La guerre en Iran n’est plus seulement un choc géopolitique. Elle devient un test économique pour Donald Trump, les ménages américains et les marchés. Tant que la trêve ne débouche pas sur un accord solide, le pétrole, les taux longs et les anticipations d’inflation restent sous pression. Le risque majeur n’est pas une flambée ponctuelle des prix. Il réside dans sa transformation en inflation durable.
Une trêve qui ne règle rien
Le temps presse à Washington. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le 28 février 2026, les États-Unis évoluent dans une zone grise. Après plus de cinq semaines de combats, un cessez-le-feu a été conclu les 7 et 8 avril. Cependant, cette accalmie ressemble davantage à une suspension qu’à une sortie de crise. Britannica rappelle que cet accord est intervenu après une séquence militaire intense impliquant les États-Unis, l’Iran et Israël, avec de lourdes perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Or, une trêve sans règlement politique finit toujours par coûter cher. Elle entretient l’incertitude. Elle retarde les décisions d’investissement. Surtout, elle nourrit la nervosité des marchés. À mesure que les jours passent, Donald Trump se retrouve face à une équation de plus en plus étroite. Il peut durcir le ton, mais il devra alors assumer le risque d’une nouvelle escalade. Il peut chercher un compromis, mais il s’expose à l’accusation d’avoir accepté un accord faible. Enfin, il peut prolonger l’attente. C’est sans doute l’option la plus coûteuse.
Pourquoi Trump est sous pression
Donald Trump connaît le poids politique de Wall Street. Il sait qu’un marché boursier au plus haut rassure une partie de l’électorat américain. Il sait aussi qu’une baisse brutale des indices, à quelques mois d’une élection de novembre, peut devenir un signal politique désastreux.
Jusqu’ici, les marchés actions ont résisté avec une vigueur étonnante. Le Guardian soulignait encore mi-mai que Wall Street restait soutenue malgré la guerre, l’inflation et les droits de douane, grâce notamment à la confiance dans les bénéfices des entreprises et dans la thématique de l’intelligence artificielle. Mais cette résistance a ses limites. Lorsque les taux longs remontent trop vite, la valorisation des actions devient plus fragile. Les investisseurs peuvent alors arbitrer vers les obligations, surtout si le rendement devient plus attractif.
Reuters signalait le 17 mai que la hausse des rendements obligataires américains commençait à inquiéter les investisseurs en actions, avec un 10 ans au-dessus de 4,5 % et un 30 ans au-dessus de 5 %. Cette tension rend les marchés plus vulnérables, car elle augmente le coût du capital et réduit la valeur actualisée des profits futurs.
Le pétrole, cœur du problème
Le canal de transmission le plus direct reste l’énergie. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des points les plus sensibles de l’économie mondiale. Avant les opérations militaires, près de 20 % de l’offre mondiale de pétrole transitait par cette zone, selon l’Energy Information Administration américaine. L’EIA indique aussi que le Brent a atteint en moyenne 117 dollars en avril, soit 46 dollars de plus qu’en février.
Cette hausse change tout. Un baril cher se diffuse rapidement dans les prix du carburant, du transport, de l’agroalimentaire et de nombreux biens importés. Au début, il s’agit d’un choc de prix. Ensuite, si la situation dure, les entreprises révisent leurs tarifs, les salariés demandent des compensations et les anticipations d’inflation se détériorent. C’est là que le danger commence.
L’Agence internationale de l’énergie a décrit en mars une rupture d’approvisionnement majeure, avec des flux de brut et de produits pétroliers via Ormuz tombés d’environ 20 millions de barils par jour à un niveau très réduit. Pour les marchés, cette donnée est capitale. Elle signifie que la crise ne concerne pas seulement l’Iran. Elle touche l’architecture énergétique mondiale.
Inflation : le vrai compte à rebours
L’inflation ne naît pas toujours d’un seul choc. Mais elle s’installe quand ce choc se prolonge. Si la guerre se termine rapidement, la flambée des prix pourra rester temporaire. Les banques centrales accepteront alors probablement de regarder au-delà de la hausse du pétrole. Jerome Powell avait d’ailleurs expliqué fin mars que la Réserve fédérale pouvait attendre de mesurer les effets du conflit sur l’économie et les prix.
