Le débat autour du Plan d’épargne retraite s’est accéléré cet hiver avec l’examen du budget 2026. Le Parlement a adopté le texte. Il reste toutefois un verrou institutionnel : la décision du Conseil constitutionnel, préalable à la promulgation. Dans ce contexte, les épargnants comme les conseillers patrimoniaux veulent des repères clairs. Voici une lecture pédagogique des deux mesures phares retenues par la loi de finances, sans perdre de vue leur finalité et leurs implications pratiques.
La retraite par capitalisation complémentaire joue un rôle croissant dans l’équilibre financier des ménages. Le PER confirme cette place. Il sert à lisser l’effort d’épargne sur la carrière et à aligner l’avantage fiscal sur la durée d’activité. Le législateur assume cet objectif. C’est dans ce cadre qu’il entend fermer certaines portes jugées trop éloignées de l’esprit initial et, simultanément, offrir plus de souplesse à ceux qui alternent hauts et bas de revenus.
D’abord, un rappel utile. L’analyse qui suit se fonde sur un texte adopté mais non encore promulgué à la date de rédaction. La prudence s’impose donc. Les décisions de l’arbitre constitutionnel peuvent encore affiner, censurer ou valider les dispositions. En attendant, ces lignes visent à aider chacun à anticiper, sans précipitation ni renoncement hâtif.
Fin de la déduction après 70 ans : recentrage assumé
La mesure la plus commentée tient en une phrase simple : la déductibilité à l’entrée des versements sur un PER serait supprimée après 70 ans. Le signal politique paraît clair. Le législateur veut concentrer l’avantage fiscal sur la période où l’épargne retraite remplit sa mission première : préparer des revenus de remplacement. Passé 70 ans, les versements relevaient parfois d’une stratégie surtout successorale. L’outil devenait un véhicule de transmission plus qu’un instrument d’accumulation long terme. Le recentrage rappelle la vocation du produit.
Faut-il y voir une sanction pour les épargnants tardifs ? Non. La suppression de la déductibilité ne signifie pas l’inefficacité du PER après cet âge. Elle modifie simplement le moteur de la performance nette. Puisqu’il n’y a plus d’économie d’impôt à l’entrée, la mécanique à la sortie évolue logiquement. La fraction correspondant aux versements effectués après 70 ans ne serait pas imposée lors d’une sortie en capital. C’est cohérent. Le fisc ne peut taxer deux fois ce qui n’a jamais donné lieu à déduction. L’épargnant retrouve ainsi une neutralité : pas de “bonus” fiscal immédiat, mais un capital plus lisible à la sortie, hors gains.
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Cette évolution appelle une discipline accrue dans le choix du mode de sortie.
Le capital apporte de la visibilité et s’aligne avec la non-imposition de la part correspondant aux versements. La rente, elle, demeure un outil d’assurance de longévité. Elle transforme un stock en revenu viager, avec une imposition suivant le régime des rentes à titre onéreux. Le bon arbitrage dépend de l’équilibre entre patrimoine global, besoins de trésorerie et horizon de vie. Dans un contexte d’allongement significatif de la longévité — que l’IA devrait permettre à court terme — cet enjeu prend davantage de relief. Ce facteur n’étant pas du tout pris en compte par les élites à ce stade, un suivi régulier, au moins annuel, limite les biais de calendrier.
Concrètement, les ménages concernés peuvent procéder en deux temps. Ils évaluent d’abord l’intérêt économique d’un versement tardif, sans se focaliser sur la déduction. Ils comparent ensuite le PER à d’autres enveloppes. Une assurance vie, par exemple, garde des atouts après 70 ans, notamment sur le plan successoral avec l’abattement dédié. Tout dépend du projet et de la composition du patrimoine. Dans bien des cas, le PER reste pertinent si l’objectif porte sur le revenu futur et la maîtrise des frais, plus que sur la transmission pure.
Plafonds reportables sur 5 ans : une soupape bienvenue
Deuxième pivot de la réforme : l’allongement du report des plafonds d’épargne retraite non utilisés. On passerait de trois à cinq ans. Ce changement paraît technique. Il ne l’est pas. Il améliore la capacité d’ajustement pour les carrières heurtées, les professions libérales et les dirigeants de petites entreprises soumis à une rémunération variable. En pratique, l’épargnant pourrait capitaliser des droits plus longtemps et mobiliser, lors d’une bonne année, un volume de déduction significatif.
