Un choc géopolitique majeur ne provoque pas toujours une débâcle boursière. C’est même l’un des enseignements les plus marquants du conflit en Iran observé par Goldman Sachs. Depuis le début des hostilités, les marchés actions ont bien reculé et les taux obligataires ont remonté, mais les portefeuilles diversifiés de type 60/40 ont jusqu’ici mieux résisté que lors d’autres épisodes de tension récents. Pour les investisseurs, cette séquence rappelle une vérité simple : un portefeuille équilibré ne doit pas seulement viser la performance, il doit aussi encaisser les surprises.
La première surprise vient justement de la résilience des actifs risqués. En théorie, un conflit au Moyen-Orient, combiné à une hausse du pétrole, aurait dû peser bien davantage sur les actions mondiales. Or le mouvement reste contenu. Goldman Sachs souligne que les pertes subies par les portefeuilles mondiaux équilibrés demeurent limitées par rapport aux grands décrochages historiques, notamment ceux observés en 2022. Cette modération s’explique en partie par un point de départ macroéconomique plus solide. Avant le choc géopolitique, les anticipations de croissance restaient robustes, ce qui a offert un coussin aux marchés.
Autrement dit, les investisseurs ne sont pas passés d’un scénario d’optimisme à un scénario de récession. Ils sont simplement devenus moins confiants. La nuance est essentielle. Quand la croissance tient, même imparfaitement, les actions peuvent absorber une partie du choc. En revanche, lorsque la hausse des taux finit par freiner l’activité, la correction boursière s’amplifie. C’est aujourd’hui le principal risque surveillé : non pas seulement le choc pétrolier ou inflationniste, mais sa transformation progressive en choc de croissance.
Le vrai signal d’alerte est venu du marché obligataire. Les rendements à court terme ont fortement remonté. En clair, les investisseurs ont immédiatement intégré un supplément d’inflation et des conditions monétaires potentiellement moins favorables. Pourtant, là encore, la configuration diffère de celle de 2022. À l’époque, l’inflation était déjà très élevée lorsque le choc énergétique lié à l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’est ajouté au reste. Aujourd’hui, le niveau de départ de l’inflation est plus proche des objectifs des banques centrales. De plus, les rendements réels de long terme partaient déjà d’un niveau sensiblement plus haut. Cela limite, au moins pour l’instant, l’ampleur du stress sur les obligations longues.
Pour un épargnant, cette différence change beaucoup de choses. Dans un environnement où les taux étaient anormalement bas, une poussée d’inflation détruisait presque simultanément la valeur des obligations et celle des actions de croissance. Désormais, les obligations offrent de nouveau un rendement initial plus respectable. Elles redeviennent donc partiellement utiles dans une logique d’amortisseur, même si leur capacité de protection n’est plus aussi automatique qu’autrefois. Le vieux portefeuille 60/40 n’est pas mort, mais il ne suffit plus à lui seul à couvrir tous les risques d’un monde plus fragmenté, plus inflationniste et plus instable sur le plan géopolitique.
C’est précisément le cœur du message de Goldman Sachs. Après quinze années durant lesquelles l’innovation, la technologie américaine et la croissance ont tiré une large part de la performance mondiale, les portefeuilles sont devenus trop exposés au même moteur. Beaucoup d’investisseurs possèdent déjà, parfois sans le savoir, une surpondération de l’innovation. En revanche, ils manquent souvent d’actifs capables de protéger contre une inflation durable, une tension sur les matières premières ou un regain d’aversion au risque. Ce déséquilibre devient plus visible lorsque survient un choc comme celui de l’Iran.
Cela ne signifie pas qu’il faut fuir les valeurs liées à la technologie ou à l’intelligence artificielle. Ce serait même une erreur. Le camp de l’innovation reste un pilier des portefeuilles de long terme. En revanche, la sélection devient plus exigeante. L’IA crée davantage d’écarts entre gagnants et perdants. Certaines entreprises disposent d’un vrai avantage compétitif, d’un pouvoir de fixation des prix et d’une capacité d’investissement considérable. D’autres risquent au contraire de voir leur position fragilisée par la vitesse des ruptures technologiques. Dans cette phase, acheter tout un secteur de manière indistincte est moins pertinent qu’au cours de la décennie passée.
Face à ce constat, l’idée n’est donc pas d’abandonner le modèle 60/40, mais de lui ajouter des jambes supplémentaires. Goldman Sachs défend une architecture en trois blocs. Le premier regroupe les actifs exposés à l’innovation. Le deuxième réunit les actifs capables de résister à l’inflation. Le troisième vise la réduction du risque global en cas de coup de froid sur les marchés. Cette logique de tiers-tiers-tiers constitue moins une recette mécanique qu’une grille de lecture utile pour repenser la diversification.
