros contributeur du commerce extérieur américain.

Trop souvent, on a tendance à croire que les importations sont, par nature, nuisibles. C’est faux. Grâce au recours aux importations, les ménages gagnent en pouvoir d’achat et les entreprises augmentent leur rentabilité en achetant à l’étranger des produits moins chers que les produits domestiques ; les ménages peuvent d’ailleurs utiliser leur supplément de pouvoir d’achat pour acheter des produits domestiques, tandis que les entreprises peuvent utiliser leur supplément de rentabilité pour davantage investir.

 

Il y a une seconde façon de voir le solde commercial

 

Il y a une seconde façon de voir le solde commercial qui représente la différence entre l’investissement et l’épargne. Si une économie connaît un déficit commercial, c’est parce qu’elle investit davantage qu’elle épargne. Autrement dit, elle finance son excès d’investissement en utilisant une partie de l’épargne étrangère : bref, elle emprunte vis-à-vis du reste du monde. De ce point de vue, tout va dépendre à quoi vont être utilisées les entrées de capitaux. Dans le cas des États-Unis, cela sert évidemment la consommation mais également des investissements productifs que l’économie n’aurait certainement pas pu financer avec sa seule épargne.

A moins de changer complètement la structure de l’économie américaine et d’avoir des niveaux d’épargne plus élevés, la fixation de Donald Trump sur le déficit commercial est par conséquent une grossière erreur d’interprétation de la réalité économique.

 

La fin du monde

 

L’effet Trump en bourse

 

Paradoxalement, le premier mandat de Trump a été plutôt positif pour la bourse. Pourquoi ? Car la politique a certainement un impact moindre que par le passé sur l’évolution des actions. Les résultats d’entreprises, qui peuvent être excellents même en période de frictions commerciales, la politique monétaire et une politique budgétaire expansionniste sont des facteurs bien plus importants sur l’évolution des bourses que le cirque politique.

Beaucoup de gérants sont négatifs cette année sur le dollar américain et prudents sur les actions américaines (préférant souvent les actions européennes) notamment à cause de la perspective de l’élection présidentielle du 5 novembre. Cela nous paraît exagéré. Le dollar américain, même s’il a un peu baissé en novembre/décembre 2023, remonte du fait des remous en mer Rouge. Il reste très nettement survalorisé et nous pensons que cet état de fait va perdurer car, peu importe ce que nous réserve l’année 2024 sur les fronts économiques et politiques, on voit bien que les flux de capitaux continuent de se recycler d’abord aux États-Unis.

En tout cas, ils ne vont pas en Europe. Enfin, on voit mal comment on peut être à l’écart des grandes valeurs technologiques américaines (les 7 Magnifiques) si on souhaite avoir du rendement. Elles sont présentes dans quasiment tous les grands fonds. Lorsqu’elles baissent, c’est uniquement du fait de prises de bénéfices, comme au début du mois de janvier. Cela permet d’acheter à bas coût (tout est relatif) des actions de Tesla ou de Meta. Nous restons convaincus que la perspective d’une victoire de Trump ne changera pas les fondamentaux du marché et que les changements se feront à la marge (une victoire de Trump sera plus bénéfique aux entreprises pétrolières qu’au secteur du renouvelable, par exemple). Pas de panique.

L’année 2024 devrait être bonne en bourse.

 

 

La fin du monde

 

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