L’année s’ouvre dans une clarté trompeuse. Les marchés sortent d’un millésime 2025 robuste, même si l’affaiblissement du dollar a rogné les gains en euros sur les indices américains. Pourtant, la dynamique peut se prolonger. Elle le fera à condition d’éclaircir trois zones d’ombre. L’Intelligence artificielle doit confirmer ses promesses au-delà de l’effet d’annonce. La Chine doit réactiver sa demande domestique. Les États-Unis, enfin, doivent rendre lisible un cap économique et commercial bousculé par les coups de menton tarifaires. La résolution de ce triptyque donnera le tempo des actifs risqués en 2026.
2026, trois défis décisifs
Le premier défi concerne l’IA
Depuis trois ans, elle agit comme un euphorisant puissant. Les modèles de langage se sont sophistiqués. Les agents autonomes se multiplient. La robotique, dopée par ces avancées, gagne en précision et en cadence. Le marché a célébré cette vague par des valorisations inédites. Des capitalisations phares ont franchi des seuils symboliques à Wall Street. En creux, deux doutes s’installent. D’un côté, la contrainte physique. L’énergie, les centres de données, les talents. Tout cela a un coût, une disponibilité, un rythme de déploiement. De l’autre, l’impact macroéconomique concret. La productivité globale profite-t-elle déjà de ces investissements colossaux ou le meilleur est-il encore devant nous ? Les premiers signaux sont contrastés. Les améliorations d’efficience énergétique progressent. Les organisations commencent à reconfigurer des postes et des chaînes de valeur. Des inflexions apparaissent dans certains métiers à forte répétition. Rien de définitif, mais les options restent ouvertes. L’IA peut devenir un moteur durable de marges si les gains de productivité s’installent au-delà des vitrines technologiques.
Pour l’investisseur, l’enjeu consiste à distinguer l’accessoire du structurel
Le marketing algorithme ne suffit pas. Il faut traquer, secteur par secteur, où les flux de trésorerie améliorent réellement le rendement des capitaux engagés. L’IA n’efface pas la cyclicité. Elle ne suspend pas non plus les lois de la concurrence. Mais elle peut créer des écarts compétitifs durables. En 2026, la question ne sera pas de savoir qui parle le plus d’IA. Elle sera de mesurer qui transforme ses coûts, ses délais et son service client grâce à elle. À ce jeu, les entreprises capables d’intégrer la robotique et les agents logiciels dans des processus à grande échelle, avec discipline énergétique, garderont une longueur d’avance. Les autres subiront l’érosion des prix et l’augmentation des dépenses d’infrastructure.
Le deuxième défi s’appelle Chine
Vue de loin, la machine tourne encore. La croissance officielle gravite autour de 5 % en rythme annuel. L’innovation reste vive, malgré la pression américaine. L’industrie exportatrice tient bon dans des chaînes de valeur où Pékin garde des positions clés, des équipements aux transports en passant par la santé. Pourtant, l’examen de près révèle une mécanique grippée. La production pâtit de surcapacités chroniques. La déflation à la sortie d’usine persiste depuis des années. Les profits industriels ont reculé à l’automne, un signal peu rassurant pour l’investissement. La demande intérieure, surtout, reste bridée par la crise immobilière et par la prudence des ménages. Le secteur privé, enfin, conserve la mémoire récente d’un encadrement politique pesant. Cette somme d’éléments maintient le momentum économique au voisinage de la zone neutre.
La sortie de cette atonie passe par une relance ciblée du marché domestique
Les autorités martèlent la logique de « double circulation » inscrite dans le quatorzième plan. L’objectif consiste à rééquilibrer le modèle, moins dépendant des exportations et plus adossé à la consommation. 2026 pourrait offrir une fenêtre d’exécution, à condition d’éviter d’ajouter des tensions géopolitiques. Le Nouvel An chinois, placé sous le signe de l’élan et de l’énergie, pourrait servir de déclencheur si des mesures crédibles soutiennent les ménages et réparent la confiance immobilière. Pour les marchés mondiaux, l’enjeu est clair. Une Chine qui consomme davantage stabilise les prix des matières premières sans raviver l’inflation importée. Elle fluidifie aussi les carnets de commande des industriels européens. À l’inverse, un statu quo prolongé prolongerait la pression déflationniste sur certains segments et compliquerait la lecture des bénéfices.
Reste le troisième défi, américain et éminemment politique
L’administration en place affiche une ambition lisible sur le papier : doper l’industrie, réduire la dépendance aux importations et réinternaliser des chaînes critiques. L’outil privilégié demeure la fiscalité aux frontières, les droits de douane et la menace d’en user. Ce levier heurte toutefois plusieurs garde-fous. Le droit, d’abord, avec une Cour suprême attentive aux équilibres institutionnels. La macroéconomie, ensuite, avec une inflation qui persiste dans certains postes, des assurances à la santé. Le budget, enfin, avec un déficit élevé qui limite la marge de manœuvre tout en maintenant la pression sur le dollar. Dans ce contexte, la tentation existe de multiplier annonces et chantiers. Elle existe aussi de piloter par tweets et par coups d’éclat. Le risque est alors de brouiller les anticipations des entreprises et des ménages. Pourtant, les chiffres agrégés tiennent encore. La croissance ne s’est pas effondrée. Le marché du travail a résisté. La consommation a gardé du ressort. Les entreprises ont appris à composer avec des frictions ciblées et à rerouter des approvisionnements sensibles. Le dialogue avec Pékin a repris, rugueux mais fonctionnel, sans déstabilisation majeure de l’activité mondiale.
