L’année 2026 rebat les cartes de l’épargne. Les taux des livrets réglementés reculent, tandis que l’inflation, même en décrue, continue d’entamer le rendement réel. Dans ce contexte, chacun doit arbitrer entre sécurité, disponibilité et recherche de performance. Les livrets gardent leur utilité comme matelas de précaution. Cependant, au-delà de ce socle, d’autres enveloppes s’imposent pour tenter de préserver son pouvoir d’achat. L’assurance-vie et, pour les personnes morales, le contrat de capitalisation offrent des alternatives crédibles aux dépôts à terme (DAT) et comptes à terme (CAT), grâce notamment à l’accès à des OPCVM diversifiés.
L’inflation, juge de paix du rendement réel
Le taux nominal ne suffit plus. Tout épargnant doit regarder le rendement réel, c’est-à-dire le taux servi diminué de l’inflation et de la fiscalité. Avec un livret A fixé à 1,5 % et un LDDS au même niveau, la rémunération reste positive en valeur absolue mais elle se heurte à la hausse générale des prix. Dès lors, conserver des montants trop importants sur ces produits sécurisés finit par coûter en pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas de renoncer à la sécurité : il faut calibrer finement le coussin de précaution, puis mobiliser des enveloppes capables de viser, sur plusieurs années, un rendement supérieur à l’inflation.
Ce raisonnement vaut aussi pour les ménages éligibles au LEP. Son taux, plus élevé, amortit mieux l’érosion monétaire. Mais le plafond limite la capacité à y loger toute son épargne. Une fois le LEP rempli, l’arbitrage se déplace vers des solutions plus dynamiques, compatibles avec l’horizon de placement et le niveau de risque accepté.
Assurance-vie : une architecture pour traverser les cycles
L’assurance-vie reste l’outil pivot de l’épargne de moyen et long terme. D’abord parce qu’elle combine deux moteurs. Le fonds en euros sécurise une partie du patrimoine, avec un capital garanti par l’assureur et une revalorisation annuelle. Les unités de compte (UC), elles, ouvrent l’accès à une large palette d’OPCVM actions, obligations, diversifiés, monétaires, thématiques ou responsables. Chacun peut doser ce couple sécurité/performance et ajuster la répartition dans le temps.
Ensuite, l’assurance-vie offre une fiscalité attractive dans la durée, sous réserve de respecter l’horizon de détention et le cadre réglementaire. Les rachats partiels permettent des retraits souples, souvent optimisés grâce à l’abattement fiscal après huit ans (pour les personnes physiques). Sur le plan patrimonial, la clause bénéficiaire demeure un atout majeur pour organiser la transmission, tout en conservant la possibilité de changer de stratégie sans clôturer le contrat.
Enfin, la gestion modernise l’expérience. La plupart des assureurs proposent des gestions pilotées, des options d’arbitrages automatiques, un lissage des investissements via des versements programmés et des profils de risque gradués. Dans un environnement d’inflation encore présente, la discipline d’investissement compte autant que le choix des supports : investir régulièrement, diversifier, rééquilibrer et laisser le temps jouer en sa faveur.
Pourquoi l’assurance-vie peut battre les DAT et CAT
Les dépôts et comptes à terme séduisent par leur simplicité et leur visibilité. On connaît le taux à l’avance et la durée est fixée. Pourtant, ils posent deux limites. D’abord, les sorties anticipées sont souvent pénalisées, ce qui réduit la flexibilité. Ensuite, le taux proposé reflète le contexte monétaire du moment ; s’il baisse, l’argent reste captif à un niveau de rémunération figé, parfois inférieur à l’inflation. À l’inverse, une assurance-vie multisupport tire parti d’un univers d’investissement plus large. Elle peut combiner un socle défensif en fonds en euros et des UC investies en OPCVM pour capter de nouvelles sources de rendement, y compris obligataires, quand les marchés réapprécient le risque de taux.
Concrètement, un contrat diversifié peut allouer une part aux obligations d’entreprises de bonne qualité, profiter de portefeuilles à échéance pour donner de la visibilité, s’exposer modérément aux actions de grandes capitalisations, ou intégrer des thématiques structurelles – transition énergétique, infrastructures, santé –, selon le profil de risque. Cette architecture permet d’espérer, sur plusieurs années, une performance potentiellement supérieure aux rendements figés des DAT et CAT, en contrepartie d’un risque de marché assumé et piloté.
Personnes morales : le contrat de capitalisation, un levier sous-utilisé
Pour les sociétés soumises à l’IS, associations, fondations ou holdings patrimoniales, le contrat de capitalisation constitue souvent une solution plus pertinente que le compte à terme. D’un point de vue opérationnel, il donne accès au même univers de supports que l’assurance-vie : fonds en euros, OPCVM monétaires, obligataires, diversifiés et actions. Cette diversité facilite une politique de trésorerie segmentée entre court, moyen et long termes, tout en conservant une gouvernance claire.
La souplesse de gestion fait la différence. On peut mettre en place des versements et des rachats partiels programmés, mobiliser rapidement des liquidités en cas d’opportunité d’investissement et nantir le contrat pour obtenir un financement bancaire. Sur le plan comptable et fiscal, le traitement diffère des livrets et des comptes à terme : les produits sont rattachés à l’exercice selon les règles de l’IS, tandis que les plus-values latentes des UC ne sont pas imposées tant qu’elles ne sont pas réalisées. En pratique, cette mécanique lisse la reconnaissance des revenus financiers et laisse au dirigeant la possibilité d’arbitrer les supports sans refaire tout le cycle d’ouverture-clôture propre aux DAT ou CAT.