Pourquoi cette souplesse compte-t-elle autant ? Parce qu’un contribuable n’optimise pas sa retraite avec un revenu parfaitement lisse. Les cycles économiques, les changements de statut, les périodes de sous-activité décalent l’effort d’épargne. Un report sur cinq ans permet de faire “rattrapage” sans perdre de droits. Cela fluidifie aussi la coordination entre PER individuel et dispositifs d’entreprise. Un salarié qui perçoit une prime exceptionnelle, un indépendant qui réalise une année très bénéficiaire, ou un cédant d’entreprise qui s’octroie une rémunération de fin de carrière peuvent ainsi concentrer leur effort légalement et sans bricolage.
La mise en œuvre exigera cependant de la méthode. On ne se contente pas d’empiler des versements au dernier trimestre. On bâtit un plan pluriannuel, avec une cartographie précise des plafonds disponibles année par année. On anticipe les variations de revenus et les événements de vie susceptibles de modifier la trajectoire, comme un départ en retraite, une cession d’actifs ou l’entrée en jouissance d’une rente. On surveille enfin les interactions avec l’imposition à la sortie, selon que les versements ont été déduits ou non.
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Stratégie 2026 : trois gestes clés pour ne pas se tromper
Le premier geste consiste à clarifier l’objectif principal. Quand la préparation de la retraite domine, le PER garde le leadership. L’allongement du report des plafonds lui confère un surplus d’agilité. À l’inverse, si la transmission prime nettement après 70 ans, d’autres enveloppes reprennent l’avantage. L’architecture patrimoniale n’est jamais monolithique. Elle juxtapose des outils complémentaires.
Le deuxième geste tient dans la calibration du versement exceptionnel. Il faut aligner le montant avec la tranche marginale d’imposition et le stock de plafonds reportables. Une simulation chiffrée révèle vite le point d’équilibre. Trop verser n’apporte pas plus d’avantage. Pas assez ne valorise pas pleinement les droits cumulés. La nouvelle fenêtre de cinq ans facilite ce dosage, surtout pour les revenus irréguliers.
Le troisième geste porte sur le timing. L’épargnant gagne à lisser autant que possible, même lorsqu’il prépare un versement ponctuel important. Il cale ses apports sur la saisonnalité de ses revenus et l’évolution de ses besoins de trésorerie. L’objectif ? Optimiser sans fragiliser la capacité à faire face aux imprévus. Une épargne retraite réussie n’aspire pas toute la liquidité disponible. Elle coexiste avec une réserve de précaution et des placements plus flexibles.
Pour les plus de 70 ans : quelle feuille de route ?
La fin de la déduction n’interdit pas la stratégie. Elle la reconfigure. Les versements après 70 ans visent alors la constitution d’un capital utile à court ou moyen terme, sans frottement fiscal sur la part de principal lors de la sortie en capital. Ils peuvent aussi accompagner une transition progressive vers la retraite effective. Un dirigeant qui réduit son activité mais souhaite lisser sa rémunération peut y trouver un intérêt, en ciblant une sortie partielle à horizon de quelques années.
Le dialogue avec un conseiller patrimonial prend ici toute sa valeur. Il permet de trier les motivations. Veut-on sécuriser un revenu de longévité via une rente ? Préfère-t-on conserver la main sur le capital pour financer un projet immobilier, aider un proche ou absorber un choc de santé ? Chaque option possède un coût, des avantages et des contraintes juridiques spécifiques. La décision doit refléter la hiérarchie de vos priorités, pas l’attrait d’une carotte fiscale disparue.
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Gouvernance et sécurité juridique : ne pas anticiper la promulgation
L’adoption parlementaire constitue une étape majeure. Elle ne clôt pas le processus. La promulgation interviendra seulement après le feu vert du Conseil constitutionnel. En attendant, mieux vaut acter un principe : on ne modifie pas une stratégie patrimoniale lourde sur une présomption. On prépare des scénarios, et l’on garde de la flexibilité. La plupart des contrats de PER permettent des versements modulables et des arbitrages au sein de l’enveloppe. Cette souplesse suffit pour se tenir prêt sans s’exposer inutilement.