Dans la poche “protection contre l’inflation”, plusieurs familles d’actifs retrouvent un intérêt. Les obligations indexées sur l’inflation, d’abord, peuvent redevenir attractives, surtout sur certaines maturités où les rendements réels ont progressé alors que les anticipations d’inflation n’ont pas totalement intégré un scénario plus tendu. Ensuite, les actifs réels gardent une place stratégique. Les infrastructures, par exemple, présentent un double avantage : elles peuvent bénéficier d’une croissance réelle des flux de trésorerie sur la durée, et leur profil résiste généralement mieux à un régime de prix plus volatils. Ce n’est pas anodin à l’heure où les investisseurs cherchent des revenus tangibles plutôt qu’une simple promesse de croissance lointaine.
L’or réapparaît lui aussi dans la conversation. Le métal jaune a parfois déçu à court terme lorsque les taux réels montent vite. Mais sa fonction de diversification n’a pas disparu. Il reste un actif sensible au risque monétaire, au doute sur les devises et aux tensions géopolitiques. Dans une allocation patrimoniale, l’or n’a pas vocation à devenir central. En revanche, il peut jouer un rôle d’assurance partielle, notamment quand l’investisseur veut réduire sa dépendance simultanée aux actions, aux obligations nominales et au dollar.
Le troisième pilier, celui de l’atténuation du risque, mérite lui aussi d’être revalorisé. Longtemps, les obligations souveraines de qualité ont occupé à elles seules ce rôle. Désormais, la protection doit être plus diversifiée. Les styles défensifs en actions, comme les valeurs de qualité ou à faible volatilité, peuvent contribuer à stabiliser un portefeuille. Certaines devises refuges et certaines stratégies alternatives peuvent également compléter l’ensemble. Là encore, le message n’est pas de complexifier artificiellement une allocation. Il consiste plutôt à éviter qu’un patrimoine ne repose sur un seul scénario implicite : croissance stable, inflation docile et baisse naturelle des taux.
Pour les investisseurs français, cette réflexion résonne particulièrement. Beaucoup de patrimoines restent concentrés entre immobilier, fonds en euros, unités de compte actions et quelques poches obligataires. Cette structure a longtemps fonctionné dans un monde dominé par la désinflation et la mondialisation. Le nouvel environnement appelle davantage de finesse. La guerre en Iran n’est pas seulement un événement géopolitique de plus. Elle agit comme un révélateur des fragilités d’allocations trop homogènes, trop dépendantes des mêmes classes d’actifs et pas assez préparées à une inflation récurrente.
Faut-il alors bouleverser son portefeuille dans l’urgence ? Probablement pas. Les marchés sanctionnent souvent les réactions trop rapides. Goldman Sachs n’anticipe d’ailleurs pas, dans son scénario central, une récession brutale ni une inflation totalement hors de contrôle. La maison estime au contraire que les marchés pourraient finir par se reprendre après une phase de volatilité prolongée, à condition que la croissance mondiale reste convenable et que l’assouplissement monétaire se poursuive. Ce scénario plaide pour le sang-froid. Il invite à ajuster méthodiquement les allocations plutôt qu’à céder à la panique.
La bonne question n’est donc pas “faut-il vendre ?”, mais “mon portefeuille est-il robuste ?”. Un portefeuille robuste ne se contente pas d’espérer un retour au calme. Il prévoit qu’un choc pétrolier peut durer, qu’une poussée d’inflation peut ressurgir, qu’une obligation peut ne plus protéger autant qu’avant, et que l’IA peut redistribuer plus vite que prévu la hiérarchie sectorielle. Cette robustesse suppose de diversifier non seulement les lignes, mais aussi les logiques économiques sous-jacentes. C’est un changement profond de culture patrimoniale.
En pratique, la période actuelle rappelle que la diversification ne se résume plus à opposer actions et obligations. Il faut désormais répartir le risque entre moteurs de croissance, actifs réels et poches défensives. Ceux qui conservent une exposition disciplinée à l’innovation, tout en renforçant des actifs liés à l’inflation et des outils de protection, abordent mieux les secousses géopolitiques. Le conflit iranien ne signe pas la fin de l’investissement de long terme. En revanche, il confirme que les grands équilibres patrimoniaux des quinze dernières années doivent être repensés avec plus de réalisme.
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