En revanche, une guerre prolongée modifierait le scénario. Les anticipations des ménages américains montrent déjà des signes de tension. L’Université du Michigan a indiqué que les anticipations d’inflation à un an s’élevaient à 4,5 % en mai, contre 3,4 % en février, avant le début de la guerre. Les anticipations de long terme restaient aussi élevées, à 3,4 %.
Ce point est essentiel pour les investisseurs. Les marchés peuvent absorber une hausse temporaire de l’essence. Ils digèrent beaucoup moins bien un changement durable du régime d’inflation. Car, dans ce cas, la Fed perd en flexibilité. Elle peut difficilement baisser ses taux si les ménages anticipent une hausse persistante des prix.
Taux d’intérêt : le piège se referme
La pression sur les taux constitue désormais le second front de la crise. Les obligations américaines réagissent aux craintes d’inflation, mais aussi aux déficits budgétaires et aux besoins de financement de l’État fédéral. Plus le pétrole monte, plus les investisseurs exigent une prime de risque. Plus cette prime augmente, plus les conditions financières se durcissent.
Le Financial Times rapportait le 18 mai une intensification de la vente sur les marchés obligataires mondiaux, alimentée par la crainte que le conflit au Moyen-Orient n’installe une inflation élevée. Le rendement du Treasury américain à 30 ans aurait atteint 5,16 %, son plus haut niveau depuis 2023.
Pour Donald Trump, le problème est politique autant qu’économique. Des taux longs élevés pèsent sur le crédit immobilier, sur les prêts aux entreprises et sur les achats de biens durables. Ils rappellent aux électeurs que la prospérité boursière ne suffit pas si le coût de la vie augmente et si l’accès au logement se ferme.
L’Iran peut-il tenir ?
L’autre compte à rebours concerne Téhéran. Certains observateurs européens présentent parfois l’Iran comme un acteur ayant réussi à tenir tête à Washington. Cette lecture paraît incomplète. Les infrastructures du pays ont été partiellement détruites. L’économie subit l’effet de la guerre, du blocus américain et de la désorganisation de ses revenus extérieurs. La population paie le prix le plus lourd.
Cependant, la pression sociale ne produit pas automatiquement une inflexion politique. Le régime iranien a déjà montré une très forte capacité de coercition. Sur ce point, les chiffres disponibles restent glaçants. Amnesty International a fait état d’une hausse spectaculaire des exécutions en Iran en 2025, avec plus de 2 150 personnes mises à mort selon les informations rapportées par Barron’s. D’autres organisations spécialisées, comme Iran Human Rights et ECPM, ont recensé au moins 1 639 exécutions, soit un record depuis 1989.
Cette divergence entre sources montre la difficulté de mesurer précisément la répression. Mais elle confirme une réalité : les dirigeants iraniens peuvent supporter une souffrance économique considérable sans céder rapidement. C’est précisément ce qui rend le conflit dangereux. Une population épuisée ne garantit pas une issue diplomatique.
Les marchés veulent une conclusion
Les investisseurs n’exigent pas forcément une paix parfaite. Ils demandent de la visibilité. Tant que la situation reste suspendue, les prix du pétrole incorporent une prime de risque. Les obligations traduisent une crainte d’inflation. Les actions, elles, hésitent entre les profits encore solides des entreprises et la menace d’un durcissement financier.
Reuters signalait le 18 mai que les marchés mondiaux reculaient pendant que le pétrole progressait, dans un contexte d’attaques de drones dans le Golfe et de tensions persistantes autour d’Ormuz. L’agence évoquait aussi le risque d’un Brent beaucoup plus élevé si la fermeture se prolongeait.
Le problème est donc simple. Plus le conflit dure, plus les marchés cessent de raisonner en choc temporaire. Ils commencent alors à intégrer un nouveau régime : pétrole durablement cher, inflation plus persistante, taux plus hauts et croissance plus faible. Ce cocktail ne correspond pas au scénario idéal pour une année électorale américaine.
Quel impact pour les épargnants ?