S’ajoute un avantage stratégique : le contrat de capitalisation peut être transmis, donné ou apporté, ce qui s’intègre à une réflexion patrimoniale plus large pour les holdings familiales. Là encore, le conseil sur mesure demeure essentiel afin d’ajuster la structuration à la situation de l’entité (statuts, objet social, horizon, besoins de liquidité et tolérance au risque).
Comment exploiter les OPCVM pour rechercher de la performance
Les UC servent de passerelle vers les marchés via des OPCVM. Le premier réflexe consiste à bâtir un socle monétaire ou court terme pour l’épargne de précaution de la personne morale. Ces fonds monétaires bénéficient aujourd’hui de conditions plus favorables qu’au cours de la décennie passée, et ils offrent une liquidité quotidienne très appréciable.
La deuxième brique vise le moyen terme. Les fonds obligataires à échéance permettent d’aligner la durée de placement avec la visibilité sur le rendement attendu, tout en diversifiant les émetteurs. Ce type de support se prête bien à une trésorerie d’entreprise dont l’utilisation est programmée sur deux à quatre ans.
Enfin, une poche actions, graduée en intensité selon le profil, cherche la croissance à long terme. Elle s’expose aux grandes zones géographiques, au travers d’indices mondiaux ou de gérants actifs réputés. Pour certains portefeuilles, des stratégies de dividendes, de qualité ou d’infrastructures peuvent compléter l’ensemble. L’important n’est pas de multiplier les lignes, mais de construire une allocation lisible, réévaluée au moins une fois par an, et rééquilibrée si un segment dépasse trop largement sa cible.
Et pour les particuliers, quelle feuille de route en 2026 ?
La méthode reste simple. On commence par déterminer le niveau du matelas de sécurité, généralement l’équivalent de trois à six mois de dépenses courantes, logé en priorité sur LEP si l’on y a droit, puis sur livret A et LDDS. Vient ensuite l’enveloppe de projet à moyen terme, pour laquelle l’assurance-vie offre des atouts : versements programmés, soupape de sécurité du fonds en euros, accès large aux OPCVM obligataires et actions. Le PEL garde tout son sens pour qui prépare un achat immobilier, avec un taux garanti et des règles stables, mais il ne remplace pas une stratégie d’épargne diversifiée.
Il ne faut pas se fixer sur un niveau de taux à un instant donné. Les cycles changent, et les marchés actualisent en permanence leurs anticipations. Une bonne allocation profite de cette dynamique, sans chercher à tout deviner. Elle impose d’accepter une dose de volatilité en échange d’un espoir de performance. Elle exige aussi de la patience : les statistiques montrent que la durée de détention fait beaucoup pour lisser les à-coups.
Entreprises : arbitrer rapidement entre CAT et capitalisation
Côté personnes morales, l’environnement 2026 milite pour une revue accélérée des placements de trésorerie. Les CAT ouverts lorsque les taux courts culminaient apparaissent séduisants sur le papier. Toutefois, à l’approche de l’échéance, leur renouvellement à des conditions moins généreuses réduit l’intérêt. Les pénalités de sortie limitent la réactivité et la trésorerie immobilisée perd en souplesse opérationnelle. Un contrat de capitalisation bien paramétré permet de redéployer, par étapes, la trésorerie disponible vers des supports monétaires et obligataires sélectionnés, tout en gardant la main sur le calendrier. Cette agilité devient précieuse quand l’inflation se normalise, que les banques centrales ajustent leur politique et que les primes de risque se rééquilibrent.
Un dernier point pèse dans la balance : la relation bancaire. Un contrat nanti peut soutenir une demande de financement, car il représente une garantie facilement valorisable. L’entreprise conserve ses placements tout en accédant au crédit, plutôt que de casser un CAT au mauvais moment.
Mettre en musique la transition
Passer des livrets, DAT ou CAT à l’assurance-vie ou à la capitalisation ne se fait pas en un jour. On procède par paliers. On sécurise d’abord la trésorerie indispensable. Puis on planifie des virements mensuels vers le ou les contrats, de manière à lisser le point d’entrée. On définit un profil de gestion et une allocation cible. On veille aux frais (entrée, gestion, arbitrage) et on privilégie la transparence des supports. On met en place des alertes pour rééquilibrer quand un écart devient trop important. Et l’on réalise un bilan annuel formalisé, partagé avec son conseiller, pour mesurer la performance nette de frais et d’impôt par rapport à l’inflation.
En conclusion : sécuriser l’essentiel, dynamiser le surplus
L’inflation, même en reflux, continue d’éroder les rendements réels des livrets. Il faut donc garder ces derniers pour ce à quoi ils servent le mieux : la sécurité et la disponibilité immédiate. Pour tout le reste, les enveloppes assurantielles se détachent. L’assurance-vie, pour les particuliers, et le contrat de capitalisation, pour les personnes morales, créent un cadre robuste pour chercher des rendements potentiellement supérieurs grâce aux OPCVM, en acceptant une part mesurée de risque et une durée adaptée. Ce n’est ni plus complexe ni plus dangereux si l’on avance avec méthode, si l’on diversifie et si l’on s’astreint à une discipline de suivi. Dans un monde encore mouvant, c’est cette combinaison d’agilité et de patience qui donne les meilleures chances de battre l’inflation sur la durée.
Avertissement : Les supports en unités de compte (OPCVM, fonds actions, obligations, diversifiés, etc.) présentent un risque de perte en capital et une volatilité pouvant entraîner des fluctuations à la hausse comme à la baisse. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les avantages fiscaux dépendent de la situation individuelle ou du statut de la personne morale et peuvent évoluer. Avant toute décision, vérifiez l’adéquation du placement à votre horizon, votre profil de risque et vos contraintes juridiques, comptables et fiscales, et sollicitez un conseil personnalisé.