Dans cet esprit, évitez les décisions irréversibles avant la publication de la loi au Journal officiel. Préférez des ajustements tactiques. Mettez à jour votre inventaire de plafonds disponibles. Rassemblez vos derniers avis d’imposition. Centralisez les informations relatives à vos PER existants, individuels et d’entreprise. Ce travail préparatoire vous fera gagner du temps une fois la décision connue. Vous effectuerez alors les versements utiles avec précision, au bon niveau et au bon moment.
Comparaison avec les autres enveloppes : complémentarité, pas concurrence frontale
L’assurance vie reste la pierre angulaire de l’épargne longue en France. Elle offre une souplesse de rachat inégalée et des avantages successoraux spécifiques, notamment après 70 ans. Le PER apporte autre chose. Il propose un cadre fiscal à l’entrée, désormais concentré sur la vie active, et un pilotage retraite plus structuré. Les deux cohabitent très bien. Le PEA joue, lui, la carte des marchés actions, avec une fiscalité allégée après cinq ans, mais sans vocation retraite stricte. Une stratégie efficace combine ces instruments selon l’âge, le niveau d’imposition, l’appétence au risque et les projets familiaux.
Il ne s’agit donc pas de “tout PER” ou “tout assurance vie”. Il s’agit de répartir intelligemment. On laisse à l’assurance vie la liquidité et la transmission souple. On confie au PER l’effort retraite et l’optimisation de revenus irréguliers grâce au report étendu des plafonds. On active le PEA pour capter la prime de risque actions dans une enveloppe fiscalement efficiente. Cette articulation réduit les angles morts et limite les mauvaises surprises.
Conseils opérationnels pour 2026
Commencez par un diagnostic. Évaluez votre tranche marginale d’imposition et projetez vos revenus 2026-2030. Estimez vos besoins de trésorerie annuels. Déterminez le montant d’épargne retraite soutenable, puis ventilez-le entre effort régulier et éventuels versements ponctuels. Ouvrez un tableau simple de suivi des plafonds. Inscrivez chaque année la consommation et le report résiduel. Vous disposerez ainsi d’un tableau de bord clair pour profiter du nouveau délai de cinq ans.
Ensuite, nettoyez vos contrats. Vérifiez les frais sur versement, les frais de gestion, la qualité des unités de compte et l’accès à des profils de gestion pilotée. Rééquilibrez si nécessaire. Un bon PER ne se réduit pas à sa fiscalité. Il doit aussi offrir une architecture financière robuste et transparente. La performance et la maîtrise des coûts compteront d’autant plus après 70 ans, quand l’incitation fiscale disparaît.
Enfin, fixez des jalons. Programmez une revue à mi-année pour ajuster l’effort en fonction de votre activité et des éventuelles rentrées exceptionnelles. Bloquez aussi, en fin d’année, un rendez-vous pour réaliser un rattrapage éclairé si vos plafonds le permettent. Vous exploiterez ainsi la nouvelle latitude offerte par le report sur cinq ans, sans agir dans l’urgence.
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En synthèse
Le PER demeure un pilier de la stratégie retraite et fiscale des ménages français. L’arrêt de la déductibilité après 70 ans recentre l’outil sur sa vocation. L’allongement du report des plafonds à cinq ans en accroît la flexibilité pour les revenus irréguliers. Ces deux mouvements vont dans le même sens : un PER plus lisible, plus aligné sur la période d’activité et mieux adapté aux trajectoires de carrière non linéaires. Reste une étape institutionnelle avant promulgation. Le dernier mot revient au Conseil constitutionnel. En attendant cette décision, préparez-vous, structurez vos données, mais ne sur-réagissez pas.
Les informations ci-dessus ne remplacent pas un conseil personnalisé. Chaque situation mérite un diagnostic spécifique. Le traitement fiscal peut évoluer. Il dépend de lois, de décrets d’application et de votre profil. Pour une mise en œuvre sans surprise, rapprochez-vous de votre conseil habituel. Chez Centaure Investissements, nous aidons nos clients à bâtir une stratégie retraite cohérente avec leurs objectifs, leur horizon et leur tolérance au risque, avec un suivi régulier et des ajustements lorsque la réglementation change.