La bourse, fidèle à sa logique, arbitre ces contradictions
Elle écoute les perspectives. Elle regarde la capacité des entreprises à battre des attentes prudentes. Et, trimestre après trimestre, beaucoup franchissent la barre, parfois grâce aux gains liés à l’automatisation et à l’IA, parfois grâce à des prix toujours soutenus sur des niches oligopolistiques. Les mégacaps technologiques, souvent accusées d’excès d’investissement, peuvent continuer de financer la course à l’échelle grâce à des flux de trésorerie massifs. Tant que cette dualité tient, la nervosité reste contenue. Mais le marché ne se nourrit pas uniquement d’« IA narratives ». Il lui faudra des relais. 2026 devra donc voir émerger des secteurs bénéficiant soit de la réouverture chinoise intérieure, soit de la réorganisation industrielle américaine, soit des deux. Les semi-conducteurs de puissance, l’équipement pour centres de données sobres, la logistique automatisée, la cybersécurité des agents, ou encore la santé augmentée par l’IA peuvent jouer ce rôle.
La politique monétaire servira de catalyseur
Un changement à la tête de la Réserve fédérale n’a rien d’anodin. Même une légende comme Alan Greenspan avait connu un baptême du feu délicat. Les premiers mois de l’année risquent d’être volatils, d’autant que la transition de gouvernance appelle une période d’observation. Les interrogations sur la trajectoire des prix, sur l’élan de l’emploi et sur l’effet retard des hausses passées resurgiront. Ensuite, une fois la clarté retrouvée, le marché testera l’hypothèse d’assouplissements plus amples que prévu si les conditions l’exigent. Deux forces pourraient y conduire. La première viendrait de la normalisation des effets ponctuels liés aux droits de douane. La seconde découlerait d’un ralentissement graduel des embauches, nourri par l’adoption à grande échelle d’outils numériques et robotiques. Une Fed « nouvelle manière », plus sensible au dual mandate côté emploi, pourrait alors accélérer l’allègement financier pour éviter un freinage trop net de la demande.
Dans cette configuration, les portefeuilles gagnent à rester exposés aux entreprises qui démontrent un avantage compétitif tangible. Le prix devient un allié si la société sait convertir l’innovation en cash-flow, sans diluer ses actionnaires ni s’enfermer dans une dépendance énergétique vulnérable. La discipline de capital, l’exécution industrielle et la sobriété des modèles de données compteront autant que la vitesse des algorithmes. À l’autre bout du spectre, les bilans sur-leviers, dépendants d’une demande artificielle ou d’un arbitrage réglementaire fragile, restent exposés à la remontée de la prime de risque. Il faudra aussi surveiller les métaux précieux. Leurs à-coups récents illustrent le besoin de couverture face aux chocs de politique économique, aux événements géopolitiques inattendus et aux doutes sur le chemin budgétaire. Une surprise n’est pas exclue hors du radar habituel, y compris en Amérique latine, avec des répercussions possibles sur l’énergie et les flux financiers.
Rien n’oblige pour autant à une vision binaire
L’année peut combiner des corrections tactiques et une tendance haussière de fond. Le premier trimestre, historiquement plus nerveux, peut voir des prises de profits, des rotations sectorielles et des écarts de performance marqués entre zones. Autour de la mi-mars, quand les marchés auront davantage d’indices sur la Fed et sur la trajectoire chinoise, la visibilité peut s’améliorer. Dès que l’incertitude monétaire se dissipera, la perspective d’un coût du capital en reflux redonnera de l’élan aux valorisations. Les investisseurs seront alors plus enclins à financer des plans de déploiement IA jugés rapidement rentables, et à réaccélérer sur les cycliques exposés à une Chine domestique en mieux.
Pour l’épargnant comme pour l’allocation institutionnelle, la grille de lecture doit donc rester simple et exigeante. D’abord, privilégier les sociétés qui prouvent trimestre après trimestre qu’elles dépassent leurs attentes, sans maquillage et avec une trajectoire de marges lisible. Ensuite, rechercher les bénéficiaires nets de l’IA en tant qu’outil de productivité, pas en tant que promesse marketing. Enfin, garder une poche de flexibilité pour saisir des replis liés à la volatilité de début d’année. L’essentiel demeure inchangé : à long terme, l’action d’entreprises aux business models compétitifs protège mieux que les promesses nominales contre le débasement monétaire et la dérive de dettes publiques. 2026 ne dérogera pas à cette règle si, comme souvent, la réalité finit par récompenser l’exécution plutôt que le bruit. Très belle année d’investissement à tous.
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