Pour les épargnants européens, cette crise rappelle une règle classique : la géopolitique ne reste jamais longtemps confinée aux cartes militaires. Elle finit par toucher les portefeuilles, les taux des crédits, les rendements obligataires, les devises et les actifs réels.
Dans un tel environnement, la prudence consiste à éviter les paris trop binaires. Les marchés peuvent rebondir fortement en cas d’accord. Mais ils peuvent aussi corriger brutalement si le pétrole s’installe au-dessus de niveaux jugés incompatibles avec une désinflation rapide. Les portefeuilles les plus robustes restent généralement ceux qui combinent liquidités, obligations de qualité, actions internationales diversifiées et actifs capables de résister à une inflation modérée.
Il ne s’agit pas de céder à la panique. Il faut plutôt reconnaître que le cycle a changé. Depuis plusieurs années, les marchés ont pris l’habitude d’être secourus par les banques centrales. Or, lorsque l’inflation revient par l’énergie, la Fed dispose d’une marge de manœuvre plus réduite. Elle doit arbitrer entre stabilité financière et stabilité des prix.
Ce que Trump doit trancher
Donald Trump fait face à trois urgences. La première est militaire : transformer la trêve en sortie de crise crédible. La deuxième est économique : empêcher la hausse du pétrole de contaminer durablement les prix. La troisième est politique : préserver la confiance des ménages et des marchés avant novembre.
Le statu quo devient donc difficile à tenir. Menacer sans agir finit par affaiblir la parole présidentielle. Agir trop fort peut déclencher une nouvelle flambée énergétique. Accepter un mauvais accord peut coûter cher politiquement. C’est cette impasse qui explique la nervosité actuelle.
La fenêtre de tir se referme. Si une issue intervient rapidement, les marchés pourront considérer que le choc était violent mais transitoire. Si la crise s’enlise, l’économie américaine risque d’entrer dans une phase bien plus délicate : celle où la guerre extérieure devient un problème intérieur.
FAQ
Pourquoi la guerre en Iran pèse-t-elle sur les marchés ?
Elle menace l’approvisionnement mondial en pétrole, notamment via le détroit d’Ormuz. Les investisseurs redoutent une énergie durablement chère, une inflation plus élevée et des taux d’intérêt plus hauts.
La hausse du pétrole suffit-elle à créer de l’inflation ?
Non. Une hausse ponctuelle crée d’abord un choc de prix. Elle devient inflationniste si elle dure assez longtemps pour modifier les salaires, les tarifs des entreprises et les anticipations des ménages.
Pourquoi les taux longs montent-ils ?
Les investisseurs exigent une rémunération plus élevée face au risque d’inflation, aux déficits publics et à l’incertitude géopolitique. Cette hausse renchérit le crédit et fragilise les valorisations boursières.
Pourquoi Donald Trump est-il particulièrement exposé ?
Il associe fortement son bilan économique à la performance de Wall Street. Une correction des marchés, combinée à une hausse des prix à la pompe et du crédit, pourrait peser sur son image avant les élections de novembre.
Que doivent surveiller les épargnants ?
Le prix du Brent, les rendements des Treasuries américains, les anticipations d’inflation des ménages et les signaux de la Fed. Ces indicateurs diront si le choc reste temporaire ou s’il devient structurel.
Communication non contractuelle
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. En conséquence, l’objectif de performance n’est pas garanti. L’assureur s’engage sur le nombre d’unités de compte et non sur leur valeur qu’il ne garantit pas. Elles s’entendent hors fiscalité et frais de gestion annuels des contrats de capitalisation concernés.
En investissant sur des supports en unités de compte vous profitez du potentiel de performances des marchés financiers, mais vous prenez un risque de perte en capital. En effet, l’assureur s’engage sur le nombre d’unités de compte, mais ne garantit pas leur valeur. Celle-ci est soumise à des fluctuations, à la hausse comme à la baisse, en fonction de l’évolution des marchés financiers.
Notez qu’un entretien auprès d’un conseiller est indispensable afin de vérifier que les solutions présentées sont en cohérence avec votre situation. Sachez que la souscription à cette solution prendra en compte les objectifs et le profil d’investisseur de l’épargnant. L’investissement portant sur des supports en unités de compte présente un risque de perte en capital.
